Les patients pris en charge en téléconsultation

Suivi mĂ©dical : garder le lien pour lutter contre l'alcoolisme pendant le confinement

  • PubliĂ© le 9 avril 2020 Ă  05:40
  • ActualisĂ© le 9 avril 2020 Ă  12:27
alcool

Alors que le confinement dure depuis plus de trois semaines maintenant, l'enfermement peut porter un coup dur Ă  la santĂ© mentale de chacun. Mais ces temps peuvent ĂȘtre encore plus compliquĂ©s pour ceux souffrant dĂ©jĂ  de troubles psychiatriques et/ou addictifs. Afin de pallier l'isolement des personnes souffrant de diverses addictions, dont l'alcool, qui est un vĂ©ritable flĂ©au Ă  La RĂ©union, le service d'addictologie du CHU maintient le lien avec ses patients. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

"A part pour de rares cas, tout se fait actuellement par téléconsultation" explique le docteur David Mété, chef du service d'addictologie du CHU du Nord. "Rien que ce mardi, j'ai passé mon aprÚs-midi à appeler mes patients pour discuter avec eux, m'assurer que tout allait bien" continue-t-il. Chaque année, ce sont environ 800 patients qui sont pris en charge dans son service.

"Certains nĂ©cessitent une Ă  deux visites par an, d'autres tous les mois. Ce qui est sĂ»r, c'est qu'en ces temps de confinement, avec la solitude, il peut devenir extrĂȘmement compliquĂ© de se battre contre son addiction" explique le spĂ©cialiste. En pĂ©riode de stress, d'enfermement et de solitude, la tentation de retrouver ses vieux dĂ©mons peut ĂȘtre exarcĂ©bĂ©e, d'oĂč l'importance de maintenir un lien avec le service hospitalier.

L'addictologue indique par ailleurs que ces téléconsultations sont nécessaires, certains patients n'ayant pour contact que leur soignant. "De plus, nous assurons le lien avec les pharmacies quand ils ont besoin de leurs médicaments" continue-t-il.

- Un week-end particuliÚrement alcoolisé -

A l'échelle nationale, s'il a été noté une baisse de la consommation d'alcool depuis le début du confinement, cela ne reflÚte pas la réalité des personnes souffrant d'alcoolisme. "Il faut d'ailleurs noter que les personnes alcooliques souffrent généralement de comorbidités (présence d'un ou de plusieurs troubles associés à un trouble ou une maladie primaire ; ndlr), et on trouve souvent chez ces personnes des troubles anxieux ou dépressifs" souligne le Dr Mété.

Par ailleurs, une augmentation de la consommation d'alcool a été notée ce week-end par les forces de l'ordre réunionnaises. Cependant, il s'agirait plus d'une conséquence du versement des salaires et allocations sociales que de conséquences liées au confinement.

"Il existe une rĂ©elle corrĂ©lation entre ces rentrĂ©es d'argent mensuelles et l'explosion de la consommation d'alcool dans l'Ăźle tous les mois" affirme le Dr MĂ©tĂ©. Un fait confirmĂ© par la gendarmerie, qui indique que le week-end dernier, une nette augmentation de la consommation a Ă©tĂ© relevĂ©e, comme tous les mois Ă  la mĂȘme pĂ©riode. A Bras Panon, trois personnes sont d'ailleurs tragiquement dĂ©cĂ©dĂ©es des suites d'une alcoolisation extrĂȘme.

- Une limitation de vente qui devrait ĂȘtre bĂ©nĂ©fique -

Pour pallier cette surconsommation, la prĂ©fecture a mis en place un arrĂȘtĂ© le 2 avril pour interdire la vente d'alcool aprĂšs 17h. Une initiative saluĂ©e par le Dr MĂ©tĂ©. "Cela peut avoir un effet bĂ©nĂ©fique, notamment sur les violences intrafamiliales. Beaucoup n'achĂštent qu'une boisson Ă  la fois, et les lieux oĂč les plages horaires de vente d'alcool sont limitĂ©es montrent des rĂ©sultats positifs sur la consommation" explique-t-il.

Toutefois, il admet que cela peut aussi avoir l'effet inverse, avec un achat en grande quantité de boissons afin de "stocker", et donc observer une consommation plus élevée qu'à l'habituel sur une période de temps plus courte.

Le Dr MĂ©tĂ© insiste en tout cas sur l'importance de la continuitĂ© des soins en addictologie pendant cette pĂ©riode difficile. Il alerte par ailleurs le CHU et l'ARS sur l'importance de la problĂ©matique, rĂ©guliĂšrement mise de cĂŽtĂ© mĂȘme en temps normal. "Il est essentiel de pouvoir soutenir nos patients, particuliĂšrement maintenant" termine-t-il.

as / www.ipreunion.com / [email protected]

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