Tribune libre de Kevin Lognoné

D'Henri IV à aujourd'hui : quatre siècles d'histoire, de lois, de mer et de précision

  • Publié le 21 août 2026 à 17:53
  • Actualisé le 21 août 2026 à 17:54
D'Henri IV à aujourd'hui : quatre siècles d'histoire, de lois, de mer et de précision

Sous le règne d'Henri IV, le parlement de Bretagne se fixe définitivement à Rennes et obtient l'autorisation royale de se faire bâtir un véritable palais de justice. Auparavant itinérant entre Rennes, Nantes et Vannes, le Parlement est installé depuis 1561 au couvent des Cordeliers à Rennes. Après le ralliement du duc de Mercœur (chef de la Ligue catholique en Bretagne) et la signature de l'édit de Nantes en 1598, le retour de la paix permet d'envisager enfin de grands chantiers institutionnels et architecturaux dans la capitale bretonne.

Guillaume de Longnonné & Gefrette Ogier (milieu du XVIe siècle) forment le couple souche historique de la famille Lognoné (historiquement orthographiée de Longnonné ou Lognonné), l'une des sagas familiales les plus riches de Haute-Bretagne. Elle incarne un destin unique divisé en deux grandes épopées : celle de la bourgeoisie de robe et de la petite noblesse du bassin rennais au XVIe et XVIIe siècles, et celle des maîtres corsaires et illustres horlogers de la baie du Mont-Saint-Michel.

L'origine documentée de la famille s'enracine au cœur du XVIe siècle dans la région de Rennes, ancienne cité « confluence » dans son origine antique, capitale de la Bretagne.

À cette époque, la lignée s'élève socialement grâce au maniement du droit, de l'administration et de la gestion foncière. Guillaume est un praticien du droit (notaire, avocat ou procureur) à une époque où la Bretagne se modernise. Il accumule les capitaux et achète les premières terres familiales. A cette époque, le roi met fin aux querelles d'alternance entre les villes en confirmant Rennes comme le siège fixe de l'institution. En 1609, le roi Henri IV signe des lettres patentes permettant de lever un impôt local sur le cidre et le vin pour financer la construction d'un palais digne de ce nom pour les magistrats.

Qui sont alors ces hommes de loi et la noblesse de robe (XVIe - XVIIe) au sein de cette prestigieuse famille ?

Bertrand de Longnonné, l'Écuyer (1599), fils de Guillaume, il est le premier de la famille à porter officiellement le titre de noblesse d'Écuyer. En 1599, sous le règne du roi Henri IV (qui est venu en personne à Rennes en mai 1598 pour ramener la paix), Bertrand apparaît comme parrain de la famille Leroux, confirmant que les Longnonné ont intégré l'élite provinciale.

Frère de Bertrand, Jean de Longnonné et son épouse Perrine Le Clerc (Fin du XVIe siècle) gèrent les intérêts familiaux et prépare les grandes alliances du siècle suivant.

En octobre 1602, ce mariage d’Henry de Longnonné et d’Anne de Launay (scelle une union prestigieuse avec les de Launay (fille de Jean de Launay et Gillette Quenouard). Le prénom d'Henry est choisi en hommage direct au roi Henri IV.

Jacques de Longnonné marque l'apogée de Baultier (1645): Fils de la génération précédente, Jacques réalise le coup d'éclat de la branche noble. Il épouse Julienne Maudet, dont la mère, Renée du Bouëxic, appartient à la plus haute noblesse parlementaire bretonne. En 1645, Jacques achète le Manoir de Baultier au Rheu, doté d'une chapelle privative et de droits seigneuriaux.

Ensuite, Pierre de Longnonné, fils de Jacques, épouse Françoise Déeslin en 1699. Sous sa génération, Louis XIV impose l'Armorial Général de 1696, obligeant Pierre à faire enregistrer officiellement le blason de la famille. Au début du XVIIIe siècle (vers 1710), le manoir de Baultier est vendu à la famille Orain. Les autres terres (Montdidier, La Roche) passent à la famille du Feu par le mariage de sa sœur Françoise. La particule s'estompe, mais le sang et le nom perdurent dans les branches collatérales côtières.

Pendant que la branche aînée arpente le Parlement de Rennes, une branche parallèle s'établit face à la mer, dans le Pays de Dol et la baie du Mont-Saint-Michel. Pour se distinguer des innombrables familles " Lemonnier " de la côte, ils accrochent les deux noms avant que l'état civil ne fige définitivement le seul nom de Lognoné. Guillaume Le Monnier Lognoné (décédé en 1651 à Baguer- Pican): Il épouse Guillemette Ginguené. Il est l'ancêtre fondateur de la dynastie doloise. A la suite de l'Édit de Colbert (1670), son fils Nicolas et son petit-fils Guillaume (surnommé « La Riolette ") sont enregistrés dans la 4e classe des marins de Cancale.

Le passage de la mer à la terre ferme amena une reconversion extraordinaire. Les compétences d'ingéniosité et de haute précision requises à bord des navires (pour régler les chronomètres de marine ou viser au canon) se transformèrent en un artisanat d'art d'exception. Ainsi naquit une dynastie d’horlogers: La famille s'établit dans la prestigieuse Grande Rue des Stuarts à Dol-de- Bretagne. Le patronyme a donc traversé les siècles sans jamais quitter son berceau d'origine. C'est une histoire gravée dans la cire des parchemins de Rennes, gravée dans le bois des horloges doloises, et portée par le ressac de la baie du Mont-Saint-Michel inscrite à l'UNESCO.

Kevin Lognoné

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