Mondial 2018

Gazprom et le foot, une histoire qui dure

  • PubliĂ© le 9 juillet 2018 Ă  20:47
  • ActualisĂ© le 9 juillet 2018 Ă  21:51
Gazprom et le foot, une histoire qui dure

Difficile pour les fans de foot de passer à cÎté du nom de la puissante firme russe: Gazprom sponsorise la Ligue des champions, le club allemand de Schalke, le Zenit Saint-Pétersbourg et bien sûr le Mondial-2018.

.. Mais aussi le développement du foot et des infrastructures à l'intérieur de la Russie.
Le cas du stade de Saint-PĂ©tersbourg, oĂč les Bleus vont disputer leur demi-finale face Ă  la Belgique mardi, est un peu particulier puisque si Gazprom a Ă©tĂ© liĂ© au projet, il s'en serait progressivement dĂ©tachĂ© Ă  la fin des annĂ©es 2000, selon les experts sollicitĂ©s par l'AFP, en raison notamment d'une explosion des coĂ»ts - 672 millions d'euros, selon les mĂ©dias russes. Un dossier autour duquel rĂšgne un important "flou artistique", observe pour l'AFP AurĂ©lie Bros, chercheuse auteur d'une "GĂ©opolitique du gaz russe".

- Sponsor de Schalke -

Plus limpide en revanche est la place prise progressivement par le géant gazier russe dans le football. Un cliché, datant de septembre 2013 et rassemblant le président russe Vladimir Poutine, l'influent ministre des Sports de l'époque Vitali Moutko, le président de la Fifa de l'époque Sepp Blatter et le patron de Gazprom, Alexeï Miller, le dit bien: c'est à cette date que Gazprom devient officiellement sponsor du Mondial russe.

"Pour Gazprom, c'est une étape importante pour se positionner comme une compagnie énergétique globale", déclare alors Alexeï Miller. C'est l'aboutissement d'un processus: en 2005, le groupe devient sponsor du Zenit Saint-Pétersbourg, le club résident du stade de Saint-Petersbourg; en octobre 2006, du club allemand de Schalke 04; et à partir de 2010, de l'Etoile rouge de Belgrade.
Enfin en juillet 2012, c'est de la trÚs prestigieuse Ligue des champions que Gazprom devient "partenaire officiel". "Je suis sûr que cette coopération va améliorer la réputation de Gazprom et faire avancer la notoriété de notre marque à un niveau fondamentalement nouveau de l'échelle globale", dit Alexeï Miller.

- "Sport power" russe -

Cette volonté rejoint le "sport power" développé par la Russie sous l'impulsion de son président Vladimir Poutine, explique Lukas Aubin, chercheur en géopolitique à l'Université de Nanterre et qui définit cette diplomatie sportive comme "une maniÚre de montrer la Russie sous un jour positif et attractif par l'intermédiaire du sport".

Les oligarques sont mis à contribution: "quand Poutine est arrivé au pouvoir, il a fait en sorte d'accumuler autour de lui les grands organes économiques, qui peuvent servir pour racheter les clubs ou pour financer des événements sportifs", expose-t-il. "Quand l'argent public ne suit pas, c'est à des oligarques ou des groupes qu'on demande avec plus ou moins de véhémence de mettre la main à la poche."

"Pour la Russie, la Ligue des champions est une trĂšs bonne vitrine, avec comme message pour les EuropĂ©ens que la Russie peut ĂȘtre prĂ©sente dans le sport", observe AurĂ©lie Bros. "Et Ă  l'Ă©chelle nationale, c'est important parce qu'il y a une volontĂ© de montrer que la Russie arrive Ă  jouer d'Ă©gal Ă  Ă©gal avec les Occidentaux".

- "Obligations Ă  caractĂšre social" -

Quant au Mondial, "c'est assez fascinant de voir dans les villes hÎtes de la Coupe du Monde que Gazprom est présent partout, s'affichant devant telle ou telle infrastructure", complÚte Lukas Aubin. "Ils n'ont pas tout construit, mais beaucoup, que ce soit à Saransk, Saint-Pétersbourg ou Moscou, c'est vraiment le bras armé du Kremlin qui est utilisé quand les ressources manquent."
Bras armĂ©? AurĂ©lie Bros Ă©voque tout de mĂȘme "des tensions" entre le groupe et son actionnaire majoritaire. "A l'Ă©tranger, quoi qu'il advienne, l'Etat va soutenir son champion, mais Ă  l'Ă©chelle nationale, c'est Ă  nuancer parce qu'il y a eu une sorte de marchĂ© passĂ© au lendemain de la chute de l'URSS, avec Gazprom qui, ayant de facto le monopole sur les exportations, accepte d'endosser un rĂŽle social". Comme "de nombreuses entreprises nationales, elle obtient un certain nombre d'avantages, en Ă©change d'obligations Ă  caractĂšre social".

Or d'autres groupes, comme Rosneft, lorgnent les positions avantageuses de Gazprom et l'"équilibre est difficilement tenable pour le gouvernement", qui va devoir se positionner rapidement entre "stratégie de privilÚges avec en échange entreprises à caractÚre social, ou bien attitude plus proche de l'Occident avec état qui se charge du social". Avec quel impact sur la place de Gazprom dans le foot?

AFP

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