Tribune libre de Jean Claude Comorassamy

Il y a 80 ans, La Réunion innovait avec sa première cantine scolaire gratuite à Piton Saint-Leu

  • Publié le 3 juin 2026 à 11:25
  • Actualisé le 3 juin 2026 à 11:31
restauration scolaire cantine

L’histoire de la première cantine scolaire de La Réunion est intimement liée à une figure politique majeure de l'île, Mario Hoarau, alors maire de Saint-Leu. C'est dans un lieu chargé d'histoire, l'ancien séchoir à tabac de Piton Saint-Leu, qu'a vu naître cette innovation sociale il y a huit décennies. (Photo d'illustration Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Lors des récentes campagnes municipales de 2026, plusieurs candidat(e)s ont soumis l'idée d'une cantine gratuite, ou à 1 euro, pour soutenir le pouvoir d'achat des familles et garantir un repas équilibré aux enfants. Pourtant, cette mesure n'a rien de nouveau, elle est l'héritage direct de Mario Hoarau.

- Une avancée sociale majeure pour l'enfance réunionnaise -

Au moment de la départementalisation de l'île en 1946, la situation sociale et sanitaire de nombreux enfants réunionnais était dans une trajectoire particulièrement inquiétante.  Fraîchement élu en 1945, Mario Hoarau décide de s'attaquer de front à la malnutrition qui touche les élèves de la commune de St-Leu. Son ambition est alors de fonder un modèle d'égalité sociale par l'éducation.
Cette mesure pionnière répondait à un double objectif, assurer un repas chaud et nutritif par jour à tous les enfants scolarisés de Saint-Leu et encourager les parents à envoyer leurs enfants à l'école.

Face à l'urgence sociale, la municipalité décide alors de réaffecter le grand séchoir à tabac situé à Piton Saint-Leu, près du cimetière, pour le transformer en cantine scolaire. Ce long édifice, avec ses structures typiques, est ainsi devenu le réfectoire où les enfants de plusieurs quartiers dont mes frères et moi-même venaient désormais se restaurer. La cuisine était à l'air libre à l'extérieur et la cuisson de la nourriture se faisait dans des grandes marmites, toujours au feu de bois...Une histoire forte, parfois oubliée, mais qui m'habite encore aujourd'hui. Au moment même où nous fêtons les 80 ans du département, nous mesurons aussi le chemin parcouru.

- Un modèle pour toute l'île -

Cette initiative saint-leusienne a rapidement servi de modèle. Face au succès et à la nécessité absolue de la démarche, d'autres communes de La Réunion ont emboîté le pas pour généraliser l'accès gratuit aux cantines aux enfants scolarisés.

Aujourd'hui, le site du séchoir de Piton Saint-Leu reste gravé dans la mémoire collective comme le symbole de cette avancée majeure. Réhabilitée, la structure est désormais dédiée au spectacle vivant et à de nombreuses animations culturelles.

- Un combat plus large pour l'égalité -

Figure emblématique de la gauche réunionnaise et compagnon de route de la départementalisation, Mario Hoarau a mené de nombreux combats pour arracher la population à la pauvreté. Aux côtés de personnalités telles que Léon Lepervanche, Raymond Vergès, Paul et Laurent Vergès, Élie Hoarau, Claude Hoarau, Huguette Bello ou encore Lucet Langenier, et il y avait aussi les deux Ministres réunionnaises Margie Sudre et Ericka Bareigts, les divers(e) président(e)s du conseil départemental Nassimah Dindar, Jean Luc Poudroux, Cyrille Melchior et bien d'autres, ils se sont battus pour l'égalité des droits sociaux (santé, éducation, prestations sociales, logements, la lutte contre le chômage etc, etc..), un combat toujours d'actualité. 

En définitive, l'œuvre sociale laissée par l'ancien maire de Saint-Leu Mario Hoarau résonne aujourd'hui encore avec une force toute particulière 80 ans plus tard. Plus qu'un simple souvenir, elle demeure un modèle d'action durable et inspirant, dont les municipalités actuelles gagneraient à continuer de se nourrir pour répondre aux défis actuels.

Jean-Claude Comorassamy

guest
6 Commentaires
Jacqueline
Jacqueline
2 jours

Les champs canne ont laissé place aux habitations et aux commerces de proximité, pharmacie, boulangerie, crédit agricole, station service....la cantine de l'époque, l'emplacement de la cuisine au feu de bois résiste par quelques traces...rougail zaran, saucisse pétée...que des bons souvenirs...! Une vraie immersion ! Merci.

Amandine R.
Amandine R.
3 jours

Au sein de la municipalité de Mario Hoarau de l'époque, un planteur et conseiller municipal nommé Justinien Comorassamy qui a porté ce projet me semble-t-il....S'agit-il de votre parent M. Comorassamy ?

PAYET
PAYET
3 jours

Pendant l'essor du tabac, mon père ramenait des charrettes remplies au séchoir du Piton, cultivé à environ 1000m d'altitude. Nous nous habitions au dessus du Plate. Pluie en abondance à l'époque...Devenu cantine par la suite, j'ai encore le souvenir du bouillon pilchard pimenté du vendredi...

Julie
Julie
3 jours

Deux rangées de tables de chaque côté sur une trentaine de mètres. Servis dans des assiettes émaillées et timbales en tôle....Il y avait une autre dame qui nous surveillait Mme Futol....De l'autre côté que de la canne, aucune habitation...c'était le temps longtemps...tous les enfants venaient prendre leur repas, pas d'entrée ni dessert...Une autre époque. Des bons souvenirs !

Marie
Marie
3 jours

En face du séchoir il y avait des champs de canne. Dans le séchoir on voyait à l'époque des feuilles de tabac étaient alignées sur plusieurs rangs à l'intérieur par les planteurs et puis il est devenu une grande cantine, effectivement tout était cuit à l'extérieur aux feux de bois dont une certaine Mme Legros était cuisinière, sa famille habitait juste à côté (au dessous l'abri bus actuel du Piton). Que de souvenirs, merci M. Comorassamy de nous faire revivre ce pan de l'histoire, dont le maire Mario Hoarau a été un pionnier à l'époque.

Jlc2
Jlc2
2 jours

Bjr! J'ai mangé dans le séchoir à tabac