Au regard de l’annonce du représentant de l’État concernant les contrats aidés, plus spécifiquement les PEC, la répartition avancée entre les différentes collectivités et associations, la baisse drastique et abrupte de leur nombre et de la prise en charge par l’État correspond davantage pour ne pas dire quasiment à la suppression de ce dispositif, avec toutes les conséquences qu’elle emporte, l’abandon des personnes les plus précaires qui en étaient les premières bénéficiaires, désormais les principales victimes et les communes dont les finances ne permettent pas de se substituer à l’Etat pour remplir pleinement les missions essentielles qui leur incombent, notamment pour les écoles (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
Selon le nombre d’heures charges patronales comprises, le coût d’un PEC varie. Il est en moyenne de 1 598 €/mois. Pour un emploi permanent de type CDD, le coût moyen est de 2 045 €/mois. Soit un surcoût moyen de 446,83 €/mois. Pour exemple et sur la base d’un nombre total de 130 PEC, le coût total sur une année est 2 493 192 €, pour des emplois permanents, il serait de 3 190 246 €. Pour se faire une idée bien précise de la difficulté et de l’impossibilité financière pour les communes, il suffit de regarder l’excédent annuel de fonctionnement de chaque commune par rapport un nombre total de PEC dont elle bénéficiait jusqu’à présent.
Autant dire que l’obstacle est insurmontable et pour celles et ceux qui prônent la pérennisation des PEC en de vrais emplois, il faudrait nous expliquer comment les financer au moment où l’Etat se désengage et diminue de manière radicale ses aides financières et que par ailleurs, le constat est fait d’une diminution sensible des rentrées fiscales, qu’il s’agisse de l’octroi de mer ou de la taxe sur les carburants qui alimentent le budget des communes pour une part très importante.
Une autre solution qui serait de pérenniser les PEC en emplois permanents dans le cadre de l’enveloppe budgétaire actuelle des communes uniquement pour la rétribution des PEC conduirait à réduire en conséquence le nombre de bénéficiaires au tiers, ce qui serait d’une part nettement insuffisant pour toutes les missions qui leur sont dévolues et d’autre part laisserait les deux autres tiers au bord de la route sans aucune perspective d’activité, encore moins d’attendre la réjouissance des fins de mois, fûsse-t-elle modeste, signifiant par là-même leur exclusion pour ainsi dire définitive de la société active.
Pour celles et ceux qui clament et dénoncent l’exploitation politicienne des contrats PEC, il faut savoir qu’en 2020, la Réunion bénéficiait de près de 17.000 contrats aidés. Cela n’a pas empêché à un nombre important de maires sortants de perdre les élections et en 2026 certes à un degré moindre de suivre le même chemin.
La suppression des contrats aidés telle qu’elle a été décidée tant dans sa brutalité que dans sa temporalité, dans un contexte de cherté de la vie, d’augmentation de la précarité m’amène à me demander si toutes les conséquences ont été prises en considération, qu’elles soient sociales pour les catégories de personnes et de familles concernées ou financières pour les communes qui se retrouvent soudainement totalement désemparées, confrontées à une situation pour le moins compliquée si ce n’est inextricable, lâchées en rase campagne par un État déficitaire qui conduira inéluctablement aux communes à devenir également déficitaires pour assurer seules le bon fonctionnement de nos écoles et la sécurité sanitaire des nos lieux habités et de nos espaces de vie.
C’est en tout cas une très mauvaise décision qui nous promet de dures années à venir, de terribles réalités à endurer et de rudes épreuves que l’on ne pourra pas surmonter si elle était maintenue en l’état.
Mario Edmond
