Contrats PEC : entre incertitudes pour le futur et grande précarité, les personnes défavorisées essayent de maintenir la tête hors de l’eau

  • Publié le 21 mai 2026 à 05:21
  • Actualisé le 21 mai 2026 à 08:00
Baisse contrats PEC

Dans la foule dans les jardins de la Liberté au pied de la préfecture, de nombreux élus sont là, accompagnés par quelques bénéficiaires de contrats PEC. Ce mercredi 20 mai 2026, jeunes adultes et salariés proche de la retraite sont venus soutenir leur maire respectif, tous partagent leur inquiétude quant au non-renouvellement de leur contrat : un emploi précaire, qui leur maintient la tête hors de l’eau (Photo Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Un groupe de femmes discute à l’ombre dans les jardins de la préfecture, les fourmis les feront bouger de leur spot, les trois sont collègues.

C’est Marie qui prendra la parole pour nous parler de son contrat qui se termine bientôt : "Quand je ne travaille pas, je suis malade. Mi ém pa arét dovan la port !" nous dit-elle.

"Avant d’avoir ce contrat en août 2025, je ne faisais rien, j’attendais ce contrat PEC. À mon âge, il n’y a rien d’autre pour moi. J’appelais la mairie, et j’allais les voir pour leur demander".

"J’ai fait ça toute ma vie", affirme la mère de famille de 59 ans.

Elle n’est pas seule dans ce cas, l’attente peut sembler longue pour ceux et celles qui ont besoin de ce revenu pour vivre.

- "À mon âge, il n’y a rien d’autre pour moi" - 

"Je travaille un an, j’ai l’Assedic un an et ainsi de suite. Ça a été comme ça toute ma vie".

Marie a fait un AVC il y a un peu plus d’un an, l’idée de rester à la maison l’inquiète. "Ce travail me fait rencontrer des personnes, là on rencontre des collègues, on parle. À la maison ce n’est pas pareil, les enfants me conduisent quand j’ai besoin de sortir, je vais croiser des gens, discuter un peu et c’est fini. Là j’ai des formations aussi. Et les 900 euros de salaires me rendent bien service."

"À mon âge, il n’y a rien d’autre pour moi. C’est pas facile à 59 ans d’avoir un bon travail. Mwin la pa parti lékol lwin. Il n’y a plus d’embauche, les jeunes eux-mêmes n’ont rien alors moi…"

"En ce moment mon mari ne travaille pas, j’ai encore deux enfants à la maison, un de mes fils va à l’université au Tampon, on n’a pas les moyens pour lui prendre un loyer là-bas, alors il fait la route tous les jours jusqu’à la maison. On a réussi à lui prendre une petite voiture, il y a l’essence à payer aussi. Tout ça c’est très compliqué."

La mère de famille ne se résout pas encore au chômage qui l’attend faute de quota de contrats PEC.

Elle ne sait pas encore si son contrat ne va pas être renouvelé. Alors, Marie se prépare déjà à faire le tour des élus pour leur demander d’appuyer son dossier : "À la fin de mon contrat en juillet, j’irai faire le tour des adjoints, j’irai voir le maire et les élus pour leur demander de me renouveler, sinon j’irai à l’Assedic, mais là c’est 600 euros que je vais toucher, ça va être difficile".

Le contrat de Marie ne prendra pas tout de suite fin, elle aura un contrat encore plus court, encore plus précaire, un BO, c’est un contrat besoin occasionnel qui ira un peu plus loin, 15 jours peut-être, avant une perte de salaire de 300 euros. Un répit de quelques jours avant de retrouver un isolement social qui semble la peser.

- "Nou gingn not bouché manjé"

Clément Vienne travaille 87 heures par mois en contrat PEC. Dans une journée, il a plusieurs missions, et occupe des postes différents. Le coup de balai du matin pour une cour propre, c’est lui. Faire traverser les enfants en sécurité aux abords de l’école, c’est lui aussi, et la surveillance de la pause méridienne également.

Sa journée de travail est rythmée par les sonneries de l’établissement scolaire auquel il est rattaché. Pour Clément qui vient de Saint-Joseph, la crainte est la même que celle de Marie : ne jamais retrouver un travail.

À bientôt 64 ans, il nous raconte avoir été agriculteur pendant de nombreuses années, un métier qui ne lui a pas rapporté beaucoup financièrement : "Je ne gagnais rien avec l’agriculture, alors j’ai arrêté et je suis allé chercher des contrats."

Il lui manque des trimestres pour prendre sa retraite, encore 2 ou 3 ans à attendre, nous dit-il. "Les employeurs ne prennent pas de travailleurs de mon âge, sauf en contrat PEC. Dans ce dossier des contrats PEC, Clément espérait être renouvelé : "Je n’ai pas l’âge pour prendre la retraite et il me manque des trimestres". 

- Les plus jeunes ont des projets - 

Réunis devant la préfecture de La Réunion, les plus jeunes sont moins inquiets pour le futur. À 20 ans, Olivier Dufestin est animateur auprès de jeunes enfants sur les temps de garderie et de mercredi jeunesse. Il nous explique avec le sourire : "Ce contrat m’a apporté de nouvelles compétences et j’ai pu faire des formations gratuites. C’est vrai que j’avais un peu espoir d’un renouvellement, mais j’ai d’autres projets sur le côté aussi alors je vais voir comment ça avance."

Dans la foule réunie au pied de la préfecture, certains le savent, ils ne vont plus travailler, et d’autres gardent espoir. Entre incertitudes pour le futur et grande précarité, les Réunionnais restent debout.

Lire aussi - Contrats PEC : l'Etat baisse massivement ses aides aux publics défavorisés, les élus déposent une motion en préfecture

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1 Commentaires
Lili
Lili
2 heures

« Qui semble lui peser » svp