Tribune libre de Christophe Estève

À Mayotte, les chiffres de l’Insee démentent le récit d’une "invasion migratoire"

  • Publié le 22 août 2026 à 14:07
  • Actualisé le 22 août 2026 à 14:13
Christophe Estève , Place publique réunion

À quelques jours de sa visite à Mayotte, Édouard Philippe a annoncé vouloir "fermer les vannes de l’immigration" et propose des mesures d’une ampleur inédite : suspension du droit d’asile pendant tout un quinquennat, suspension du droit du sol et moratoire total sur les voies légales d’immigration, y compris familiale. (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Ces propositions posent une double question : sont-elles fondées sur la réalité de Mayotte et sont-elles compatibles avec les principes constitutionnels de la République ?

Les chiffres de l’Insee (publié dans un article de Mediapart) démentent le récit d’une "invasion".

Les premiers résultats du recensement exhaustif réalisé à Mayotte fin 2025-début 2026 sont sans ambiguïté. Au 1er janvier 2026, Mayotte compte 323 153 habitants, soit une progression de 26 % depuis 2017.

Ce chiffre est important, car il est très éloigné des estimations régulièrement avancées dans le débat public, de 400.000 voire 500.000 habitants. La population mahoraise augmente rapidement, mais l’Insee montre également que cette croissance “ralentit” : elle est passée d’une progression moyenne de 3,8 % par an entre 2012 et 2017 à 2,8 % entre 2017 et 2026.

Surtout, l’Insee établit que le"solde migratoire apparent est aujourd’hui légèrement négatif".

Autrement dit, il y a légèrement plus de personnes qui quittent Mayotte qu’il n’en arrive. La croissance actuelle de la population s’explique donc par un “solde naturel très fortement positif”, c’est-à-dire par la différence entre les naissances et les décès.

Ces données ne minimisent évidemment ni les difficultés considérables auxquelles Mayotte est confrontée, ni la pression exercée sur les services publics, le logement, l’école, la santé ou les infrastructures. Mais elles obligent à poser le débat sur des faits plutôt que sur le fantasme d’une population étrangère qui serait en train de "submerger" le territoire.

- Une dérive politique préoccupante - 

Le problème est donc double : des propositions juridiquement fragiles et un discours construit sur une représentation largement déformée de la réalité démographique.

En reprenant le vocabulaire de la "fermeture des vannes", de "l’appel d’air" et de "l’immigration hors de contrôle", Édouard Philippe ne se contente plus de durcir la politique migratoire : il reprend les ressorts rhétoriques traditionnellement portés par l’extrême droite, tout en allant, sur plusieurs propositions, plus loin que la droite dite républicaine ne l’avait encore fait.

Il est parfaitement légitime de vouloir répondre aux difficultés spécifiques de Mayotte. Mais une politique républicaine ne peut pas se construire en opposant les habitants entre eux, en désignant l’étranger comme responsable de tous les dysfonctionnements et en prétendant suspendre des droits fondamentaux pour un territoire de la République.

À Mayotte comme ailleurs, la République doit répondre aux difficultés par la vérité des chiffres, l’efficacité de l’action publique et le respect de l’État de droit, pas par les fantasmes de l’invasion et la surenchère identitaire.

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