On connaissait Sissi impératrice, voici venir Sissi pharaon, le dernier péplum à la mode, en Egypte cela va de soi. Onze mois aprÚs avoir destitué et embastillé le président islamiste, mais élu, Mohamed Morsi, qui avait suscité la colÚre du peuple, pour se comporter plus en président des FrÚres musulmans qu'autre chose, le maréchal Abdel Fattah el-Sissi a obtenu plus de 90% des suffrages exprimés lors du scrutin présidentiel destiné à légaliser le pouvoir issu de la révolution conservatrice ; ultime avatar du printemps de la place Tahrir, qui avait mis fin aux 30 ans de pouvoir d'Hosni Moubarak.
Le seul concurrent du candidat Abdel Fattah el-Sissi, Hamdeen Sabbahi a rĂ©coltĂ© un peu moins de 4% des suffrages, une honnĂȘte figuration dans un contexte sinon verrouillĂ© par le pouvoir, du moins imposĂ© par le dĂ©sir des Egyptiens des classes populaires, les fameux "fellahs" de retrouver calme, sĂ©curitĂ© et travail. Car la crise suscitĂ©e par les errances du pouvoir Morsi, les manifestations monstres, la violence, puis la rĂ©pression engagĂ©e contre les vellĂ©itĂ©s de belligĂ©rance des FrĂšres musulmans et autres mouvements islamistes, ont portĂ© un coup dĂ©cisif Ă une Ă©conomie largement fondĂ©e sur le tourisme.
Le seul enjeu paradoxalement mis en exergue par le camp Sissi et le Field Marshall retraitĂ© lui-mĂȘme portait sur la participation. Or, aprĂšs les deux jours de scrutin prĂ©vus, cette participation s'avĂ©rait Ă©tique, environ 37% des 54 millions d'inscrits contre les 51,85% obtenus par Morsi, en son temps ; dans un contexte bien diffĂ©rent. Souci de lĂ©gitimitĂ© dĂ©mocratique oblige, la Haute Commission pour les Ă©lections prĂ©sidentielles (HPEC), aussi indĂ©pendante que possible, a donc prolongĂ© d'un jour la durĂ©e du scrutin pour permettre au vote populaire de s'exprimer largement, en dĂ©pit d'un climat peu clĂ©ment⊠De quoi faire hurler les organisations de dĂ©fense des droits de l'Homme plus sĂ©vĂšres avec Sissi qu'avec son prĂ©dĂ©cesseur islamiste. NĂ©anmoins, de source officielle et judiciaire, aprĂšs trois jours de scrutin, 44% des Ă©lecteurs se seraient rendus aux urnes. Une participation respectable au regard de l'abstention rencontrĂ©e pour nos rĂ©centes europĂ©ennes en France, 56,5% cette annĂ©e - sans parler des 24,96% de Marine Le Pen - 59,37% en 2009. Mais les enjeux y sont bien diffĂ©rents.
En effet, si l'Ă©lection de Abdel Fattah el-Sissi Ă©tait une formalitĂ©, approuvĂ©e par une large majoritĂ© des Egyptiens, les implications et consĂ©quences de sa prise de pouvoir excĂšdent largement la place Tahrir, l'Egypte nilotique et le SinaĂŻâŠ
"Allah has blessed me and given me a mission in lifeâŠ"
Au-delĂ du culte de la personnalitĂ© qui lui est rendu, Sissi pharaon devra rĂ©tablir l'harmonie dans la sociĂ©tĂ© Ă©gyptienne, harmonie mise Ă mal par la pression islamiste des "FrĂšres" contre les libĂ©raux laĂŻques, les Coptes, les classes moyennes⊠Sissi a bien compris qui conjugue l'harmonie sur le mode pacification. Il ne fonde pas son action sur un opus programmatique bien chargĂ©. Tout au plus, sur sa page FaceBook, ouverte, explique-t-il, le 15 juillet 2013, sans demander permission ou collaboration Ă qui que ce soit, le Field Marshall en retraite explique-t-il qu'Ă l'Ăąge de 67 ans, "Allah has blessed me and given me a mission in life his to help othersâŠ"
Un peu comme Jeanne d'Arc en son temps. Si ce n'est que Sissi maréchal puis pharaon se donne comme mission d'aider les autres, son peuple et l'Egypte au nom d'Allah, ce qui vaut tous les programmes et surclasse les velléités des "FrÚres" disqualifiés devant le peuple et dieu, comme tous les autres islamistes.
Et pour aider les autres, il faudra relancer l'économie⊠et le tourisme. Une volonté à laquelle s'opposent d'ores et déjà par les armes, Bédoins rétifs du Sinaï et Islamistes de tout poil.
Mais force est de constater qu'avant mĂȘme son Ă©lection, la montĂ©e en puissance du MarĂ©chal Sissi et la mise au pas des FrĂšres Musulmans - gĂ©niteurs du Hamas palestinien - ont rĂ©sonnĂ© dans le monde arabe, affaiblissant notamment la position des islamistes tunisiens au pouvoir avec EnnahdaâŠÂ De mĂȘme, le Hamas a-t-il senti la nĂ©cessitĂ© de se rapprocher du Fatah, bloquĂ© sur la frontiĂšre de Gazah, par un pouvoir Ă©gyptien redevenu intraitable avec les tunnels, la contrebande et les infiltrations de groupes de combattants islamistes et armĂ©s.
Philippe Le Claire pour www.ipreunion.com
