Coupe du monde 2018

Mondial: la culture, terrain de jeu qui réconcilie France et Belgique

  • PubliĂ© le 9 juillet 2018 Ă  21:05
  • ActualisĂ© le 9 juillet 2018 Ă  21:45
La journaliste et animatrice belge de France Inter Charline Vanhoenacker Ă  Paris le 3 novembre 2015

L'histoire du "petit Belge" et du "grand frÚre français" a vécu.

.. Longtemps regardé de haut par ses voisins, le "Plat Pays" a pris sa revanche grùce à ses artistes novateurs et ses humoristes au ton décalé, de Stromae à Benoßt Poelvoorde en passant par Charline Vanhoenacker.

L'animatrice de France Inter commentera mardi soir, avec ses acolytes Alex Vizorek et Guillaume Meurice, la demi-finale du Mondial-2018 opposant les "Bleus" aux "Diables Rouges". BiĂšres, frites, belgicismes et humour corrosif devraient ĂȘtre de la partie, preuve que la "belgitude" est aujourd'hui tendance."Il y avait une vĂ©ritable condescendance du Français envers les Belges", affirme Charline Vanhoenacker, dans le documentaire "Ces Belges, ils osent tout". "C'Ă©tait +le petit Belge+", souligne celle qui s'est fait remarquer en 2012 avec une chronique acide sur les journalistes politiques couvrant l'ElysĂ©e.

La rivalité remonte loin entre Français et Wallons, la communauté francophone de Belgique qui compte environ 4 millions de personnes."Tous les Belges, sans exception, ont le crùne vide", proclamait le poÚte Charles Baudelaire à la fin du XIXe siÚcle, aprÚs un séjour de deux ans à Bruxelles, ville qu'il détesta tout autant que ses habitants.

PrĂšs d'un siĂšcle plus tard, dans les annĂ©es 1970, Coluche popularisa les "blagues belges". Dans son sketch "Le Belge", il met en scĂšne un benĂȘt dont il se moque volontiers.Mais au "Chagrin des Belges", du nom du roman d'Hugo Claus, a dĂ©sormais succĂ©dĂ© ce qu'on pourrait qualifier de vague belge. Avec Ă  chaque fois le mĂȘme atout mis en avant: leur capacitĂ© Ă  ne pas se prendre au sĂ©rieux.
"Il y a un plus grand respect qu'il y a vingt ans, une fraternité franco-belge qui s'est installée, de sorte que les Belges ne se sentent plus déconsidérés et méprisés par les Français, (...) et du cÎté des Français je crois qu'il y a l'idée d'un adversaire qu'on a appris à apprécier à plusieurs points de vue", estime Martin Legros, philosophe et journaliste belge vivant en France.

- Petit complexe -

Dans le milieu culturel, "aujourd'hui, ĂȘtre belge c'est ĂȘtre innovant, libre, audacieux. On le voit, ne serait-ce qu'Ă  Avignon", estime Emmanuelle Hay, du centre Wallonie-Bruxelles Ă  Paris qui accueille en ce moment une exposition sur Peyo le crĂ©ateur des Schtroumpfs.La vague belge touche le théùtre (Ivo van Hove, Anne-CĂ©cile Vandalem), la mode (Martin Margiela, Dries Van Noten), la danse (Sidi Larbi Cherkaoui) et bien sĂ»r le cinĂ©ma (les frĂšres Dardenne, Virginie Efira) et la nouvelle scĂšne musicale (Damso, Girls in HawaĂŻ, Romeo Elvis, AngĂšle)...

A tel point que nombre d'artistes qu'on croit français sont en fait belges, à commencer par l'actrice Cécile de France, au nom résolumment trompeur.

Et le regard des humoristes belges fait mouche. Ils "voient la France comme une terre légÚrement exotique qu'ils regardent avec un certain recul", estime le journaliste Nicolas Demorand, qui présente la matinale de France Inter. "Ils nous offrent la possibilité d'avoir des egos un poil moins boursouflés et leur humour n'est jamais méprisant", souligne celui qui a grandi outre-Quiévrain.

Malgré le succÚs de Stromae, Poelvoorde et Amélie Nothomb, les clichés ont la vie dure, et les habitudes sont tenaces. De part et d'autre. "Nous entretenons avec la France un rapport particulier", reconnaissait Alex Vizorek dans Le JDD."Nous nous considérons toujours comme le petit frÚre, nous avons conscience que cÎté culture et histoire, nous sommes bien moins lotis"; "nous entretenons un petit complexe, pas d'infériorité, mais pas loin", estime-t-il.

Un sentiment qui a des racines historiques, pour le philosophe et économiste belge Philippe Van Parijs. "La Belgique a tenté, au cours du XIXe siÚcle, de s'ériger en état national fonctionnant uniquement en français", explique l'universitaire, jusqu'à ce que le néerlandais soit mis sur un pied d'égalité.

Résultat: "Il y a eu une emprise du français sur la Belgique qui a été trÚs forte, et qui s'est fortement détendue à mesure que la Flandre est devenue la partie riche du pays".


AFP

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