Tribune libre d'Yvette Duchemann

Qui protégera l'humanité si nous ne nous protégeons pas nous mêmes ?

  • Publié le 2 novembre 2026 à 16:01
  • Actualisé le 2 novembre 2026 à 16:08
Yvette Duchemann,

Pour une véritable démocratie environnementale, sanitaire et citoyenne. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une question fondamentale : jusqu’où irons-nous dans la dégradation de notre environnement avant de décider collectivement que cela suffit ? (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Nous savons désormais que la pollution CHIMIQUE, PLASTIQUE ne se limite plus aux océans, aux plages, aux rivières ou aux sols. Des études scientifiques ont mis en évidence la présence notamment de microplastiques et de nanoplastiques dans différents tissus et milieux biologiques humains. Des travaux ont également rapporté leur présence dans le placenta et dans le méconium. Ces découvertes interrogent profondément notre société. Que savons-nous réellement des conséquences de ces expositions sur le développement de l’enfant, sur la santé des femmes, sur notre système immunitaire et sur les générations futures ? Quelles recherches sont nécessaires pour comprendre les effets à long terme de ces contaminations ? Et surtout, pourquoi continuons-nous à produire, utiliser et disperser des substances dont nous ne maîtrisons pas suffisamment les conséquences ? Les pesticides, les pollutions industrielles, les substances chimiques persistantes, les plastiques et leurs produits de dégradation soulèvent des questions majeures. Et nous ne pouvons pas considérer que l’absence de preuve définitive d’un danger équivaut à une preuve d’innocuité. Nous ne pouvons pas non plus accepter que les citoyens découvrent, des années après leur mise sur le marché, que certaines substances auxquelles ils ont été exposés méritaient davantage d’évaluation, de surveillance ou de restriction.

Nous ne pouvons pas attendre que toutes les preuves soient réunies pour agir. Mais nous devons agir avec rigueur, transparence et responsabilité, nos inquiétudes sont légitimes.

LE PRINCIPE DE PRÉCAUTION : UNE OBLIGATION, PAS UN SLOGAN

Le principe de précaution existe précisément pour répondre aux situations dans lesquelles des risques graves ou irréversibles sont possibles, alors même que les connaissances scientifiques ne permettent pas encore de les établir avec certitude et sont en cours dans plusieurs pays. Il devrait constituer un véritable pilier de l’action publique. Pourtant, ce principe est souvent invoqué dans les discours, mais insuffisamment appliqué dans les décisions.

L’État, les institutions européennes et les autorités sanitaires ont une responsabilité essentielle : anticiper les risques, protéger les populations et garantir une information indépendante. Cette responsabilité ne doit pas être sacrifiée aux intérêts économiques, aux pressions industrielles ou aux considérations électorales.

La santé publique doit passer avant la rentabilité lorsque les risques concernent la vie, la dignité et l’avenir des populations.

PLASTIQUE, PESTICIDES, CANCERS : NOUS AVONS LE DROIT DE POSER DES QUESTIONS

La multiplication des inquiétudes concernant les cancers chez les personnes jeunes doit nous interpeller.

Les cancers du sein, les cancers colorectaux et d’autres pathologies touchent des personnes parfois bien avant l’âge auquel nous pensions traditionnellement les rencontrer.
Les données sanitaires montrent que certains cancers connaissent une progression chez les adultes jeunes dans plusieurs pays et aussi sur l’ile. Cette évolution mérite une attention particulière, des recherches approfondies et une politique de prévention plus ambitieuse.

Demandons À NOTRE GOUVERNEMENT :

• Des études indépendantes sur les expositions aux pesticides, aux microplastiques, aux nanoplastiques et aux autres substances préoccupantes. (Pour ce qui est des pesticides, les nombreuses études ont déjà démontré leur toxicité et malgré cela…) Une transparence totale sur les résultats scientifiques, y compris lorsqu’ils dérangent les intérêts économiques.
• Des recherches sur les expositions cumulées et les effets de plusieurs substances associées
• Une véritable prévention, notamment auprès des femmes enceintes, des enfants et des populations les plus exposées. Et donc une meilleure JUSTICE SOCIALE.
• Des moyens suffisants pour les chercheurs, les professionnels de santé et les organismes de surveillance.
Les questions que nous posons ne sont pas des accusations gratuites. Elles révèlent l’inquiétude de tous quelques peu blasés et elles sont légitimes parce que notre santé est en jeu. La science doit éclairer les décisions publiques.
Elle ne peut être ni instrumentalisée ni étouffée.

QUI DÉCIDE ? QUI CONTRÔLE ? QUI PROTÈGE ?

Nous devons aujourd’hui interroger le fonctionnement de nos institutions. Les citoyens ont-ils réellement accès aux informations qui leur permettraient de comprendre les décisions concernant les pesticides, les plastiques et les substances chimiques ? Les études sont-elles suffisamment indépendantes ? Les intérêts industriels sont-ils clairement identifiés dans les processus de décision ?

Les élus rendent-ils compte de leurs choix ? Les mesures annoncées sont-elles réellement appliquées ? Et lorsque des objectifs environnementaux sont abandonnés, retardés ou affaiblis, qui en assume les conséquences ?

Nous ne pouvons pas affirmer que toutes les décisions sont dictées par les lobbys. Mais nous pouvons constater que les intérêts économiques disposent parfois de moyens considérables pour défendre leurs positions, tandis que les citoyens, les associations et les consommateurs doivent lutter pour faire entendre leurs préoccupations. C’est précisément pourquoi nous avons besoin d’une démocratie plus transparente, plus participative et plus exigeante. Parce que les élu(e)s ne sont pas propriétaires de notre avenir. Ils en sont les responsables temporaires, les représentants et les garants. Leur mission est de prévoir, d’anticiper, de protéger et de rendre compte.

Gouverner, ce n’est pas seulement gérer le présent. C’est empêcher que les générations futures héritent de nos erreurs.

FAUT-IL EN ARRIVER À PENSER QUE CERTAINS VEULENT LA FIN DE L’HUMANITÉ ?

Lorsque nous voyons les pollutions se multiplier, les alertes scientifiques s’accumuler et les décisions protectrices être parfois retardées, une question inquiétante peut surgir :
Comment expliquer que des activités potentiellement dangereuses continuent alors que leurs conséquences sont de mieux en mieux documentées ?

Faut-il y voir une volonté de détruire l’humanité ?

Non. Nous ne disposons pas de preuves permettant d’affirmer que les grandes puissances économiques ou politiques poursuivent un projet organisé de disparition de l’espèce humaine. Mais nous devons pouvoir dénoncer une autre réalité, tout aussi préoccupante : La recherche du profit à court terme, la dépendance économique, les choix politiques insuffisants, l’absence de responsabilité et la pression des intérêts industriels peuvent conduire à des décisions dont les conséquences sanitaires et environnementales sont graves.

Il suffit d’examiner les faits, les décisions, les intérêts en présence, les financements, les retards et les conséquences. FOLLOW THE MONEY…

Si nous devons refuser les théories qui désignent sans preuves, nous devons également refuser le silence, et la banalisation des risques.

La vigilance citoyenne ne doit pas devenir le complotisme. Elle doit devenir une exigence démocratique fondée sur les faits.

STOP À LA CULPABILISATION DES CITOYENS !

Depuis des années, les campagnes de sensibilisation nous demandent de trier nos déchets, de réduire notre consommation d’eau, de limiter notre utilisation du plastique et de modifier nos comportements. Ces gestes sont nécessaires. Ils peuvent contribuer à réduire les pollutions et à préserver les ressources. Mais ils ne suffisent pas. Nous ne pouvons pas demander aux citoyens de compenser, par leurs seuls efforts, les conséquences de décisions industrielles, économiques et politiques sur lesquelles ils n’ont pas de prise. Comment demander aux familles de réduire leurs déchets lorsque les produits sont suremballés ?

Comment demander aux consommateurs de choisir des produits sans pesticides lorsque l’information est insuffisante, que les alternatives sont parfois plus coûteuses ou qu’elles ne sont pas disponibles ? ils n’ont pas le choix car ils n’ont pas AUSSI les moyens financiers. Comment parler de responsabilité individuelle sans parler de responsabilité collective ? Il faut arrêter de faire porter aux citoyens l’essentiel du poids de la transition écologique.

Le tri ne remplace pas la réduction à la source. La sensibilisation ne remplace pas la réglementation. La responsabilité individuelle ne remplace pas la responsabilité des décideurs.

Alors que tous les décideur-e-s parlent de TRANSITION ÉCOLOGIQUE, nous demandons donc :

• La réduction réelle de la production de plastiques inutiles.
• La suppression progressive des emballages évitables.
• Des alternatives accessibles, durables et sûres.
• Une meilleure protection des ressources en eau.
• Une réduction des pesticides alors des solutions existent.
• Des contrôles renforcés et des sanctions effectives en cas d’infraction.
• Une information claire sur les substances présentes dans les produits.
• Une politique de prévention qui ne repose pas uniquement sur les comportements individuels.

Le citoyen doit être accompagné, respecté et protégé. Il ne doit pas être culpabilisé pour les insuffisances d’un système qu’il n’a pas seul construit.

LE CONSOMMATEUR DOIT DEVENIR CONSOMMACTEUR

Le citoyen doit redevenir acteur de son avenir. Interpeller les décideurs, les obliger à réagir, mobiliser les consciences et sauver ce qui peut encore l’être : notre santé, notre environnement et l’avenir de nos enfants.

Le consommateur n’est pas seulement celui qui achète. Il est aussi celui qui s’interroge, qui demande des comptes, qui participe, qui refuse les pratiques dangereuses et qui contribue à orienter les choix collectifs. UN LEVIER : nous proposons de faire émerger une véritable citoyenneté environnementale et sanitaire.

Le CONSOMMACTEUR doit pouvoir :

• Accéder à une information indépendante et compréhensible.
• Participer aux consultations publiques.
• Interroger les élu-es et les institutions sans être considéré comme un ennemi politique.
• Contribuer aux décisions notamment à propos de notre survie concernant l’alimentation, l’eau, les déchets, les pesticides et les pollutions.
• Être véritablement représenté dans les instances de surveillance.
• Signaler les risques et les dysfonctionnements sans crainte.
• Demander des comptes sur les engagements pris.
• Participer à l’évaluation des politiques publiques.

Mais cette participation ne doit pas être symbolique. Nous ne voulons pas de réunions où les citoyens parlent et où les décisions sont déjà prises.

Nous voulons une démocratie dans laquelle les habitants sont associés dès le début, disposent des informations nécessaires et peuvent constater les conséquences de leurs propositions.

Le consommateur devient CONSOMMACTEUR lorsqu’il cesse d’être uniquement une cible commerciale pour devenir un acteur reconnu de la décision publique.

UNE COORDINATION INSTITUTIONNELLE ET CITOYENNE EST URGENTE

Nous devons construire une réflexion collective qui rassemble les institutions, les scientifiques, les professionnels de santé, les associations, les élus, les acteurs économiques responsables et les citoyens.

Cette coordination pourrait s’organiser autour de plusieurs priorités.
Première priorité : la santé environnementale.
Deuxième priorité : la transparence.
Publier les données environnementales et sanitaires accessibles au public.
Rendre visibles les décisions, les études, les financements et les intérêts en présence.
Garantir l’indépendance des expertises.
Troisième priorité : la participation citoyenne.
Créer des espaces de dialogue permanents avec les habitants.
Quatrième priorité : la responsabilité politique.
Fixer des objectifs précis. Publier des calendriers d’action. Évaluer les résultats. Sanctionner les manquements. Et surtout, rendre compte aux citoyens.
Cinquième priorité : la protection des générations futures.

Nous devons intégrer la santé des enfants, des jeunes, des femmes enceintes et des générations à venir dans toutes les décisions environnementales.
La prévention ne doit pas commencer lorsque les dégâts sont irréversibles. Elle commence lorsque les risques deviennent suffisamment sérieux pour justifier une action.

À LA RÉUNION, NOTRE ENVIRONNEMENT EST UN BIEN COMMUN

À La Réunion, notre rapport à l’environnement est particulièrement important. Nos ressources en eau, nos sols, notre biodiversité, nos littoraux et notre santé sont étroitement liés. La pollution ne s’arrête pas aux limites des communes. Elle circule, se disperse, rejoint les ravines, les rivières, les plages et l’océan, et donc le monde entier. La protection de notre environnement doit donc être pensée à l’échelle de l’île, mais également dans le cadre des responsabilités mondiales. Nous devons agir ensemble, depuis tous les CITOYENS bien sûr la jeunesse (lycéens, étudiants), le régional, le national, le supra national doivent pouvoir se concerter et coordonner leurs actions.

LES PROCHAINES ÉLECTIONS : UNE RESPONSABILITÉ DÉMOCRATIQUE MAJEURE

L’occasion d’un véritable débat sur notre avenir. Écouter les candidats. Analyser leurs propositions. Examiner leurs engagements. Et surtout, leur demander comment ils comptent les appliquer. Nous ne pouvons pas nous contenter de déclarations générales. Nous voulons des réponses précises. Refuser que ces débats soient détournés par la haine, le racisme, l’homophobie, le masculinisme, les discriminations ou la désignation de populations comme responsables des difficultés collectives. L’écologie doit rassembler. Elle doit protéger. Elle doit permettre à chacun de vivre dignement.

QUI AURA LE COURAGE DE PROTÉGER VRAIMENT LES FRANÇAIS ?

Nous posons aujourd’hui une question simple aux responsables politiques :

Qui aura le courage de faire passer la santé publique avant les intérêts économiques lorsque cela sera nécessaire ?
Qui aura le courage de reconnaître les insuffisances des politiques actuelles ?
Qui acceptera de donner aux citoyens une véritable place dans les décisions ?
Qui s’engagera à protéger les enfants, les jeunes, les familles et les générations futures ?

Nous ne demandons pas des promesses impossibles.
Nous demandons de la cohérence, de la transparence, des preuves. Nous leur demandons des actes pour assurer pleinement leur mission de protection.

11. NOTRE DEVOIR DE VIGILANCE : ÊTRE DES LANTERNES

Aujourd’hui, les citoyens doivent exercer leur devoir de vigilance.
Non pas pour remplacer les élus. Mais pour empêcher que les décisions qui concernent notre avenir soient prises sans nous. Écouter les chercheurs. Soutenir les associations indépendantes,les initiatives citoyennes. Demander des comptes.
Notre devoir : transmettre à nos enfants le goût de comprendre, de participer et de défendre le bien commun à la maison et à l’école. C’est refuser de détourner le regard lorsque notre environnement est menacé. Nous devons être des lanternes.
Même si santié lé malizé. (Les intérêts en présence sont puissants).

Parce que PROTÉGER NOS ENFANTS : UNE RESPONSABILITÉ QUI NOUS ENGAGE TOUS : avoir le courage de remettre en question les choix qui compromettent leur avenir.
Ne devons-nous pas leur transmettre une société qui respecte le vivant ?

Nous ne pouvons pas leur demander de réparer demain ce que nous refusons de transformer aujourd’hui.

Nous ne pouvons pas leur parler de respect de la nature tout en acceptant que les pollutions évitables continuent.
Nous ne pouvons pas leur demander d’être responsables sans leur montrer l’exemple.
Notre responsabilité est collective. Elle concerne chacun de nous, à la mesure de ses moyens et de ses responsabilités.

NOTRE APPEL

Nous voulons une société dans laquelle la prévention est une priorité.
Nous voulons une société dans laquelle l’économie est au service de la vie, et non l’inverse.
Nous voulons une société dans laquelle les élu-es ont le courage de protéger, même lorsque cela exige de remettre en question des intérêts puissants.
Nous voulons une société dans laquelle la démocratie ne se limite pas au vote, mais se construit chaque jour par la participation, la transparence et la responsabilité.

EN CONCLUSION : QUELLE HUMANITÉ VOULONS-NOUS TRANSMETTRE ?

Nous sommes à un moment où les choix politiques, économiques et environnementaux auront des conséquences durables. Nous savons suffisamment pour comprendre que la prévention, la recherche, la transparence et la réduction des pollutions sont indispensables.

Nous ne voulons pas vivre dans la peur. Nous voulons vivre dans une société qui prend soin du vivant.
Nous ne voulons pas désigner des ennemis sans preuves. Nous voulons des responsables qui assument leurs décisions.
Nous ne voulons pas être de simples consommateurs. Nous voulons devenir des CONSOMMACTEURS.
Nous ne voulons pas être spectateurs de notre avenir. Nous voulons participer à sa construction.
QUI AURA LE COURAGE DE FAIRE DE LA SANTÉ, DE L’ENVIRONNEMENT ET DE LA DIGNITÉ HUMAINE UNE PRIORITÉ ?
QUI AURA LE COURAGE D’ÉCOUTER LES CITOYENS ET DE LEUR DONNER UNE PLACE DANS LES DÉCISIONS ?
L’histoire nous jugera sur nos choix. Nos enfants nous jugeront sur ce que nous leur aurons transmis. À nous d’être à la hauteur.

Nartrouvangalizaz
Yvette Duchemann

 

guest
0 Commentaires