(Actualisé) Ce mardi 23 juin 2026, la direction du CHU de La Réunion et du Conseil de surveillance du CHU de La Réunion, ont présenté les derniers résultats financiers. "Le résultat de l'exercice 2025 s'établit à un déficit de 40,3 millions d'euros, contre un déficit de 69,1 millions en 2024, soit une amélioration de 28,8 millions d'euros", indique le directeur général. Cela représente une diminution du déficit de 42 % (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
Pour Lionel Calenge, directeur général du CHU de La Réunion, ces résultats marquent un tournant après plusieurs années de fortes tensions budgétaires.
"Nous avons réussi à réduire le déficit de près de 30 millions d'euros en une année grâce à une mobilisation collective de l'ensemble de la communauté hospitalière", a-t-il souligné lors d'une conférence de presse organisée ce mardi.
Cette amélioration intervient alors que la situation financière des hôpitaux publics français reste particulièrement fragile. Lionel Calenge a rappelé que, selon un rapport conjoint de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l'Inspection générale des finances (IGF), le déficit cumulé des établissements publics de santé atteignait 2,7 milliards d'euros en 2024.
"Une partie importante de ces déficits est liée à des facteurs extérieurs, notamment la compensation incomplète des mesures salariales du Ségur de la santé et de l'inflation", a-t-il expliqué.
L'amélioration financière repose avant tout sur une hausse de l'activité hospitalière. En 2025, les recettes liées à la tarification à l'activité ont progressé de 6,3 %, tandis que les financements nationaux consacrés aux missions de soins, d'enseignement et de recherche ont augmenté de 4,3 %.
"Nous faisons partie du trio de tête des CHU les plus dynamiques de France en matière de progression d'activité depuis la sortie de la crise Covid", a affirmé le directeur général.
Les recettes globales du CHU ont progressé de près de 5 % sur l'année, alors que les dépenses sont restées globalement stables.
La direction souligne également les efforts réalisés sur les dépenses internes. Malgré "une hausse de 4 % du taux de cotisation à la CNRACL, la progression de la masse salariale a été contenue autour de 1 %".
- La masse salariale du CHU de La Réunion contenue -
Pour autant, le CHU assure ne pas avoir réduit ses effectifs pour atteindre ces résultats. L'établissement indique avoir créé 32 équivalents temps plein supplémentaires parmi les personnels non médicaux en 2025 afin d'accompagner le développement de l'activité.
Le recrutement et la fidélisation des médecins hospitaliers se poursuivent également, avec environ 50 praticiens hospitaliers titularisés chaque année depuis cinq ans.
Par ailleurs, les charges hôtelières et générales ont diminué de 7,8 %, contribuant elles aussi à l'amélioration des comptes.
Autre indicateur mis en avant par la direction : la réduction de l'absentéisme. Selon Lionel Calenge, le CHU a enregistré une baisse de 12 % de l'absentéisme en 2025, une performance présentée comme la plus importante parmi les centres hospitaliers universitaires français.
Le CHU a également engagé un important travail de réorganisation de sa gestion financière. Après des difficultés liées au changement du système de facturation, l'établissement est parvenu à réduire son délai moyen de paiement des fournisseurs, passé d'environ 150 jours à 100 jours en seulement trois mois.
"Ce n'est pas encore satisfaisant, mais c'est une amélioration significative", a reconnu Lionel Calenge.
- Un retour à l'équilibre visé pour 2028 -
Malgré ces progrès, le CHU reste confronté à un déficit de plus de 40 millions d'euros.
L'établissement poursuit donc la mise en œuvre de son Plan de retour à l'équilibre (PRE), avec plusieurs priorités pour 2026 : amélioration de la qualité comptable, poursuite de la certification des comptes, optimisation de la trésorerie et poursuite des actions de maîtrise des dépenses.
"Nous ne sommes pas sortis de la zone rouge. Il reste encore une partie importante du chemin à parcourir", a averti le directeur général.
L'objectif affiché est désormais un retour à l'équilibre budgétaire à l'horizon 2028.
Pour accompagner cette trajectoire, le directeur général de l'ARS La Réunion, Jean-Jacques Coiplet, a annoncé un soutien financier supplémentaire.
L'agence accordera au CHU 11 millions d'euros d'aides de trésorerie en 2026 afin d'accélérer son redressement financier et de lui permettre de retrouver sa capacité d'autofinancement.
"Le CHU est sur les bons rails du redressement", a estimé Jean-Jacques Coiplet, saluant "une dynamique collective" associant l'État, les collectivités, les professionnels de santé et les usagers.
Selon lui, l'établissement joue "un rôle stratégique" pour les Réunionnais mais aussi pour l'ensemble de l'océan Indien, en matière de soins, de formation, d'enseignement et de recherche.
La direction insiste également sur le fait que le retour à l'équilibre n'est pas une finalité en soi. "Le PRE n'est pas un objectif. L'objectif est d'investir, de moderniser notre offre de soins et de soutenir nos équipes", a rappelé Lionel Calenge.
- De nombreux investissements à venir -
Le CHU prévoit ainsi plus de 420 millions d'euros d'investissements dans les prochaines années.
Parmi les principaux projets figure le futur bâtiment Femme-Mère-Enfant du site Nord, dont la pose de la première pierre a été inaugurée en février dernier. Cette opération permettra de moderniser durablement la maternité de niveau 3 et les services pédiatriques du CHU Nord.
Une nouvelle unité de médecine post-urgences a également ouvert le 10 juin dernier sur le site Sud afin de répondre à la saturation chronique des capacités d'hospitalisation.
Les investissements concernent également la santé mentale, la cancérologie, la greffe ainsi que la formation des futurs professionnels de santé.
Réélue à la présidence du Conseil de surveillance du CHU, Huguette Bello a salué les progrès accomplis tout en soulignant les défis qui demeurent.
La présidente de Région estime notamment que la question du coefficient géographique appliqué à La Réunion reste un enjeu majeur pour le financement des établissements de santé ultramarins.
"Le coefficient géographique est une question déterminante, car il conditionne pour une large part les équilibres financiers du CHU et par conséquent sa politique d'investissement", a-t-elle déclaré.
Elle a également plaidé pour une augmentation du nombre de postes hospitalo-universitaires afin d'accompagner le développement des études médicales sur l'île.
"L'ouverture de nouveaux postes hospitalo-universitaires est une urgence", a insisté Huguette Bello, estimant que le CHU réunionnais reste sous-doté par rapport à d'autres établissements comparables de l'Hexagone.
La présidente du Conseil de surveillance a par ailleurs appelé à renforcer les actions de prévention, notamment face à la progression du diabète, qu'elle considère comme "une préoccupation sanitaire majeure" à La Réunion.
Enfin, elle a confirmé la poursuite de plusieurs investissements structurants, notamment la construction du centre de simulation en santé, la modernisation des instituts de formation du CHU et la création de deux nouveaux amphithéâtres sur le campus de l'UFR Santé à Terre-Sainte.
Si les résultats financiers 2025 marquent une amélioration significative, la direction du CHU reconnaît que le chemin reste encore long avant un retour à l'équilibre.
Avec un déficit toujours supérieur à 40 millions d'euros, l'établissement entend poursuivre les efforts engagés tout en maintenant sa dynamique de développement et d'investissement. Une trajectoire que l'ARS et les collectivités locales affirment vouloir accompagner afin de conforter le rôle central du CHU dans le système de santé réunionnais et dans l'ensemble de l'océan Indien.
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