L’Union des Femmes Réunionnaises exprime sa profonde émotion, sa colère suite au drame de l’affaire Lyhanna (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
Au-delà de l’horreur des faits, les révélations concernant le parcours du principal suspect soulèvent des questions extrêmement graves sur le fonctionnement des institutions chargées de protéger les enfants et il apparaît déjà que des dysfonctionnements institutionnels sont aujourd’hui interrogés au plus haut niveau de l’État.
L’affaire Lyhanna ne peut être considérée comme un simple fait divers. Elle rappelle des alertes déjà exprimées à La Réunion concernant les difficultés de notre système de protection de l’enfance : saturation des services, manque de moyens humains, insuffisante coordination entre les acteurs, traitement parfois tardif des signalements et difficultés de suivi des situations les plus complexes.
À La Réunion, cette affaire résonne avec une force particulière car depuis plusieurs années, associations, travailleurs sociaux, professionnels de l’enfance et familles tirent la sonnette d’alarme. Ils doivent être entendus.
Ils décrivent un système placé sous tension permanente, confronté à une augmentation des situations de vulnérabilité, des violences intrafamiliales et des atteintes sexuelles commises sur des mineurs.
Les chiffres sont alarmants. Plus de 8.000 informations préoccupantes concernant des enfants en danger ont été enregistrées en une seule année à La Réunion. Plus de 3.600 enfants font actuellement l’objet d’une mesure d’accompagnement ou de protection au titre de l’Aide sociale à l’enfance.
En 2024, près de 1.000 enfants ont été victimes d’atteintes sexuelles sur notre territoire, dont plusieurs centaines dans le cadre familial. La même année, 158 viols sur mineurs ont été recensés, en augmentation de 23 % par rapport à l’année précédente.
Ces chiffres démontrent que nous ne sommes pas face à des situations isolées mais devant une véritable urgence sociale qui nécessite une mobilisation exceptionnelle de l’ensemble des pouvoirs publics.
L’Union des Femmes Réunionnaises demande :
• le renforcement immédiat des moyens consacrés à la protection de l’enfance ;
• une meilleure coordination entre les services sociaux, éducatifs, judiciaires et de santé ;
• une prise en compte plus rapide et plus efficace de la parole des enfants victimes ;
• un suivi renforcé des personnes faisant l’objet de signalements pour des faits graves concernant des mineurs.
Nous refusons que la vie d’un enfant soit livrée à une succession d’erreurs administratives. Lorsqu’un enfant est victime alors que des alertes existaient, c’est l’ensemble du dispositif de protection qui doit être interrogé.
L’Union des Femmes Réunionnaises adresse ses pensées les plus sincères à la famille de Lyhanna, à ses proches et à toutes les victimes de violences dont la parole n’a pas été suffisamment entendue ou protégée.
La protection des enfants constitue une responsabilité collective. Elle exige des moyens, de la vigilance, de la coordination et surtout une volonté politique à la hauteur de l’enjeu. Cette volonté politique doit être traduite dans une loi-cadre. C’est une exigence formulée par l’Union des Femmes Réunionnaises depuis plus de 20 ans.
Pour l’Union des Femmes Réunionnaises, chaque signalement concernant des violences sexuelles, des maltraitances ou toute menace pesant sur un enfant doit être traité avec la plus grande rigueur et dans les délais les plus courts. Lorsqu’une famille alerte, lorsqu’un professionnel signale un danger, lorsqu’un enfant exprime sa souffrance, les institutions ont le devoir d’agir rapidement et efficacement.
L’Union des Femmes Réunionnaises
