Madagascar

Intoxication Ă  la viande de tortue : quatre morts

  • PubliĂ© le 17 dĂ©cembre 2014 Ă  04:12
Exposition Mada-Nova Ă  l'observatoire des tortues marines (Photo : Kelonia)

Le village de Marotony, Ă©tape privilĂ©giĂ©e des circuits touristiques qui font dĂ©couvrir l'Archipel des Radama, au dĂ©part de Nosy BĂ©, vient d'ĂȘtre le théùtre d'une dramatique intoxication alimentaire collective, suite Ă  la consommation d'un repas Ă  base chair de tortue. Un pĂȘcheur du village ayant pris une tortue imbriquĂ©e dans ses filets - fano hara dans la langue du lieu - la bĂȘte a Ă©tĂ© prĂ©parĂ©e, cuisinĂ©e et consommĂ©e par la famille et les proches. En consĂ©quence de quoi, on dĂ©nombrait ce lundi 15 dĂ©cembre 2014 quatre morts, huit personnes hospitalisĂ©es Ă  Nosy BĂ©, sans compter d'autres victimes de l'intoxication, non encore recensĂ©es ou prises en charge par les services de santĂ©.

Cette intoxication alimentaire intervenue dans le village de Marotony (district d'Ambanja), Ă  une trentaine de minutes de Nosy BĂ©, par mer, s'inscrit dans une longue liste - circumplanĂ©taire - de faits similaires, notamment Ă  Madagascar et dans l'ocĂ©an Indien, sur la zone de diffusion de la tortue imbriquĂ©e, Eretmochelys imbricata, rĂ©guliĂšrement identifiĂ©e dans les cas de chelotoxisme. Pour rester Ă  Madagascar, le prĂ©cĂ©dent le plus rĂ©cent remonte, semble-t-il, au mois de mai dernier, oĂč neuf personnes ont trouvĂ© la mort suite Ă  une telle intoxication dans la commune de Belobaka (district de Mahajanga II).

La Commission de l'ocĂ©an Indien s'est Ă©mue des risques causĂ©s par la consommation de tortue, et divers stages de formation des personnels de SantĂ© ont Ă©tĂ© organisĂ©s pour les prĂ©parer Ă  traiter les problĂ©matiques liĂ©es Ă  l'Ă©cotoxicologie marine. L'atelier de formation  de Flic en Flac (Du 7 au 11/10/98) auquel participaient Jean Turquet, Jean-Pascal Quod, StĂ©phane Pannetier, Laurence Miossec et Angeline Ramialiharisoa, fournissait une fiche descriptive aux stagiaires qui expliquait : "Cette forme d’intoxication est aujourd’hui bien prĂ©sente dans notre rĂ©gion puisque un nombre consĂ©quent d’épisodes sont maintenant dĂ©crits dans l’ensemble de la rĂ©gion. A Madagascar, ce sont 20 intoxications collectives qui ont Ă©tĂ© recensĂ©es au travers de l’enquĂȘte ICAM rĂ©alisĂ©e sur les 50 derniĂšres annĂ©es. Sur les 571 malades, 81 sont dĂ©cĂ©dĂ©s. En mars 1996 sur l’üle de Pemba en Tanzanie, 30 dĂ©cĂšs avec une tortue Ă  Ă©cailles. Des cas ont Ă©tĂ© rapportĂ©s Ă©galement Ă  Maurice et aux Seychelles (
) En s’alimentant dans les herbiers de phanĂ©rogames (Ndlr : des algues dont font partie les Posidinies), les tortues ingĂšreraient des quantitĂ©s importantes de cyanobactĂ©ries (
) Les espĂšces de tortues incriminĂ©es appartiennent sont par ordre d’importance,  la tortue Ă  Ă©caille Eretmochelys imbricata et la tortue verte Chelonia mydas
"

Coma avec détresse respiratoire

Les populations de pĂȘcheur de Madagascar, des Comores et d'ailleurs savent quel risque on encourt en consommant de la tortue. Ils tentent de s'en prĂ©server par des tests traditionnels. Ainsi, selon Ranaivoson, qui dĂ©crivait,en 1994, "une intoxication collective par Eretmochelys imbricata, concernant 32 personnes, parmi les 120 consommateurs, dont 5 dĂ©cĂšs
", la toxicitĂ© est recherchĂ©e "par l’observation d’un prurit en mettant du sang de la tortue au contact de la peau
" Un test Ă©quivalent Ă  celui qui permet d'identifier les allergĂšnes. Mais qui ne marche pas Ă  tous les coups


Selon d'autres auteurs, Robinson (1999) qui a enquĂȘtĂ© chez les Vezo, il apparaĂźt que la tortue qui ne fait l'objet d'aucun fady (tabou) est pĂȘchĂ©e Ă  longueur d'annĂ©e, prĂ©parĂ©e bouillie, et ses morceaux rĂ©partis en fonction de critĂšres "sociaux" : "la viande autour de la ceinture scapulaire  (
) ne doit ĂȘtre consommĂ©e que par les hommes, et le cƓur (
) revient d’office au pĂȘcheur qui a fait la capture
"

Chez les Vezo sujets de l'Ă©tude, "en 65 ans, 28 Ă©pisodes de chĂ©lonitoxisme ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©s  (
) 8 Ă©pisodes sont qualifiĂ©s de graves, et parmi ces 8 Ă©pisodes, 3 ont entraĂźnĂ© des dĂ©cĂšs, 24 au total
"

L'intoxication prĂ©sente des signes prĂ©dominants qui sont les vomissements, la diarrhĂ©e, les vertiges, la stomatite, l’inflammation des muqueuses nasales et des conjonctives


Son Ă©volution montre trois stades possibles. Une forme bĂ©nigne qui se limite aux symptĂŽmes citĂ©s plus haut et se guĂ©rit en une semaine environ. Une seconde forme dite "intermĂ©diaire" et plus typique, qui outre les symptĂŽmes prĂ©cĂ©dents montre des signes neurologiques tels qu'une somnolence progressive, avec des phases de rĂ©veil total et/ou des phases d’excitation. Si tout se passe bien la forme intermĂ©diaire guĂ©rit sans sĂ©quelles en 3 semaines en moyenne. Sinon, elle Ă©volue vers le coma avec dĂ©tresse respiratoire ce qui implique une assistance respiratoire. Dans des rĂ©gions comme Madagascar ou les Comores, le destin des victimes ainsi touchĂ©es est souvent scellĂ© par le manque de matĂ©riel.

Ceux qui survivent aux formes graves peuvent attester de séquelles neurologiques, des paralysies plus ou moins graves et durables


Philippe Le Claire pour Imaz Press Réunion

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4 Commentaires
Philippe Le Claire
Philippe Le Claire
11 ans

Guendouzi, c'est juste, "algue" Ă©tait ici employĂ© dans le cadre d'une vulgarisation sans doute malheureuse et par trop gĂ©nĂ©rique pour ĂȘtre scientifiquement acceptable.

GUENDOUZI
GUENDOUZI
11 ans

merci beaucoup pour cet information; mais il est ecrit "En s’alimentant dans les herbiers de phanĂ©rogames (Ndlr : des algues dont font partie les Posidinies)", je veux signaler que les phanĂ©rogames dont la posidonie ne sont pas des algues, ce sont des plantes marine superieur (elles ont des racines, fleurs et fruits).

Mulder
Mulder
11 ans

Peut-ĂȘtre faudrait-il parachuter un contingent de militants EELV Ă  Mada, pour expliquer aux Malgaches comment crever de faim de façon Ă©cologique, et en disant encore merci vahaza. Les toxi-infections alimentaires collectives provoquĂ©es par des animaux marins n'Ă©pargnent personne, misĂšre ou pas, que l'on bouffe de la tortue, du thon au resto, des oursins ou des crevettes, des camarons ou du cabot de fond
 La diffĂ©rence, c'est qu'Ă  Mada ou aux Comores, on n'a pas trop le choix au supermarchĂ© du coin et on bouffe ce que l'on peut en espĂ©rant que tout se passe bien.

FOX
FOX
11 ans

Dans l article il est écrit .....ils savent quel risque ils en courent en consommant de la tortue....alors ils assument, c est tout !.....et qu on vienne pas me dire oui,mais Madagascar lai misÚr et patati et patata.....pour moi ce n est pas une excuse.....la misÚre n excuse et n explique pas tout ! Désolé d Útre direct, mais j ai toujours dis ce que je pense, mÚme si mes propos peuvent choqués parfois.....