Egypte

Sissi pharaon

  • PubliĂ© le 31 mai 2014 Ă  19:00
Sissi

On connaissait Sissi impératrice, voici venir Sissi pharaon, le dernier péplum à la mode, en Egypte cela va de soi. Onze mois après avoir destitué et embastillé le président islamiste, mais élu, Mohamed Morsi, qui avait suscité la colère du peuple, pour se comporter plus en président des Frères musulmans qu'autre chose, le maréchal Abdel Fattah el-Sissi a obtenu plus de 90% des suffrages exprimés lors du scrutin présidentiel destiné à légaliser le pouvoir issu de la révolution conservatrice ; ultime avatar du printemps de la place Tahrir, qui avait mis fin aux 30 ans de pouvoir d'Hosni Moubarak.

Le seul concurrent du candidat Abdel Fattah el-Sissi, Hamdeen Sabbahi a récolté un peu moins de 4% des suffrages, une honnête figuration dans un contexte sinon verrouillé par le pouvoir, du moins imposé par le désir des Egyptiens des classes populaires, les fameux "fellahs" de retrouver calme, sécurité et travail. Car la crise suscitée par les errances du pouvoir Morsi, les manifestations monstres, la violence, puis la répression engagée contre les velléités de belligérance des Frères musulmans et autres mouvements islamistes, ont porté un coup décisif à une économie largement fondée sur le tourisme.
Le seul enjeu paradoxalement mis en exergue par le camp Sissi et le Field Marshall retraité lui-même portait sur la participation. Or, après les deux jours de scrutin prévus, cette participation s'avérait étique, environ 37% des 54 millions d'inscrits contre les 51,85% obtenus par Morsi, en son temps ; dans un contexte bien différent. Souci de légitimité démocratique oblige, la Haute Commission pour les élections présidentielles (HPEC), aussi indépendante que possible, a donc prolongé d'un jour la durée du scrutin pour permettre au vote populaire de s'exprimer largement, en dépit d'un climat peu clément… De quoi faire hurler les organisations de défense des droits de l'Homme plus sévères avec Sissi qu'avec son prédécesseur islamiste. Néanmoins, de source officielle et judiciaire, après trois jours de scrutin, 44% des électeurs se seraient rendus aux urnes. Une participation respectable au regard de l'abstention rencontrée pour nos récentes européennes en France, 56,5% cette année - sans parler des 24,96% de Marine Le Pen - 59,37% en 2009. Mais les enjeux y sont bien différents.
En effet, si l'élection de Abdel Fattah el-Sissi était une formalité, approuvée par une large majorité des Egyptiens, les implications et conséquences de sa prise de pouvoir excèdent largement la place Tahrir, l'Egypte nilotique et le Sinaï…

"Allah has blessed me and given me a mission in life…"

Au-delà du culte de la personnalité qui lui est rendu, Sissi pharaon devra rétablir l'harmonie dans la société égyptienne, harmonie mise à mal par la pression islamiste des "Frères" contre les libéraux laïques, les Coptes, les classes moyennes… Sissi a bien compris qui conjugue l'harmonie sur le mode pacification. Il ne fonde pas son action sur un opus programmatique bien chargé. Tout au plus, sur sa page FaceBook, ouverte, explique-t-il, le 15 juillet 2013, sans demander permission ou collaboration à qui que ce soit, le Field Marshall en retraite explique-t-il qu'à l'âge de 67 ans, "Allah has blessed me and given me a mission in life his to help others…"
Un peu comme Jeanne d'Arc en son temps. Si ce n'est que Sissi maréchal puis pharaon se donne comme mission d'aider les autres, son peuple et l'Egypte au nom d'Allah, ce qui vaut tous les programmes et surclasse les velléités des "Frères" disqualifiés devant le peuple et dieu, comme tous les autres islamistes.
Et pour aider les autres, il faudra relancer l'économie… et le tourisme. Une volonté à laquelle s'opposent d'ores et déjà par les armes, Bédoins rétifs du Sinaï et Islamistes de tout poil.
Mais force est de constater qu'avant même son élection, la montée en puissance du Maréchal Sissi et la mise au pas des Frères Musulmans - géniteurs du Hamas palestinien - ont résonné dans le monde arabe, affaiblissant notamment la position des islamistes tunisiens au pouvoir avec Ennahda…  De même, le Hamas a-t-il senti la nécessité de se rapprocher du Fatah, bloqué sur la frontière de Gazah, par un pouvoir égyptien redevenu intraitable avec les tunnels, la contrebande et les infiltrations de groupes de combattants islamistes et armés.

Philippe Le Claire pour www.ipreunion.com

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