L'UFAL Réunion salue l'initiative des services de l'état pour le lancement hier vendredi 26 juin, de son grand plan de lutte contre les drogues et le narcotrafic, fléau qui gangrène progressivement notre société réunionnaise (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Elle insiste néanmoins, au-delà des volets prévention, répression et communication de ce dispositif, sur l'accompagnement des parents, complètement démunis face à la situation d'un enfant dépendant et qui ont eux-aussi un rôle important dans ce combat.
L'UFAL insiste également sur la nécessité d'impliquer toutes les associations familiales dans cette lutte vitale et regrette au passage l'absence de l'UDAF de la Réunion au rang des partenaires principaux impliqués dans le dispositif.
L’addiction aux stupéfiants d’un enfant est une épreuve bouleversante pour n’importe quelle famille, mais ses répercussions sont particulièrement dévastatrices pour une famille modeste disposant de moins de ressources financières et d’un réseau de soutien souvent plus limité.
Ces foyers font face à une précarisation accélérée et à une détresse psychologique profonde.
1. L'impact financier et le spectre de la précarisation :
Pour une famille aux revenus déjà limités, déjà millimétrée, l'addiction voit briser cet équilibre et plonge de fait le foyer dans la grande pauvreté.
- Le coût des soins et des démarches, les transports vers les centres de soins, les consultations de spécialistes non conventionnés et les thérapies alternatives.
- L'endettement "invisible" de parents modestes qui se dépouillent souvent de leurs maigres économies pour payer les dettes de drogue de leur enfant (sous la menace de dealers) ou pour remplacer des objets volés à la maison (bijoux, appareils électroniques, argent liquide).
- Les frais juridiques si l'enfant commet des délits pour financer sa consommation (vols, recel, conduite sous l'emprise).
La famille doit alors faire face aux honoraires d'avocats et aux amendes, des dépenses imprévues qui s'avèrent souvent catastrophiques.
2. L'impact professionnel et la perte de revenus :
Dans la gestion d'une addiction, la demande de vigilance et la charge mentale sont incompatibles avec une vie professionnelle sereine, surtout pour des travailleurs modestes aux horaires rigides.
- L'absentéisme et la baisse de productivité, les nuits blanches, le stress chronique et les urgences à gérer (overdoses, gardes à vue, crises) entraînent des retards ou des absences au travail. Dans des emplois précaires (intérim, contrats courts, horaires décalés), cela conduit fréquemment au licenciement.
- Le sacrifice du salaire d'un des parents (souvent la mère) qui doit réduire son temps de travail, voire démissionner, pour surveiller l'enfant, l'accompagner à ses rendez-vous médicaux ou s'occuper (protéger)du reste de la fratrie.
3. L'impact psychologique et relationnel :
- Le poids de la culpabilité et le capital social (le réseau d'amis, de collègues ou de professionnels sur qui s'appuyer) plus restreint chez les foyers modestes iaccentuent l'isolement.
- La honte et le secret illusoire de l'addiction qui reste fortement stigmatisante99.
Par peur du jugement des voisins, de la famille élargie ou des collègues, les parents s'enferment dans le silence, un isolement qui empêche de demander à temps l'aide nécessaire.
- L'usure du couple et l'ambiance du foyer familial qui devient souvent une zone de conflit permanent. Les parents se déchirent sur la manière de gérer la crise (autoritarisme vs protectionnisme), le climat de méfiance s'installe (peur du vol, mensonges répétés), autant de choses qui détruisent la sérénité du domicile.
- Le sacrifice de la fratrie, des autres enfants du foyer qui sont souvent les "oubliés" de cette situation, les ressources financières et l'attention des parents étant accaparées par l'enfant dépendant.
Il n'est pas rare que les frères et sœurs doivent renoncer à des projets d'études, à des loisirs, et subir de plein fouet un climat anxiogène.
4. L'impact sur la santé des parents causé par le stress prolongé et les conséquences physiques et mentales directes :
- L'épuisement, la dépression, le burnout parental, les troubles du sommeil majeurs, les crises d'angoisse... extrêmement fréquents dans ces contextes pesants.
- Le renoncement aux soins pour prioriser l'enfant addict en coupant dans ses propres dépenses de santé (soins dentaires, optiques, psychologue pour eux-mêmes), ce qui aggrave la vulnérabilité physique des parents.
En résumé, avoir un enfant dépendant aux stupéfiants pour une famille modeste, n'est pas seulement un drame émotionnel.
C'est un facteur d'exclusion sociale et de basculement économique.
Dans ces situations, l'orientation rapide vers des structures publiques et gratuites (comme les Maisons des Adolescents et les associations de parents) sont vitales pour ne pas porter ce fardeau seul.
Ces familles sont des victimes involontaires d'une situation qui les dépasse et méritent à notre sens le regard bienveillant et le soutien de la société.
L'UFAL Réunion, présente pour l'occasion, y a trouvé de l'intérêt et y prendra toute sa place, notamment dans l'accompagnement, l'information et l'aide aux familles.
Ne reste plus qu'à régler la questions des moyens et à conjuguer de concert le verbe "faire".
Pour l'UFAL 974
Daniel CADET
