Un protocole d'accord de vente a Ă©tĂ© signĂ© entre Edena et la Cilam. Ă hauteur de 15 millions d'euros. Un chiffre qui a fait reculer les autres repreneurs potentiels. Dans les milieux d'affaires, la valeur du leader local des eaux en bouteille est en effet plutĂŽt estimĂ©e Ă 10 millions d'euros. La Cilam serait pourtant preneuse. DĂ©jĂ Ă la tĂȘte d'Australine, concurrente directe d'Edena, l'acquisition de l'entreprise possessionnaise la placerait en situation de quasi monopole Ă La RĂ©union
Fleuron de l'industrie agroalimentaire rĂ©unionnaise et leader sur le marchĂ© local des eaux plates en bouteille, Edena vaut 15 millions d'euros. C'est du moins la valorisation que revendique la famille Suming, actionnaire principale de la sociĂ©tĂ© pour l'exploitation et le dĂ©veloppement des eaux de source, le nom complet de l'entreprise implantĂ©e Ă la Possession. Laquelle, en butte Ă de sĂ©rieuses difficultĂ©s financiĂšres, est Ă vendre depuis de longs mois maintenant, ainsi que l'indique notre confrĂšre "le Quotidien" dans son Ă©dition du lundi 27 septembre 2010.L'image de marque de l'entreprise et son positionnement en tĂȘte des ventes - 74 salariĂ©s, 45 millions de litres d'eau vendus, environ 65% des parts de marchĂ© avec ses marques Edena et Bagatelle -, auraient, a priori, de quoi sĂ©duire plus d'un repreneur. Quelques-uns se sont d'ailleurs manifestĂ©s. La plupart d'entre eux ont renoncĂ©. Dernier renoncement en date, celui la semaine derniĂšre de la CERP SIPR. Le groupement spĂ©cialisĂ©e dans l'activitĂ© pharmaceutique Ă La RĂ©union et Ă Mayotte a Ă©tĂ© un temps intĂ©ressĂ© par la reprise de l'entreprise, mais, "la rentabilitĂ© d'Edena n'est pas suffisante pour justifier un achat Ă hauteur de 15 millions d'euros" explique un proche du groupement pharmaceutique.
De fait, le prix de vente - d'un montant quasi similaire Ă celui du chiffre d'affaires -, est jugĂ© beaucoup trop Ă©levĂ© dans les milieux d'affaires. Pour eux, Edena vaut tout au plus 10 millions d'euros. Pourtant un repreneur potentiel est prĂȘt Ă sauter le pas. Il s'agit de la compagnie laitiĂšre des Mascareignes. Plus connue sous le sigle de Cilam et prĂ©sidĂ©e par Paul Martinel, elle est spĂ©cialisĂ©e dans la fabrication du lait et de produits laitiers. Par le biais de sa filiale, la sociĂ©tĂ© des eaux de Basse-VallĂ©e, elle est aussi dĂ©tentrice d'Australine. Cette eau puisĂ©e dans les hauts de Saint-Philippe (Edena puise son eau dans les hauts de la Possession), a Ă©tĂ© lancĂ©e sur le marchĂ© en juin 2005. La Cilam devenait ainsi la concurrente directe d'Edena jusqu'Ă lors en situation de quasi monopole sur l'Ăźle. Essentiellement en raison de leur prix, les eaux plates importĂ©es n'ont en effet jamais dĂ©collĂ© de leur position marginale sur le marchĂ© local.
En 5 ans, l'Australine est arrivĂ©e Ă flirter avec les 30% de parts de marchĂ©. Ă ce titre, elle est en partie Ă l'origine de la fragilisation d'Edena. Et la Cilam est aussi la seule Ă pouvoir se permettre de ne pas ĂȘtre intransigeante sur une baisse du prix de vente de l'entreprise possessionnaise. "15 millions d'euros pour une sociĂ©tĂ© dans la situation d'Edena est un prix nettement surĂ©valuĂ©, mais la Cilam a tout intĂ©rĂȘt Ă ne pas laisser filer l'affaire. En achetant, elle met la main sur son seul concurrent" lance un entrepreneur de la grande distribution lui aussi intĂ©ressĂ© par la reprise mais rebutĂ© par le montant exigĂ© pour la vente.
"Le prix, mĂȘme surĂ©valuĂ©, n'est pas un rĂ©el problĂšme pour la Cilam. Il suffira d'augmenter le prix de vente des bouteilles de quelques centimes pendant quelques temps pour amortir le surcoĂ»t. Le consommateur ne se rendra mĂȘme pas compte qu'il a payĂ© la surĂ©valuation de l'entreprise et la Cilam se sera assurĂ© une position de quasi monopole" ajoute-t-il. Ce qui, au regard des lois anti monopole, risque lĂ©galement de poser problĂšme.
Edena comme la Cilam observent la plus stricte discrétion sur le sujet. Mais un protocole d'accord sur la vente a bien été signé entre les actionnaires majoritaires de la société pour l'exploitation et le développement des eaux de source et la compagnie laitiÚre des Mascareignes. Un audit d'Edena a été réalisé et des contacts ont été pris avec les banques en vue de monter le dossier de financement. Le protocole est arrivé à échéance ce jeudi 30 septembre. Il a été prolongé d'une quinzaine de jours. Le temps de s'assurer de la faisabilité, de la légalité et du bien fondé de la transaction.
à l'expiration de ce délai, La Réunion pourrait bien n'avoir qu'un seul producteur d'eau de table.
Mahdia Benhamla pour
