Tribune libre de Joé Bédier

Réunion Express : "Ne nous trompons pas de combat !", martèle Joé Bédier

  • Publié le 6 novembre 2026 à 18:08
  • Actualisé le 6 novembre 2026 à 18:12
Tribune libre Joé Bédier Réunion Express

À l'heure où des voix s'élèvent pour contester les dispositifs de garantie financière envisagés dans le cadre du financement du Réunion Express, j’invite les Réunionnaises et les Réunionnais à prendre le chemin de la réflexion et à s’interroger sur ce qu’un tel projet pourrait leur apporter. (Photo DR)

Le véritable enjeu, ce n'est pas de savoir comment empêcher le train de voir le jour. C'est de savoir comment nous allons enfin permettre aux Réunionnais de se déplacer, de travailler et de vivre autrement.

Chaque matin, des milliers de véhicules quittent l'Est pour rejoindre les bassins d'emploi du Nord, de l'Ouest ou du Sud. Derrière ces embouteillages devenus insupportables, il y a des heures perdues, des familles qui mettent en place toute une logistique pour se déplacer, des conséquences sur notre santé, notre environnement et notre qualité de vie.

Il y a aussi une réalité économique : ces déplacements quotidiens traduisent le déséquilibre de notre territoire. Ce sont autant d'activités, d'emplois et de richesses qui se concentrent ailleurs, au détriment du développement de l'Est.

Combien de temps allons-nous encore accepter ce coma circulatoire qui étouffe notre île et freine son développement ?

Sur le financement du projet, je souhaite que chacun fasse preuve de responsabilité et de pédagogie.

Ce qui a été voté à l'Assemblée nationale ne constitue pas une augmentation immédiate de la fiscalité. Il s'agit avant tout de donner à la Région Réunion la possibilité de présenter des perspectives de recettes supplémentaires aux organismes prêteurs pour un projet d'une ambition exceptionnelle.

Comme pour tout investissement majeur, il faut être en capacité de rassurer les banques sur les ressources susceptibles de garantir le remboursement des emprunts. C'est précisément l'objectif des dispositions adoptées, qui ouvrent la possibilité de mobiliser, si nécessaire, des recettes fiscales complémentaires.

Il faut donc distinguer la possibilité de mobiliser une ressource fiscale de la décision de la prélever effectivement. Ce n'est pas la même chose !

La Région Réunion a d'ailleurs indiqué que la mise en œuvre de ces nouvelles taxes n'était pas prévue dans ses prochains budgets.

Je comprends parfaitement les interrogations des acteurs économiques, des professionnels du tourisme et des contribuables. Elles sont légitimes. Personne ne souhaite alourdir davantage les charges des entreprises ou le coût de la vie.

C'est pourquoi je demande qu'un véritable exercice de pédagogie et de transparence soit engagé sur le coût du projet, son calendrier, son plan de financement, les garanties apportées aux prêteurs et les conditions éventuelles de mobilisation de ces ressources fiscales. Cet effort d'information doit aller au-delà des seules obligations réglementaires de concertation et de participation du public, notamment celles relevant de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP).  

L'État et l'Europe devront également prendre toute leur part dans le financement de cette infrastructure majeure. Son coût ne sera pas supporté seul par la Région Réunion. 

Concernant la proposition de créer une Banque de Développement de La Réunion, il convient de rappeler qu'une banque ne se crée pas sans ressources. Elle suppose de mobiliser des capitaux et de recueillir l'épargne des Réunionnais pour pouvoir ensuite accorder des prêts à la Région ou à la société chargée de réaliser les infrastructures.

Mais même en mobilisant une part importante de cette épargne (environ 2 milliards à La Réunion), les sommes disponibles ne permettraient pas nécessairement de financer un projet de plusieurs milliards d'euros. Au final, les Réunionnais seraient sollicités à travers leur épargne, tout en restant concernés par le remboursement des emprunts et leur éventuel financement public. Il serait donc trompeur de présenter cette solution comme une alternative sans coût ni risque.

Mais ne faisons pas des débats sur les garanties financières ou des propositions alternatives un prétexte pour condamner un projet que La Réunion attend depuis des décennies.

À l'approche des échéances électorales de 2028, je refuse que l'avenir des mobilités réunionnaises soit sacrifié sur l'autel de la politique politicienne. Les amalgames et les postures ne doivent pas prendre le pas sur l'intérêt général.

L'Est a trop longtemps subi les retards d'aménagement et les déséquilibres territoriaux. Nous avons besoin d'infrastructures structurantes implantées dans l'Est, capables d'attirer de nouvelles activités économiques, de créer des emplois et de rapprocher nos habitants des formations, des services et des opportunités de développement.

Le Réunion Express doit accompagner cette ambition et contribuer à faire de l'Est un véritable bassin de vie et d'emploi, et non plus seulement un « territoire dortoir » que l'on quitte chaque matin pour aller travailler.

Il serait incompréhensible que l'Est soit une nouvelle fois la victime des querelles politiques et des occasions manquées et que sa population en paie le prix. Ne reproduisons pas les erreurs du passé. À force de chercher des raisons de ne pas faire, nous finirons par condamner les générations futures à subir les mêmes embouteillages, les mêmes inégalités et les mêmes retards.

En tant que Maire de Saint-André et Président de la Cirest, je défendrai un projet ferroviaire ambitieux, transparent, financièrement soutenable et qui n'oublie aucun territoire. 

Le débat sur le financement doit permettre de faire avancer le train, pas de le faire dérailler. Ceux qui s'engageraient dans cette voie porteraient une lourde responsabilité devant les Réunionnais et les générations futures. 

Joé Bédier, maire de Saint-André et président de la Cirest

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