"Léritaz nout zansèt Stella" : Jean-Claude Comorassamy confie ses souvenirs d'ancien travailleur de l'usine sucrière

  • Publié le 17 mai 2026 à 02:59
Jean Claude Comorassamy

Il est des lieux où le temps ne s'efface jamais. C'est notamment le cas de l'ancienne usine sucrière Stella Matutina à Saint-Leu, devenue musée en 1991. Véritable lieu d'histoire de la canne et du sucre à La Réunion, c'est par un ouvrage intitulé "Léritaz nout zansèt Stella" que Jean-Claude Comorassamy, ancien laborentin de l'usine raconte ses souvenirs au travers de photographie et de témoignages émouvants (Photos : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Jean-Claude Comorassamy - désormais âgé de 74 ans - est fils d'un travailleur d'usine et d'une mère au foyer, il a grandi dans in kaz tabisman, au cœur même du quartier de Stella à Saint-Leu.

Cet ancien laborantin, maintenant retraité a commencé à travailler à l'usine de Stella en 1970. Il y a officié jusqu'à sa fermeture en 1978. 

- La mémoire des travailleurs de l'usine Stella retranscrit dans un livre -

Selon Jean-Claude Comorrassamy, il était important "de rendre la mémoire de nos ancêtres" pour "transmettre aux jeunes générations". "S'il n'y a pas de canne, il n'y a pas d'usine et s'il n'y a pas d'usine, il n'y a pas de travailleurs", souligne-t-il.

Pour ce faire, il s'est plongé dans les archives de l'usine de Stella, dans l'histoire des zarboutans, sur l'histoire de l'usine, la canne, une immersion de la campagne de 1977 et de la vie à l'usine avec Gabriel, l'annonce de la fermeture, la maison coloniale et la vie à l'intérieur, les souvenirs à Stella, l'histoire de la chapelle tamoule, la distillerie, le calebassier centenaire, le terrain d'aviation, la charrette boeufs, l'usine transformée en musée le grand Stella.

Des hommes, mais aussi des femmes qui "étaient à l'administrative et d'autres qui, suite au décès de leur mari, travaillaient pour le patron pour pouvoir garder la maison". Il se remémore d'ailleurs : "c'était ma femme qui apportait à l'usine le repas pour papa et maman. Mon père mangeait avant et laissait une grosse part pour moi". Écoutez.

"Mon but faire revivre ce pan d'histoire de l'intérieur et de raconter les affres subies par les plus âgés qui restent un goût amer, aussi bien pour les travailleurs de l'usine mais aussi les travailleurs des plantations que peu en parle, même les femmes aidaient leurs maris dans les champs voire les enfants", explique l'auteur.

- Ancien travailleur de l'usine, Jean-Claude Comorassamy raconte ses souvenirs -

Dans ce livre "Léritaz nout zansèt Stella", Jean-Claude Comorassamy partage son vécu personnel avec beaucoup de passion et une pointe de nostalgie. "Ma maman m'a raconté la mémoire orale de mes grands-parents, mon père nous racontait le soir ses souvenirs", dit-il. Écoutez.

Ce dernier a ensuite "commencé à travailler à 17 ans et demi, embauché comme journalier d'usine puis devenu laborantin pendant la campagne sucrière et ouvrier à l'entre-coupe grâce à mon père qui était lui-même considéré comme un bon travailleur", confie-t-il à Imaz Press. "Les "bons travailleurs" étaient appréciés par leur soumission", dit-il.

Il se souvient : "avoir partagé une soupe chaude la nuit à l'usine avec mon père et quelques ouvriers, préparée dans le laboratoire où je travaillais". Ou encore "avoir fait une analyse demandée par le PDG Émile Hugot et me féliciter pour mes travaux par la suite, moi petit laborantin se voyant reconnu par un grand monsieur du sucre".

Jean-Claude Comorrassamy se remémore aussi des moments douloureux, notamment "les accidents de travail avec une chaudière qui explose, faisant un mort et un blessé grave à cause des brûlures".

"Ce livre est une autre manière de se nourrir à travers de ces porteurs d'histoires (les femmes et les hommes) et que chacun puisse le compléter", poursuit l'ancien travailleur de l'usine. Il se veut être le reflet des plus belles pages de l'époque de l'industrie de la canne, du sucre et du rhum à La Réunion.

Ce livre a été réalisé sous l'insistance de Georges Lazarre (le gendre de Jean-Claude Comorassamy) écrivain, journaliste, poète... "Il voulait absolument que ces histoires soient gravées dans un livre, alors à force d'insistance je lui ai dit que je suis d'accord à condition que tu écrives la préface et aujourd'hui cette préface est à titre posthume", dit-il.

"Je tiens ici à lui rendre hommage sans limite et lui dire merci", conclut Jean-Claude Comorassamy.

- L'histoire de l'usine Stella de Saint-Leu -

L'usine de Stella a été fondée en 1852 par Appolydor Lesport, rachetée par la suite par Jean Dussac, nouveau propriétaire. Les archives nous racontent que l'histoire de cette usine sucrière de Stella, appelée d'abord "Stella Maris" puis "Stella Matutina" s’est poursuivie un siècle plus tard, en 1956 exactement avec l'acquisition d'Émile Hugot, nommé le " monsieur sucre" de La Réunion.

Une usine qui fonctionnera jusqu'à 1978, l’année de sa fermeture définitive.

Laissée à abandon sur plus d’une dizaine d’années, le Conseil Régional de l’époque décida de la réhabiliter en Musée. C’est en 1991 que le Musée de Stella ouvrit ses portes sur le site même de l’ancienne usine sucrière de Saint-Leu.

Ainsi, le public pouvait découvert l’histoire patrimoniale riche de cette industrie sucrière et de ses " travayers tabisman ", la mémoire de la Réunion.

ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

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