Tribune libre de Julien Hoarau

Pouvoir d’achat, carburants et Bouclier des Actifs Réunionnais : demande de position publique des députés

  • Publié le 20 avril 2026 à 05:22
  • Actualisé le 20 avril 2026 à 05:25
Julien Hoarau

Mesdames et Messieurs les Députés, depuis trois semaines, plus de 3 000 Réunionnais ont signé la pétition lancée contre la hausse du prix des carburants. Au-delà du nombre, cette mobilisation traduit une inquiétude réelle et profonde face à une situation devenue diffi cilement soutenable pour de nombreux ménages et travailleurs.

La hausse récente du prix des carburants aff ecte directement le pouvoir d’achat des ménages réunionnais ainsi que les coûts supportés par de nombreux travailleurs, artisans, indépendants et entreprises.

Dans un territoire où l’usage du véhicule individuel demeure, pour une large part de la population, une condition d’accès à l’emploi, aux services et à l’activité économique, toute évolution signifi cative des prix à la pompe produit des eff ets immédiats et sensibles.

À La Réunion, celles et ceux qui travaillent, quel que soit leur corps de métier, ouvriers, aides-soignantes, chauff eurs, employés, artisans, agriculteurs, commerçants, agents publics, indépendants, personnels de terrain ou jeunes actifs, ne peuvent durablement consacrer une part croissante de leurs revenus à fi nancer leurs déplacements contraints.

Les Réunionnais ne peuvent pas travailler pour payer leur essence afi n d’aller travailler.

Dans ce contexte, une réponse publique coordonnée, à la fois immédiate et structurelle, apparaît nécessaire.

S’il est acquis que plusieurs leviers relèvent prioritairement des collectivités territoriales, la représentation nationale conserve un rôle essentiel d’impulsion, de relais institutionnel et d’ingénierie politique pour faire converger les dispositifs existants au service du territoire.

Je souhaite donc connaître votre position sur plusieurs propositions concrètes.

La première concerne la réunion rapide de la Conférence Territoriale de l’Action Publique, qui apparaît comme le cadre le plus adapté pour réunir autour d’une même table la Région Réunion, le Département de La Réunion, les intercommunalités, les communes, les services de l’État, les acteurs économiques et sociaux, les établissements bancaires ainsi que les agences environnementales telles que l’ADEME, afi n d’élaborer une réponse coordonnée sur le carburant, le pouvoir d’achat et la mobilité.

Êtes-vous prêt à demander publiquement la réunion rapide de cette instance ?

La deuxième concerne la mobilisation limitée de recettes déjà existantes liées, directement ou indirectement, à la consommation de carburant.
Une réponse immédiate pourrait reposer sur un effort partagé et proportionné, fondé sur l’affectation d’environ 5 % des recettes de la TSCC et d’environ 2,5 % des recettes globales d’octroi de mer, dans le cadre d’un mécanisme exceptionnel et temporaire.

À titre indicatif, 5 % de la TSCC régionale représenterait environ 7 millions d’euros, sur une recette annuelle avoisinant 140 millions d’euros.

De la même manière, 2,5 % de l’octroi de mer global représenterait, selon les exercices budgétaires, un ordre de grandeur situé entre 12 et 15 millions d’euros.

Au total, une telle mobilisation permettrait donc de dégager environ 20 à 22 millions d’euros, soit un niveau de financement cohérent avec une réponse d’urgence crédible, sans remettre en cause les grands équilibres budgétaires des collectivités concernées.

Le principe serait simple : consacrer une fraction limitée de recettes publiques existantes au soutien immédiat du pouvoir d’achat et de la mobilité des Réunionnais.

Êtes-vous favorable à l’étude d’un tel mécanisme de soulagement immédiat, fondé sur un effort partagé, temporaire et mesuré ?

La troisième concerne la mise en place d’un dispositif structurel de moyen terme.

Au-delà de l’urgence, une réponse durable pourrait prendre la forme d’un Bouclier des Actifs Réunionnais visant à accompagner 9.000 foyers actifs sur trois ans vers une mobilité moins dépendante du carburant importé.

Ce dispositif aurait vocation à faciliter l’acquisition du véhicule principal électrique, neuf ou d’occasion, afi n de rendre la transition réellement accessible aux classes moyennes et populaires, et non réservée aux seuls ménages les plus aisés.

Il aurait également vocation à concentrer, au travers d’une démarche coordonnée, l’ensemble des outils nationaux déjà existants en matière de transition automobile, de mobilité propre, de soutien à l’acquisition, de fi nancement et d’accompagnement, renforcés par l’action locale des collectivités et des partenaires bancaires.

Il pourrait notamment comprendre une aide au véhicule principal électrique neuf ou d’occasion, le soutien à l’installation de bornes de recharge individuelles dans les maisons, ainsi que de bornes collectives au sein du parc locatif social et chez les bailleurs, la mobilisation des financements européens, locaux et bancaires ainsi qu’un parcours simplifi é pour les ménages.

Le développement de solutions lourdes de transport collectif, notamment un projet ferroviaire, peut naturellement constituer une ambition souhaitable pour l’avenir de La Réunion. Toutefois, chacun sait qu’un tel chantier, même engagé rapidement, ne produira pas d’effets concrets avant dix à quinze ans au mieux.

D’ici là, les Réunionnais continueront à se déplacer chaque jour, à travailler chaque jour et à payer leur carburant chaque mois. Il est donc indispensable d’agir immédiatement en parallèle des projets de long terme.

Faire converger ces dispositifs, lever les blocages administratifs, obtenir les adaptations nécessaires pour les outre-mer et construire une ingénierie efficace au service des Réunionnais relève pleinement du rôle que peuvent jouer les parlementaires de l’île auprès de l’État et des opérateurs nationaux.

Paul Vergès alertait depuis longtemps sur la vulnérabilité d’une île dépendante du pétrole importé et de décisions prises hors de son territoire. Cette analyse conserve aujourd’hui toute sa pertinence. En 2026, la question n’est plus seulement énergétique. Elle concerne aussi la capacité des Réunionnais à se déplacer, travailler et vivre sans subir chaque crise extérieure.

Êtes-vous favorable au portage parlementaire d’un tel dispositif, sous forme de résolution, d’expérimentation ou de proposition de loi ?

Enfin, le débat public s’est récemment concentré sur la question des marges et des éventuels surprofits de la SRPP. Toute transparence sur ce point est naturellement légitime et nécessaire.

Toutefois, cette seule question ne saurait résumer à elle seule le sujet du prix des carburants à La Réunion, qui relève également de la fiscalité locale, de la coordination entre collectivités, de la dépendance énergétique du territoire et des solutions durables de mobilité.

Je souhaiterais donc connaître votre position sur l’ensemble de ces leviers et non sur le seul sujet des marges.

Les collectivités comptent en millions. Les Réunionnais comptent en euros.

Le mandat d’un député représentant le peuple est-il de défendre prioritairement les lignes budgétaires d’une collectivité, ou d’agir concrètement lorsque la vie quotidienne des Réunionnais devient plus difficile ?

Je vous prie d’agréer, Mesdames et Messieurs les Députés, l’expression de ma considération respectueuse.

Julien Hoarau
Agriculteur, citoyen engagé

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