Tribune libre de Place publique Réunion

Le droit de ne pas être d’accord ? Sé ki ki décid’…

  • Publié le 8 novembre 2026 à 16:55
  • Actualisé le 8 novembre 2026 à 17:09
Place publique

Le 5 novembre, place de la République, un candidat à la présidence de la République a été encerclé, hué, empêché d'avancer pendant près d'une heure par une poignée de militants qui prétendaient défendre la jeunesse. Il est reparti. Et il s'est trouvé des esprits avisés pour lui reprocher… d'être reparti. Manque de carrure, dit-on. Défaut de communication. (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Voilà donc où nous en sommes : on intimide un homme, et c'est l'intimidé qu'on juge. On  confisque la rue, et c'est celui qu'on en chasse qui aurait mal compris la rue.  Ce renversement n'est pas un détail de campagne. C'est le symptôme d'une démocratie qui  commence à trouver normal que les plus bruyants décident qui a le droit de marcher.

- Que lui reproche-t-on ?  -

D'avoir soutenu les lycéens sans s’aligner sur les exigences de ceux qui prétendent parler en leur  nom ? D'avoir refusé que la colère légitime des familles serve de décor à une chasse au "social traître" ? D'avoir préféré le fond des revendications aux images de confrontation ?  Si c'est cela, manquer de carrure présidentielle, alors on se trompe sur la fonction. Je ne vise aucun parti. Je constate une méthode.

Elle consiste à désigner des cibles plutôt que des  solutions, à transformer chaque adversaire en ennemi, chaque compromis en trahison, et à  décréter que rien ne se négocie.

On lui trouvera toujours des excuses : la précarité, la frustration, la vie chère. Ces souffrances  sont réelles — à La Réunion, nous les vivons chaque jour. Mais la misère n'a jamais fabriqué  seule l'intolérance. Il faut, pour cela, des entrepreneurs de rupture qui soufflent sur les braises et  récoltent la fumée.

- La marque du populisme -

Un bouc émissaire, la promesse de s'en débarrasser, et l'illusion que tout ira mieux ensuite. Or  chacun sait que le bouc émissaire ne fait baisser aucun prix. Il ne loge personne, ne forme  personne, n'embauche personne. Il soulage un soir et empoisonne une génération.

- Une autre voie, plus exigeante -

Elle consiste à transformer profondément notre société, dans le respect de tous, par la co construction. Elle est moins spectaculaire. Elle ne fait pas le buzz. Elle demande du travail, de la  méthode et un courage rare : celui d'être hué sans haïr en retour.

Alors posons la question franchement. Faut-il avoir passé vingt ans à fracturer la société française  pour être jugé crédible ? Faut-il hurler pour chercher le consensus ? Si la réponse est oui, ce n'est  pas le candidat qui manque de carrure. C'est notre démocratie qui manque de colonne vertébrale. Nous connaissons nos fractures et nos fragilités. Nous avons aussi les moyens de les surmonter,  ensemble.

Une République démocratique, écologique et sociale ne se construit pas contre une  partie du peuple. Elle se construit avec tout le peuple — y compris avec ceux qui, aujourd'hui,  crient contre nous. Encore faut-il reconnaître à chacun le droit de ne pas être d’accord.

Joël Personné, référent Place Publique Réunion

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