Election à la chambre des métiers

Qui veut faire taire Giraud Payet ?

  • PubliĂ© le 6 octobre 2010 Ă  06:00
Qui veut faire taire Giraud Payet ?

Giraud Payet, gĂ©rant d'une sociĂ©tĂ© de nettoyage industriel et ancien prĂ©sident Ă  la chambre de mĂ©tiers et de l'artisanat de 2005 Ă  2008 est la cible d'une "campagne d'acharnement". Selon lui, plusieurs milliers de lettres sont actuellement adressĂ©es aux artisans de l'Ăźle. Elles contiennent chacune deux coupures de presse rappelant sa condamnation par la Cour d'appel en novembre 2008 pour "corruption passive et favoritisme" dans une affaire de marchĂ© public remontant Ă  fin 2005 et dĂ©but 2006. L'intĂ©ressĂ© qui soutient la liste de Jocelyn de Lavergne, candidat de l'UTI (Union des travailleurs indĂ©pendants) aux Ă©lections Ă  la chambre de mĂ©tiers et de l'artisanat du 13 octobre prochain, estime qu'on veut le "salir". MĂȘme s'il dit "avoir une petite idĂ©e" sur l'identitĂ© des personnes qui l'attaquent, il "refuse de donner des noms". Il portera plainte ce lundi 11 octobre pour que "cette affaire soit tirĂ©e au clair et que cesse cet acharnement".

Aujourd'hui, Giraud Payet a "définitivement tourné la page". "J'ai suffisamment payé ma dette à la société", affirme t-il. Il avoue néanmoins avoir été "trÚs touché" par sa condamnation. Les faits remontent à fin 2005 et début 2006. Giraud Payet, alors président de la chambre de métiers, est accusé de corruption dans une affaire de marché public. Il lui est reproché d'avoir reçu prÚs de 6 000 euros de pots de vin versés par Jean-Pierre Pajani, dirigeant de la société d'informatique ARM. "Ma position est claire. C'était une erreur de ma part. Il n'y a pas eu d'enrichissement personnel. J'ai vu cela comme un coup de main dans une campagne électorale. Il n'y a pas de réglementation particuliÚre pour le financement d'une campagne lors d'élections dans une chambre consulaire", argue Giraud Payet.

En juin 2008, le tribunal correctionnel le condamne à 24 mois de prison dont 4 mois ferme et à 5 ans de privation des droits civiques, civils et familiaux pour "corruption passive et favoritisme". L'ancien président de la chambre consulaire décide d'interjeter appel. "La peine était trop lourde pour une affaire de 6 000 euros", justifie-t-il. Un appel qui lui coûte cher. Sa peine de prison ferme passe de 4 à 8 mois. Les juges confirment la perte de ses droits civiques, civils et familiaux pour 5 ans et le condamnent également à 30 000 euros d'amende. "C'est une peine lourde comparée à d'autres condamnations pour des affaires similaires à La Réunion ou en métropole", s'insurge le chef d'entreprise. "Je ne comprends pas cette acharnement. Je n'étais que le président d'une chambre de métiers. Ce n'est pas avec ce genre de fonction que j'allais changer la face du monde", poursuit-il.

"On dit que faute avouĂ©e est Ă  moitiĂ© pardonnĂ©e. Ce ne fut pas le cas pour moi. Pourquoi cet acharnement contre moi ?", s'interroge t-il. Il se lance dans une analyse des "diffĂ©rentes pistes" susceptibles d'expliquer cette "hostilitĂ©". Il Ă©numĂšre ensuite : "peut-ĂȘtre que je gĂȘne. Je ne fais pas partie d'un certain nombre d'organisations. Je n'avais pas que des amis dans la chambre de mĂ©tiers. J'ai remis en cause certaines habitudes. J'ai changĂ© les mĂ©thodes de travail et j'ai imposĂ© une politique de restrictions budgĂ©taires sur les frais de voyages et d'hĂŽtels". Il continue : "on m'a bien fait savoir que je gĂȘnais, y compris en utilisant des pratiques de sorcellerie auxquelles je ne crois pas. Ainsi, des citrons coupĂ©s ont mĂȘme Ă©tĂ© jetĂ©s dans mon bureau", constate t-il.

"Certains n'ont pas aimĂ© que j'essaye de bannir ces dĂ©rives budgĂ©taires" dit-il encore. "Le prĂ©sident actuel, Bernard Picardo, affirme avoir ramenĂ© la sĂ©rĂ©nitĂ© au sein de l'instance consulaire. Mais Ă  quel prix a-t-il obtenu cette sĂ©rĂ©nitĂ©?" se demande Giraud Payet. "En ce qui me concerne on attendait juste que je fasse une erreur. Et dĂšs que j'ai glissĂ© sur une petite peau de banane, ce fut l'occasion rĂȘvĂ©e de mettre fin au travail de mon Ă©quipe, de se dĂ©barrasser de moi", ajoute t-il.

Giraud Payet se souvient également que "les relations n'étaient pas au beau fixe avec l'autorité préfectorale" de l'époque. En 2007 La Réunion sortait de la crise du chikungunya. Pour soutenir l'économie locale, l'Etat avait débloqué des aides de 2 000 à 3 000 euros pour les entreprises. "C'était une aide à peine suffisante pour les petites entreprises avec un ou deux salariés. C'était largement insuffisant pour les entreprises ayant plus de salariés. Nous avons plaidé en faveur d'un report du paiement des cotisations et des charges sociales et fiscales. J'étais donc en opposition avec le préfet sur un certain nombre de dossiers", raconte t-il.

L'ancien prĂ©sident de chambre ne cache pas non plus qu'il n'Ă©tait pas particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© dans certains cercles ministĂ©riels. "Je suis une "grande gueule", je dĂ©fends mes convictions. Je ne soutenais pas forcĂ©ment tout ce que dĂ©cidait l'État. Du coup, je n'avais pas que des amis dans les ministĂšres. Beaucoup ont Ă©tĂ© contents lorsque j'ai Ă©tĂ© condamnĂ©" se remĂ©more-t-il. "Et puis je n'ai jamais fait mystĂšre de mon appartenance politique Ă  gauche. J'ai fait campagne pour l'Alliance et pour Paul VergĂšs" remarque-t-il.

Autant de raisons susceptibles, selon l'ancien prĂ©sident de la chambre de mĂ©tiers, de justifier sa "lourde condamnation". Et alors qu'aujourd'hui il affirme avoir "tournĂ© la page" et ĂȘtre "entiĂšrement dĂ©vouĂ©" Ă  sa sociĂ©tĂ© de nettoyage industriel, l'affaire dite des "marchĂ©s informatiques" refait surface. Selon Giraud Payet, des milliers de lettres sont adressĂ©es depuis ces derniĂšres semaines aux artisans de l'Ăźle. Elles contiennent chacune deux coupures de presse rappelant sa condamnation par la Cour d'appel en novembre 2008 pour "corruption passive et favoritisme". Pas de hasard dans cet envoi massif de courrier pense Giraud Payet. Il soutient la liste de Jocelyn de Lavergne pour les Ă©lections Ă  la chambre de mĂ©tiers et de l'artisanat du 13 octobre prochain. "C'est un homme d'expĂ©rience qui connaĂźt les rouages de la chambre consulaire. C'est le plus apte Ă  aider les artisans en cette pĂ©riode de crise Ă©conomique. On veut porter prĂ©judice Ă  sa candidature en me salissant", juge t-il.

Là encore, Giraud Payet affirme avoir "une petite idée" sur l'identité des auteurs de ces tracts. Mais il "refuse d'accuser quiconque". Il se contente de souligner : "les courriers ont été envoyées à des personnes et des adresses précises. Il faut forcément avoir accÚs au listing de la chambre de métiers pour obtenir ce type d'informations". Il a donc décidé de porter plainte le lundi 11 octobre. "Il faut que cette affaire soit tirée au clair et que cette opération de dénigrement cesse", martÚle t-il.

Interrogé sur une éventuelle candidature à la chambre de métiers lors des élections de 2015, Giraud Payet répond: "Si c'est pour travailler dans un environnement complÚtement vérolé comme c'est le cas actuellement, je préfÚre me consacrer à mon entreprise. Mais 2015 c'est encore loin. De l'eau va couler sous les ponts. Je prendrai ma décision le moment voulu".

Mounice Najafaly pour
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