À 83 ans, Raymond Tangatchy fait partie de ces hommes dont le parcours discret marque profondément un territoire. Célébrer l’histoire de cet athlète d’exception de son vivant est un devoir de mémoire essentiel pour que le monde moderne n’oublie pas l’héritage qu’il nous laisse. (Photo photo Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Né à une époque où le sport exigeait un niveau de sacrifice personnel et une discipline de fer, et où les équipements sportifs étaient réservés aux plus aisés, Raymond Tangatchy s’est imposé par une détermination sans faille. C’est pieds nus qu’il a écrit ses premières lignes de gloire.
Rien ne lui était donné d’avance, mais il possédait ce goût de l’effort et cette rigueur qui font la marque des plus grands. D’abord passionné de football, il a été réorienté vers la course à pied par un certain M. Crépin entraîneur de la St-Louisienne à ce moment-là. Ce dernier, au flair infaillible, avait immédiatement détecté en lui, le potentiel d’un véritable monstre de l'asphalte.
Si un événement devait à lui seul illustrer l’extraordinaire volonté de Raymond Tangatchy, ce serait sans conteste sa victoire retentissante lors du tout premier Tour de l’île pédestre, le 6 septembre 1966 il y a 60 ans, accomplie entièrement pieds nus sur nos routes de "macadam".
Au départ de Saint-Denis, face à des dizaines de coureurs chevronnés, s’élançait une épreuve gigantesque de 225 kilomètres étalée sur six jours. C’est là que le mythe s’est forgé, Raymond Tangatchy a avalé ces 225 km d’asphalte pieds nus, sans chaussures.
Dans un effort d’une exigence inouïe, bravant la chaleur et la rudesse de nos routes d’antan, il franchit la ligne d’arrivée en grand vainqueur. Cet exploit hors norme a marqué le point de départ d’une hégémonie de plus de quinze ans sur la course de fond et le marathon "péi. Des rumeurs prétendaient même qu'une fois la course achevée, il regagnait son domicile de Saint-Louis toujours à pied.
-Un modèle de transmission pour notre jeunesse-
Au-delà de ses prouesses athlétiques et de ses nombreux titres, Raymond Tangatchy représente bien plus qu’un simple compétiteur. Par son comportement exemplaire, sa sobriété et son refus de la facilité, il a inspiré des générations de jeunes à embrasser les valeurs du respect, de la régularité et du dépassement de soi.
Un parcours d'autant plus admirable pour lui qui a été agriculteur cannier et charretier depuis son enfance avec son père.
Ce sont pour moi des souvenirs d’adolescence gravés à jamais. À l’époque de mes études au lycée professionnel de Saint-Louis, la présence et les exploits de champions comme Raymond Tangatchy, Maximin Plessis, Roger Cheffiard et Christian Nguyen en cyclisme, Elien et Ansène Imboula, Jean-Claude Richauvet et Sydney Laverdure au football, et de beaucoup d’autres, ont particulièrement bercé ma jeunesse, en m’insufflant une fierté et une force d’âme inoubliables.
-Le premier ambassadeur réunionnais-
Arborant le maillot "péi" jusqu'en Métropole lors des championnats de France, il faisait vibrer tout le peuple réunionnais, fier de voir l’un des siens rivaliser avec les meilleurs. Véritable "zarboutan" vivant, ancré dans sa terre et proche des gens, il incarne ces piliers silencieux sur lesquels s’appuie notre mémoire collective.
Sur les terrains et dans les épreuves qui suivirent cette victoire historique de 1966, Tangatchy a incarné la ténacité "péi". Chaque trophée, chaque performance était le fruit d’un entraînement exigeant, loin des projecteurs et des équipements modernes.
Mais au-delà de la performance physique, c’est la grandeur de l’homme qui force l’admiration. Vivant à St-Louis depuis sa naissance, et âgé de 83 ans, Raymond Tangatchy continue de nous offrir une belle leçon de vie. Malgré ses victoires éclatantes et son statut de pionnier, il est resté dans la modestie voire la grande modestie.
Jamais les lauriers ni les applaudissements n’ont altéré sa simplicité naturelle. Il demeure cet homme accessible, humble et pudique.
-De l’oubli à l’urgence d’une solidarité collective-
Pourtant, derrière le souvenir des acclamations passées se cache aujourd’hui une tout autre réalité. Avec les années, non seulement le récit de ses hauts faits s’est raréfié dans la mémoire collective, mais le champion est tombé dans les difficultés de la vie.
La vieillesse et parfois la maladie sont venues assombrir le quotidien de celui qui portait haut et fort les couleurs de notre île.
Aujourd’hui, voir un tel monument de notre histoire sportive sombrer dans l’oubli est une blessure profonde pour notre conscience collective.
Soixante ans après son légendaire triomphe de 1966, Raymond Tangatchy ne doit plus subir le poids de l’ingratitude.
En célébrant son odyssée pieds nus sur les routes de La Réunion, on refuse de laisser un héros "péi" finir sa vie dans l’ombre.
Rendre hommage à Raymond Tangatchy, tout comme à ses compagnons de route tels que Maximin Plessis, c’est lui accorder la place qu’il mérite dans notre patrimoine, mais c’est aussi un appel à la dignité et à la solidarité concrète envers nos aînés.
Il est encore temps d’agir, de tendre la main et de faire en sorte que notre légende ne soit plus seulement gravée dans nos mémoires, mais bien de lui donner un sens autre aujourd'hui.

Bravo pour cet bel hommage, la commune St-Louis peut être fière de son grand champion....peut-être demain un gymnase ou une rue portant le nom de RAYMOND TANGATCHY ? LA LIGUE ATHELETISME AUX ABONNÉES ABSENTES.... MERCI MONSIEUR D'AVOIR EU L'IDÉE DE RENDRE HOMMAGE À CE COUREUR AUX PIEDS NUS, POUR QUE L'OUBLI SORT " DAN' FÉNOIR ".
MARIE THÉRÈSE.
Mersi bien po se mamay de St-Louis ké la tan fé rév a nou dan ban lané1965 /1970. In Grand ké lé oublié par lo médias. Atan' pa li mor po rand ali in lomaz, rand ali kan li lé vivan. In o mwin ki oubli pa. Nout famil lé kontan po out ban' mo. Mersi.
Gran romersiman a ou !