Après une réduction drastique du nombre de contrats Parcours emploi compétences (PEC) à La Réunion, la préfecture a fixé de nouveaux taux de financement pour ces emplois aidés. Dans un arrêté daté du 20 octobre 2026, l'État prévoit une prise en charge comprise entre 40% et 60% du Smic horaire brut, selon les bénéficiaires et les employeurs. Une décision qui intervient alors que les communes réunionnaises, fortement dépendantes de ces contrats pour le fonctionnement des écoles, s'inquiètent toujours des conséquences de leur diminution. (Photo d'illustration Richard Bouhet / www.imazpress.com)
Après une rentrée scolaire 2026 particulièrement difficile pour plusieurs collectivités, le préfet, Patrice Latron, a signé, le 20 octobre dernier, un nouvel arrêté déterminant les taux de l’aide apportée par l’État pour financer les contrats PEC, remplaçant l’arrêté du 7 mai 2026.
Ce dispositif, destiné à favoriser l’insertion professionnelle des personnes les plus éloignées de l’emploi, permet notamment aux collectivités et aux associations de recruter des salariés avec une participation financière de l’État.
Mais depuis plusieurs mois, la réduction du nombre de contrats accordés à La Réunion a contraint les communes à revoir leur organisation, particulièrement dans les écoles où ces personnels assurent des missions essentielles.
- Une prise en charge désormais fixée entre 40 % et 60 % -
Alors que le précédent dispositif prévoyait une prise en charge ramenée à 30 %, le nouvel arrêté préfectoral prévoit plusieurs niveaux de financement selon le profil des bénéficiaires.
L’aide de l’État est fixée à 40 % du Smic horaire brut pour les personnes en situation de handicap bénéficiaires de l’obligation d’emploi et les demandeurs d’emploi de très longue durée, inscrits à France Travail pendant au moins 24 mois au cours des 36 derniers mois et sans qualification.
Ce taux atteint 50 % pour les associations recrutant ces publics.
Les bénéficiaires du RSA intégrés au dispositif dans le cadre de la convention annuelle d’objectifs et de moyens conclue entre l’État et le Conseil départemental peuvent bénéficier d’une prise en charge de 60 %.
Enfin, les contrats PEC conclus dans le cadre des emplois verts bénéficient d’un taux de 41 %.
Ces aides sont calculées sur une durée hebdomadaire comprise entre 20 et 21 heures maximum et attribuées dans la limite des crédits disponibles.
- De 10.000 à 4.000 contrats PEC pour La Réunion -
En mai 2026, les collectivités réunionnaises avaient appris que le nombre de contrats PEC attribués à La Réunion passerait de 10.000 à 4.000. Les 24 communes de l’île devaient désormais se partager seulement 800 contrats.
Une diminution particulièrement préoccupante pour les municipalités, qui s’appuient largement sur ces personnels pour assurer l’entretien des écoles, la restauration scolaire et les activités périscolaires.
À Saint-Joseph, par exemple, le nombre de contrats PEC est passé de 400 à 32, soit une diminution de 92 %. La commune a dû mobiliser 670.000 euros entre août et décembre 2026 pour recruter 145 agents en CDD afin de maintenir certains services. "Nous avions développé des services pour la population grâce aux contrats PEC. Au vu de la situation actuelle, on n’a pas pu reconduire le périscolaire", expliquait David Lebon, adjoint à la vie éducative à Saint-Joseph.
Même situation à Bras-Panon, où les contrats sont passés de 150 à 11. À Saint-Denis, la municipalité a mobilisé neuf millions d’euros pour recruter 350 professionnels et assurer la continuité des services scolaires.
- Des contrats limités à 8 mois pour les associations -
Au-delà des taux de financement, l’arrêté du 20 octobre précise également les conditions d’attribution des PEC.
La durée initiale des contrats est fixée à six mois maximum, contre huit mois pour les associations. Pour les bénéficiaires du RSA relevant de la convention entre l’État et le Département, l’aide initiale peut aller de neuf à onze mois.
Les renouvellements ne sont "ni prioritaires ni automatiques", souligne la préfecture dans son arrêté. Ils doivent être justifiés par une évaluation du parcours du salarié et par les engagements de l’employeur en matière de formation et d’accompagnement.
La durée totale de l’aide est normalement limitée à 24 mois, avec certaines dérogations possibles, notamment pour les travailleurs handicapés et les salariés âgés de 50 ans et plus rencontrant des difficultés particulières d’insertion.
L’arrêté insiste également sur la nécessité de proposer un véritable parcours professionnel aux bénéficiaires, avec un tuteur, des formations et un suivi régulier.
- Des inquiétudes pour la rentrée 2027 -
Dès la rentrée d’août dernier, Serge Hoareau, président de l’Association des maires de La Réunion (AMDR), alertait sur les difficultés rencontrées par les collectivités. "Pour toutes les communes, ce n’était pas une rentrée apaisée. On reste en mode dégradé", il assure, soulignant les efforts financiers consentis par les municipalités pour compenser la réduction des emplois aidés.
Une situation qui inquiète également les représentants des parents d’élèves. Isabelle Poncharville, présidente de la Peep Réunion, redoutait notamment que les conséquences financières de ces restrictions finissent par peser sur les familles. "Il y a un vrai risque qu’on a identifié. Celui que les coûts et la charge mentale retombent sur les parents dans les communes qui sont les moins dotées".
Pour les collectivités, l’enjeu sera donc de savoir si les nouveaux taux de prise en charge permettront de limiter les dépenses engagées pour maintenir les services publics, alors même que les perspectives budgétaires pour 2027 restent incertaines.
L’arrêté préfectoral n° 1860 s’applique aux nouvelles conventions et aux renouvellements conclus à La Réunion à compter du lendemain de sa publication au recueil des actes administratifs.
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