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Courrier sur l'amendement portant sur la création d’une taxe "alcool fort" à destination du Département

  • Publié le 9 janvier 2026 à 18:51
  • Actualisé le 9 janvier 2026 à 18:58
rhum

Monsieur le Président, dans un communiqué de presse publié hier, le Département de La Réunion a demandé aux Députés de la Réunion de soutenir un amendement visant à la création d’une nouvelle taxe sur les "alcools forts ", dans le cadre du projet de loi de finances 2026. Le syndicat professionnel La Réunion des rhums a alerté sur les conséquences majeures qu’un tel dispositif ferait peser sur la production locale.

En l’état, l’application de cette taxe pourrait conduire à une hausse très significative de la fiscalité sur les rhums réunionnais, de l’ordre de 1600 € par hectolitre d’alcool pur, soit environ 8 euros par bouteille. Une telle évolution créerait une situation de distorsion de concurrence à la fois incohérente et injuste, en pénalisant lourdement la production locale au profit d’autres alcools importés dont l’augmentation de taxation serait plafonnée à 200€ par HAP.

Cette distorsion ne serait pas seulement fiscale : elle serait surtout incohérente au regard des orientations que nous portons collectivement pour La Réunion. En renchérissant ce que nous produisons localement tout en favorisant des produits importés, elle irait à rebours des objectifs de valorisation des filières locales, de relocalisation de la valeur et de renforcement de notre économie, et conduirait mécaniquement à un report de la consommation vers des alcools importés.

La filière du rhum de La Réunion est exclusivement composée de TPE et de PME, qui ne disposent pas de la capacité financière pour absorber un choc fiscal d’une telle ampleur sans mettre en péril les outils de production et les emplois associés. Nous vous rappelons que la filière du rhum représente environ 1200 emplois directs, indirects et induits sur notre territoire.

Au-delà du seul secteur du rhum, nous souhaitons attirer votre attention sur les effets systémiques qu’une telle mesure pourrait engendrer. Le rhum constitue un débouché économique essentiel pour la canne à sucre, pilier de l’agriculture réunionnaise. Fragiliser la production de rhum, c’est fragiliser à terme l’ensemble de la filière Canne-sucre-rhum-énergie, qui représente près de 15 000 emplois directs, indirects et induits à La Réunion, et dont les composantes sont étroitement interdépendantes.

Bien entendu, nous sommes pleinement conscients des enjeux de santé publique et partageons l’objectif de protection des consommateurs fragiles. Nous restons engagés aux côtés des pouvoirs publics pour soutenir les actions de prévention et de sensibilisation nécessaire.

Toutefois, en tant qu’organisations patronales, nous sommes particulièrement vigilants quant aux conséquences économiques et sociales négatives que pourrait entraîner cette nouvelle taxation sur une filière emblématique, historique et structurante de La Réunion.

Aussi, au regard des enjeux tant économiques que sociétaux, et connaissant votre engagement en faveur du développement économique de notre territoire et votre soutien à chacune de nos filières, nous vous demandons, Monsieur le Président, de surseoir à ce projet de taxation et d’engager une concertation approfondie avec l’ensemble des parties prenantes, afin d’identifier des solutions équilibrées conciliant impératifs de santé publique et préservation durable de notre tissu économique local.

Veuillez agréer, monsieur le Président, nos salutations respectueuses,

Katy HOARAU
Présidente du Medef Réunion
Michel DIJOUX
Président de l’ADIR
Gérard LEBON
Président de CPME Réunion
Philippe LABRO
Président du Syndicat du sucre

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