Accident mortel : sept ans de prison pour le chauffard de la route des Tamarins

  • PubliĂ© le 9 septembre 2025 Ă  17:32
  • ActualisĂ© le 9 septembre 2025 Ă  18:09
Le tribunal judiciaire de Saint-Denis

Condamné ce mardi 9 septembre 2025 par le tribunal correctionnel de Saint-Denis, Alexandre Maillot, 33 ans, écope de sept années d’emprisonnement ferme. Le Réunionnais était poursuivi pour homicide involontaire après un accident survenu en décembre 2022 sur la route des Tamarins. À 150 km/h, sa BMW avait quitté la chaussée et s’était écrasée contre la falaise avant de retomber sur la RN1. La passagère, une jeune femme de son âge, a perdu la vie. Le tribunal a suivi en partie les réquisitions du parquet, qui réclamait huit ans de prison. (Photo rb/www.imazpress.com)

Dans la salle d’audience, l'évocation des images de la vidéo de surveillance de la route des Tamarins ont glacé l’assistance. On y distingue un véhicule BMW noir, surgissant du tunnel, doublant à droite avec assurance et s’engageant sans hésitation sur la voie de dégagement.

Aucun coup de frein. Aucun doute pour l’expert : la voiture a heurté la paroi de la falaise à 150 km/h avant de s’envoler dans le vide, retombant sur la voie inférieure pour s’écraser contre la rambarde de la RN1. Les airbags n’ont servi à rien. La violence du choc a été telle que la passagère n’a eu aucune chance de survivre.

La victime, Mireille, 33 ans, habitait dans l’Hexagone. Elle était à La Réunion pour visiter un proche malade. Trois semaines plus tôt, elle avait rencontré Alexandre via une application. Le 8 décembre 2022, ils avaient déjeuné ensemble, marché sur la plage, avant de prendre la route vers Saint-Louis. « C’était une journée heureuse », a rappelé le prévenu qui explique sa sortie de route parce qu'il faisait une crise d'épilepsie. La passagère aurait alors détaché sa ceinture et pris les commandes selon ses dires.

  - Une conduite et un comportement criminels -

À la barre, le président du tribunal, Bernard Molié, évoque une « conduite criminelle » dans tous les sens du terme. Le casier judiciaire du prévenu pèse lourd : six condamnations, dont quatre ans de prison en 2021 pour un go fast entre les Pays-Bas et l’Espagne. Alexandre était encore sous bracelet électronique le jour de l’accident. Le contrôle toxicologique a confirmé la présence de cannabis. L’intéressé jure n’avoir pas fumé ce jour-là, mais dans les jours précédents.

Face à la douleur des parents de la victime, l’avocate de la partie civile, Me Catherine Moissonnier, ne lâche rien. « Impossible que Mireille ait pris le volant : sa ceinture était enclenchée lors des constatations post-accident. Comment se fait-il que vous conduisiez malgré une épilepsie supposée ? », lance-t-elle, rappelant les obligations de contrôle médical et de permis spécifique pour les épileptiques. Le père de la jeune femme craque : « Tu as tué ma fille ! », hurle-t-il depuis le fond du prétoire.

- "Tu as tué ma fille"  - 

Le prévenu, grand, mince, vêtu de noir, cheveux courts et barbe de quelques jours, alterne entre fluidité et bégaiements sous l’émotion. Il persiste à évoquer cette crise d’épilepsie juste avant l'accident et un trou noir, malgré l’expertise qui contredit cette version. Les gendarmes, rappelle un assesseur, n’ont trouvé aucune mention de ce problème de santé lors de votre garde à vue. « C’était à cause des médicaments, ça joue sur le cerveau », tente-t-il.

Le ministère public, lui, n’y croit pas. La représentante du parquet décrit un homme roulant « à tombeau ouvert », doublant à droite, longeant la rambarde comme pour bloquer la passagère. « Il a réuni toutes les conditions pour que ça se passe très mal. Il a pris les mauvaises décisions qui ont conduit à la mort », fustige t-elle avant de requérir huit ans d’emprisonnement.

 - Une incertitude médicale -

En défense, Me Sonia Rajaofera plaide une autre lecture : « On n’a pas suffisamment expertisé l’épilepsie. On condamne un homme avec une incertitude médicale. » La robe noire demande une peine aménageable, rappelant que son client est désormais handicapé à 80 %, perçoit l’AAH et vit hanté de cauchemars comme il a pu s'en réclamer face aux magistrats.

Un instant plus tôt, le père de Mireille était venu à la barre, digne, pour saluer  courageusement la mémoire de sa fille. Il assure qu'elle voulait quitter Alexandre et que celui-ci ne l’aurait pas supporté. « C’est votre version », tempère le président. Personne ne saura jamais ce qui s’est joué dans l’habitacle. 

Le tribunal n’a pas traîné : après un court délibéré, la décision tombe. Sept ans ferme. Alexandre Maillot, très affecté, est conduit directement en détention pendant que les cris de la soeur de la victime qui relâche la pression résonnent dans la salle des pas perdus.

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