À l’occasion de la session partenariale de la Conférence des Présidents des Régions ultrapériphériques, qui se tient en Guadeloupe, la présidente de la Région Réunion a plaidé pour une nouvelle méthode de dialogue avec les institutions européennes. En présence, notamment, de Raffaele Fitto, Vice-Président exécutif de la Commission européenne, de Younous Omarjee, Vice-Président du Parlement européen, et de Benjamin Haddad, Ministre délégué chargé de l'Europe, elle a défendu une meilleure prise en compte des spécificités des neuf RUP dès l’élaboration des politiques européennes. Nous publions, ci-dessous, le communiqué de la Région : (Photo Région Réunion)
"Les politiques européennes doivent être conçues à la hauteur de nos réalités." C’est le message porté par Huguette Bello lors de cette séquence de travail consacrée à l’avenir de la stratégie européenne en faveur des régions ultrapériphériques.
Pour la Présidente de la Région Réunion, les difficultés rencontrées par les RUP dans l’application de certaines réglementations européennes révèlent les limites d'une méthode qui consiste trop souvent à corriger les dispositifs après leur adoption. Les exemples du Pacte vert européen, du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, du règlement contre la déforestation importée ou encore du transfert des déchets illustrent, selon elle, la nécessité d'anticiper davantage les conséquences des décisions européennes sur ces territoires.
"Les RUP ne peuvent pas réussir leur transition dans les mêmes conditions que les territoires continentaux", a-t-elle rappelé, appelant à sortir d'une logique de réparation a posteriori pour construire une approche véritablement adaptée aux réalités ultramarines.
- Trois leviers pour changer la méthode européenne -
La Présidente Huguette Bello a ainsi proposé une démarche reposant sur trois outils complémentaires.
Le premier consiste à instaurer des analyses d’impact territorialisées et systématiques pour les RUP, afin de mesurer concrètement les conséquences des initiatives européennes sur les prix, les entreprises, l’emploi, les approvisionnements, les investissements et les coopérations avec les pays voisins.
Le deuxième vise à mieux anticiper les textes européens susceptibles d'avoir des effets majeurs sur les territoires ultramarins. La Présidente propose notamment une lecture croisée du programme de travail annuel de la Commission européenne afin d'identifier, en amont, les initiatives qui nécessitent une attention particulière des neuf régions. Elle a notamment cité le projet de législation sur les carburants aériens propres, dont les implications pour la connectivité aérienne des RUP justifient une expertise préalable approfondie.
Enfin, le troisième levier repose sur une mobilisation collective de l’expertise disponible : au sein de la Commission européenne, notamment à travers le Centre commun de recherche, auprès des organismes publics nationaux et au niveau de la Conférence des Présidents des RUP elle-même. L'objectif est de mutualiser les données et les compétences pour mieux documenter les réalités de chaque territoire et peser davantage dans les décisions européennes.
- Garantir les moyens et les engagements de l'Europe -
Au-delà de cette évolution méthodologique, la Présidente de la Région Réunion a également rappelé les garanties financières indispensables à l'avenir des neuf régions ultrapériphériques. "Aucune région ultrapériphérique ne doit perdre un euro", a-t-elle affirmé, plaidant pour un filet de sécurité commun aux neuf RUP, une compensation garantie des surcoûts et des contreparties européennes de l’instrument externe "Europe dans le monde" en accompagnement des programmes INTERREG des RUP, le rétablissement du POSEI dans le domaine de l’agriculture, ainsi que des moyens suffisants pour les filières de pêche et d’aquaculture.
Elle a également appelé à des engagements concrets à l'issue de cette table ronde : un calendrier pour la préparation d'un deuxième paquet de mesures, l'instauration d'un test RUP obligatoire dans chaque analyse d'impact et des conclusions du Conseil faisant de la stratégie européenne en faveur des RUP un véritable engagement des États membres.
Pour la Présidente Huguette Bello, l'enjeu est clair : faire en sorte que les spécificités ultramarines ne soient plus considérées comme des situations particulières à traiter après coup, mais comme une réalité européenne pleinement intégrée à la conception des politiques publiques.
Une Europe qui prend en compte ses territoires les plus éloignés est une Europe qui se donne les moyens de construire une cohésion durable entre tous ses territoires.
