Tribune libre du Dr David Mété

Cocaïne, crack, "Dou" et autres stupéfiants : appel aux forces vives de La Réunion

  • Publié le 24 juin 2026 à 11:54
  • Actualisé le 24 juin 2026 à 11:56
docteur david mété

Ce vendredi 26 juin se tiendra une grande journée de mobilisation organisée sous l’égide de la Préfecture, de l’ARS et du Rectorat dans le cadre de la grande cause régionale décidée par Monsieur le Préfet Patrice Latron*. (Photo d'illustration Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Depuis quelques années déjà, La Réunion fait face à une augmentation très préoccupante de la consommation de substances addictives psychostimulantes (cocaïne, crack, cathinones connues localement sous le nom de « doux »). Ce phénomène se traduit par une importante augmentation du trafic de substances avec des saisies d’evolution exponentielle. Parallèlement,  les personnes en difficulté avec la consommation de ces produits sont de plus en plus nombreuses. Les structures d’Addictologie fonctionnent déjà au maximum de leur capacité avec des démarches de soins de plus en plus complexes.

Les conséquences de ces consommations sont majeures : hauts niveaux addictifs, conséquences médicales (infarctus, AVC, infections, etc.) et psychiatriques graves (dépression, paranoïa, violences, etc.), conséquences sociales désastreuses : dettes majeures, prostitution, délinquance, trafics, violences graves.

Elles ne doivent pas cependant faire oublier que la question des addictions est un sujet complexe qui ne se limite pas qu’aux produits. Aborder cette problématique sous un angle restreint, c’est prendre le risque d’un échec.

La Réunion n’échappe malheureusement pas à un phénomène international, de globalisation des trafics et des consommations. Il n’y a jamais eu autant de cocaïne produite dans le monde. La Réunion, c’est aussi un petit bout d’Europe dans l’océan Indien, avec un niveau de vie qui attire les trafiquants de stupéfiants. Les organisations mafieuses à l’origine de ces trafics disposent de moyens considérables et profitent des troubles internationaux actuels ainsi que des difficultés rencontrées par les États de droit pour étendre leurs marchés.

Nous sommes, les-uns et les-autres, volontiers blasés et désabusés par la multiplicité des sujets majeurs de préoccupation : réchauffement climatique, crise économique avec baisse de notre pouvoir d’achat, dette publique considérable, guerres multiples, crises sanitaires, affres de la globalisation, etc. Ces conditions sont fortement propices au développement des addictions, au besoin de satisfactions immédiates. Nous vivons dans un contexte addictogène où la tentation individualiste et consumériste est forte.

Contrairement à une idée reçue, toutes les couches de notre société sont concernées, avec des consommations précoces de plus en plus inquiétantes. Chacune, chacun d’entre nous finira par être confronté directement ou indirectement par ce phénomène ou ses conséquences.

Face à cette évolution rapide, il est capital de se mobiliser dans la durée, à l’échelle de la société toute entière, dans nos familles, dans nos quartiers, dans nos villes, dans nos établissements scolaires, sportifs, religieux. Contrairement à une attitude fréquente , n’attendons pas tout de l’État, faisons front commun, tous unis, ne laissons pas faire, ne fermons pas les yeux concernant la réalité de ce piège sordide qui se referme peu à peu sur notre société et frappe tout particulièrement notre jeunesse.
Personne ne souhaite voir se produire à La Réunion ce qui se passe aux Antilles ou dans plusieurs villes de l’Hexagone : nous ne voulons pas d’une telle évolution.

Au delà des clivages politiques traditionnels, au delà de l’opposition entre l’État et les collectivités locales, au-delà des différences communautaires, religieuses, sauvons notre vivre-ensemble, mobilisons-nous grâce à notre intelligence collective, notre bienveillance, notre solidarité. Retissons un lien social en nous basant sur nos forces, sur notre capacité au vivre ensemble.

Dr David MÉTÉ (FRAR).

* inscription préalable nécessaire.

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