Le gardien de l'Angleterre

Pickford les a tous vengés

  • PubliĂ© le 4 juillet 2018 Ă  15:50
  • ActualisĂ© le 4 juillet 2018 Ă  17:06
Le gardien de l'Angleterre Jordan Pickford lors de la séance des tirs au but face à la Colombie en 8e de finale du Mondial, le 3 juillet 2018 à Moscou

"Je me fiche de ne pas ĂȘtre le plus grand gardien", riposte Jordan Pickford, qui en une sĂ©ance tirs au but a tournĂ© la page des David Seaman, Scott Carson ou David James, les portiers tant moquĂ©s de l'Angleterre.

En arrĂȘtant la frappe du Colombien Carlos Bacca, Pickford a envoyĂ© les "Trois Lions" en quarts de finale de la Coupe du monde, oĂč il dĂ©fieront la SuĂšde, samedi Ă  Samara, et rĂ©alisĂ© un geste qu'aucun goal anglais n'avait rĂ©ussi depuis 20 ans. "C'Ă©tait un arrĂȘt de grande classe, je suis surpris qu'il ait pu atteindre la balle vu sa taille", a plaisantĂ© Gareth Southgate.

Le sélectionneur anglais avait au moins trois bonnes raisons de sourire. D'abord évidemment parce que l'Angleterre a battu les "Cafeteros" (1-1 a.p., 4-3 t.a.b.), mais aussi parce que son choix de titulariser le gardien d'Everton, trois petites sélections avant le Mondial, et donc sept désormais, avait été trÚs discuté.
Il avait laissĂ© hors de la liste l'expĂ©rimentĂ© Joe Hart, 75 sĂ©lections, pour confier les portes de la Reine a un inconnu, prĂȘtĂ© pendant des annĂ©es par Sunderland Ă  des clubs de seconde zone, Burton Albion ou Darlington, avant cette derniĂšre saison pleine chez les "Toffees".

- "J'ai du mental" -

Enfin, Southgate sait mieux que personne ce que coûte une séance de "pénos" perdue. Il avait raté le sien contre l'Allemagne, en demi-finale de l'Euro-1996 à domicile, un souvenir qui le hante encore, admet-il.

Mais celle-là, il l'avait préparée. Pickford avait étudié les tireurs colombiens, et Southgate lui avait également donné pour consigne de donner en personne la balle à tous les tireurs anglais, de la main à la main, pour éviter que David Ospina puisse tenter la guerre psychologique contre eux, ne serait-ce qu'un instant.
"Je suis peut-ĂȘtre jeune, mais j'ai du mental et de l'expĂ©rience", assure Pickford du haut de son 1,85 m. "Il fait 10 cm de moins que moins", avait raillĂ© le gĂ©ant belge Thibaut Courtois.

Peu importe, "il fallait y arriver, rĂ©aliser l'arrĂȘt, ĂȘtre lĂ  au bon moment. J'y Ă©tais", a sobrement commentĂ© le nouveau hĂ©ros de l'Angleterre, si souvent battue aux tirs au but, aux Coupes du monde 1990, 1998 et 2006, puis aux Euros 2004 et 2012, en plus de 1996. "Same old story", avaient l'habitude de titrer les mĂ©dias anglais, "Toujours la mĂȘme histoire".

- Les doigts en savon -

Elle n'en avait remportĂ© qu'une avant la Colombie, en quart de finale de l'Euro-1996 contre l'Espagne. Pickford a mis fin au vieux complexe anglais des "pĂ©nos", et du mĂȘme coup joliment vengĂ© deux dĂ©cennies de blagues sur les gardiens de son pays. David James les a subies toute sa carriĂšre, et pas seulement pour les deux buts encaissĂ©s dans le temps additionnel contre la France Ă  l'Euro-2004 (2-1).

David Seaman, le seul a avoir duré dans les cages des Trois Lions, entend encore parler de son mauvais positionnement sur le coup franc fatal de Ronaldinho en quarts de finale de la Coupe du monde 2002 (victoire du Brésil 2-1) et Scott Carson restera à jamais coupable de l'élimination de l'Angleterre dans la course à l'Euro-2008 pour ses doigts en savon sur une frappe de Niko Kranjcar, qui avait précipité la défaite à Wembley contre le Croatie (3-2).

Il est vrai que l'opprobre était aussi tombée sur le sélectionneur Steve McLaren, avec la Une restée célÚbre: "A wally with a brolly" ("Un imbécile avec un parapluie").

Pickford a mĂȘme vengĂ© celui dont il a pris la place, Joe Hart, clouĂ© sur sa ligne par une "Panenka" (les Italiens disent: "cucchiaio", petite cuillĂšre) d'Andrea Pirlo Ă  qui il avait eu le tort de tirer la langue juste avant sa frappe. C'Ă©tait Ă  l'Euro-2012, la derniĂšre dĂ©faite de l'Angleterre aux tirs au but.
Pickford a écrit une nouvelle histoire.

AFP

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