CHU de La Réunion : les urgences sont débordées et sous tension, le système hospitalier se fragilise

  • Publié le 24 août 2026 à 06:59
  • Actualisé le 24 août 2026 à 07:01
CHU sud urgences

Une alerte d'importance a été lancée par le CHU de La Réunion le jeudi 20 août 2026. L'hôpital a appelé les patients réunionnais à ne pas se rendre directement aux urgences sans avoir au préalable contacté le Samu. Un signal préoccupant qui manifeste la crise qui secoue ce service depuis quelques années. (Photo d'illustration Richard Bouhet / www.imazpress.com)

Cette décision inhabituelle a été prise, selon le CHU, à cause "d'une situation de forte tension sur l’ensemble de ses capacités hospitalières". Situation qui résulte d'un pic d'activités "particulièrement soutenues". Cet afflux de patients a alors engorgé les capacités d'accueil de l'hôpital, amenant en retour une attente rallongée pour les patients.

Derrière ces mots, apparaît une réalité bien sombre. Celle d'un système hospitalier local, et notamment les urgences, au bord de l'asphyxie. Loin d'être ponctuel, le contexte de tension que connaît ce service hospitalier en soins non programmés a plutôt tendance à se répéter et à se banaliser, comme l'explique le docteur Emmanuel Antok, chef de pôle urgences et réanimation au CHU Sud. "On vit ça de manière récurrente, notamment à la rentrée. Le problème, c'est qu'il n'y a pas assez de lits disponibles dans les services d'hospitalisation pour prendre en charge les patients des urgences. Et ça crée un goulot d'étranglement aux urgences."

À titre d'exemple, les urgences de l'hôpital de Saint-Pierre voient passer 55.000 personnes par an. Mais dans la semaine précédant la rentrée, il y aurait eu un pic avec près de 160 à 180 passages par jour. Une hausse de l'affluence notable dans la mesure où environ 30 % des patients qui s'y rendent doivent être hospitalisés dans la foulée. "Dans cette configuration, il nous faut environ 50 à 60 nouveaux lits disponibles chaque jour."

Des capacités d'accueil dont les hôpitaux réunionnais peinent à disposer à l'heure actuelle. Alors que le système de soins hospitalier semble se fragiliser localement, les enjeux de santé ne manquent pourtant pas. "À La Réunion, la population s'accroît et est vieillissante, il y a un nombre important de cas de diabète, les patients souffrent fréquemment de comorbidités."

- Endiguer le flux de patients dans les hôpitaux de La Réunion -

Autre spécificité locale, le fait que dans plusieurs zones de l'île, il n'existe pas de solutions alternatives aux urgences lorsque les médecins libéraux ferment leurs cabinets. "C'est une particularité de La Réunion. À partir d'une certaine heure, on ne peut aller qu'à l'hôpital. Dans le Nord, il n'existe qu'une seule structure libérale pour les consultations tardives mais ce n'est pas le cas ailleurs. Après minuit, si on doit recourir à un médecin, on va aux urgences."

Pour tenter d'endiguer le flux important de patients vers ce service, l'ARS préconise "d'orienter les patients vers le bon niveau de prise en charge". En clair, il s'agit de changer les réflexes de chacun pour ne pas saturer les urgences. Un changement qui passe par un appel au Samu, en composant le 15, pour être conseillé et orienté vers la prise en charge la plus adaptée.

Toutefois, cette solution ne convainc pas réellement l'ensemble des soignants, pour qui cela est loin de suffire à résoudre les problèmes structurels qui se posent. Un sentiment qu'exprime Fabrice Grondin, secrétaire général de FO Santé. "Demander aux Réunionnais d'appeler le 15, c'est une bonne idée. Mais ce n'est pas suffisant car, dans le fond, c'est compliqué pour tout l'hôpital depuis un moment. Il y a une pénurie de médecins et de personnel médical. Il n'y a pas assez de lits, ni assez de moyens."

Un constat sans concession, auquel s'ajoute une description réaliste des conditions de travail épuisantes des soignants. "Tout le monde est fatigué. Les professionnels finissent par tomber malades, en burn-out. Il n'y a pas assez de monde pour travailler correctement. Certains cumulent jusqu'à 300 heures supplémentaires."

- Anticipation des consultations -

Au vu du contexte budgétaire du CHU, qui accuse un déficit budgétaire de 40,3 millions d'euros en 2026, cette perspective de recrutement semble toutefois complexe. Et c'est l'ensemble d'un système qui se dérègle. À Saint-Pierre, le temps d'attente moyen aux urgences est de 5 h 30. Parfois, le temps de prise en charge peut même aller jusqu'à 24 heures. "La situation se tend partout à La Réunion. Les patients se sentent maltraités. Les services sont débordés, notamment aux urgences. Et on se retrouve obligés d'annuler des opérations non programmées", analyse Emmanuel Antok.

Face à cette situation, l'une des alternatives possibles pourrait être de faire davantage appel aux médecins libéraux pour absorber l'afflux de patients à l'hôpital. Interrogée sur ce point, Christine Kowalczyk, présidente de l'Union régionale des médecins libéraux, plaide pour un changement dans l'accompagnement médical des Réunionnais. "Les urgences sont à la croisée des chemins en ce moment. Pour fluidifier le nombre de passages là-bas, il faut procéder à une réorganisation de la prise en charge des malades chroniques chez leurs médecins libéraux. Il faudrait que les patients anticipent leurs consultations chez nous pour ne pas que leur situation se dégrade."

Une anticipation qui pourrait aider à résorber le nombre de cas qui transitent par l'hôpital. Mais le problème de fond, celui des moyens alloués à ces établissements de soins, demeure. Problématique qui affecte l'ensemble du système de santé réunionnais mais qui ne semble pas encore alerter outre mesure l'ARS.

Interpellée sur la qualité de la prise en charge des patients lors de cette phase de saturation des hôpitaux, l'agence de santé répond que "la continuité des soins est assurée et les équipes hospitalières restent pleinement mobilisées. Comme dans toute situation de forte activité, les délais d’attente peuvent être allongés pour les patients dont l’état de santé ne relève pas d’une urgence vitale."

- Des signaux qui virent au rouge au CHU -

Réponse apaisante qui ne correspond pas vraiment aux craintes du personnel hospitalier face à la crise qui le secoue. "Si on ne prend pas la mesure des difficultés actuelles, les choses ne vont aller qu'en s'empirant. À La Réunion, à cause de l'insularité, il n'existe pas de recours aux hôpitaux qui existent déjà. En cas de catastrophe imprévue, de pic épidémique, les capacités d'hospitalisation à La Réunion seraient fortement impactées."

Alors que le nombre de passages aux urgences augmente tous les ans, les signaux du système hospitalier réunionnais virent au rouge. L'appel du CHU à la population à éviter de se rendre aux urgences n'en est que la dernière manifestation en date. L'ARS et la direction du CHU ne négligent pas ces signaux et tentent de faire des propositions concrètes pour enrayer cette dégradation. Ainsi, 15 lits d'hospitalisation supplémentaires dédiés à la filière des urgences seront ouverts dans quelques mois en 2027.

Pour autant, on peut légitimement se demander si cet effort dans les financements et les moyens accordés sera suffisant pour remédier à la situation inquiétante que connaissent les hôpitaux.

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1 Commentaires
Sitane
Sitane
1 heure

A 4 mois des élections professionnelles dans les 3 fonctions fonctions publiques qui devront se dérouler du 3 au 10 décembre 2026, les syndicats montrent au créneau après 5 ans d'abstinence de projet et de défense des travailleurs pour faire semblant être des grands défenseurs. Alors pourquoi le taux d'adhésion est aussi faible ? Posez vous la question, remettez vous en un cause ? Ceux qui nous dirigent défendre leurs gamelles comme les politiques. Conclusion je ne voterai en décembre.