Le village de Marotony, Ă©tape privilĂ©giĂ©e des circuits touristiques qui font dĂ©couvrir l'Archipel des Radama, au dĂ©part de Nosy BĂ©, vient d'ĂȘtre le théùtre d'une dramatique intoxication alimentaire collective, suite Ă la consommation d'un repas Ă base chair de tortue. Un pĂȘcheur du village ayant pris une tortue imbriquĂ©e dans ses filets - fano hara dans la langue du lieu - la bĂȘte a Ă©tĂ© prĂ©parĂ©e, cuisinĂ©e et consommĂ©e par la famille et les proches. En consĂ©quence de quoi, on dĂ©nombrait ce lundi 15 dĂ©cembre 2014 quatre morts, huit personnes hospitalisĂ©es Ă Nosy BĂ©, sans compter d'autres victimes de l'intoxication, non encore recensĂ©es ou prises en charge par les services de santĂ©.
Cette intoxication alimentaire intervenue dans le village de Marotony (district d'Ambanja), Ă une trentaine de minutes de Nosy BĂ©, par mer, s'inscrit dans une longue liste - circumplanĂ©taire - de faits similaires, notamment Ă Madagascar et dans l'ocĂ©an Indien, sur la zone de diffusion de la tortue imbriquĂ©e, Eretmochelys imbricata, rĂ©guliĂšrement identifiĂ©e dans les cas de chelotoxisme. Pour rester Ă Madagascar, le prĂ©cĂ©dent le plus rĂ©cent remonte, semble-t-il, au mois de mai dernier, oĂč neuf personnes ont trouvĂ© la mort suite Ă une telle intoxication dans la commune de Belobaka (district de Mahajanga II).
La Commission de l'ocĂ©an Indien s'est Ă©mue des risques causĂ©s par la consommation de tortue, et divers stages de formation des personnels de SantĂ© ont Ă©tĂ© organisĂ©s pour les prĂ©parer Ă traiter les problĂ©matiques liĂ©es Ă l'Ă©cotoxicologie marine. L'atelier de formation  de Flic en Flac (Du 7 au 11/10/98) auquel participaient Jean Turquet, Jean-Pascal Quod, StĂ©phane Pannetier, Laurence Miossec et Angeline Ramialiharisoa, fournissait une fiche descriptive aux stagiaires qui expliquait : "Cette forme dâintoxication est aujourdâhui bien prĂ©sente dans notre rĂ©gion puisque un nombre consĂ©quent dâĂ©pisodes sont maintenant dĂ©crits dans lâensemble de la rĂ©gion. A Madagascar, ce sont 20 intoxications collectives qui ont Ă©tĂ© recensĂ©es au travers de lâenquĂȘte ICAM rĂ©alisĂ©e sur les 50 derniĂšres annĂ©es. Sur les 571 malades, 81 sont dĂ©cĂ©dĂ©s. En mars 1996 sur lâĂźle de Pemba en Tanzanie, 30 dĂ©cĂšs avec une tortue Ă Ă©cailles. Des cas ont Ă©tĂ© rapportĂ©s Ă©galement Ă Maurice et aux Seychelles (âŠ) En sâalimentant dans les herbiers de phanĂ©rogames (Ndlr : des algues dont font partie les Posidinies), les tortues ingĂšreraient des quantitĂ©s importantes de cyanobactĂ©ries (âŠ) Les espĂšces de tortues incriminĂ©es appartiennent sont par ordre dâimportance,  la tortue Ă Ă©caille Eretmochelys imbricata et la tortue verte Chelonia mydasâŠ"
Coma avec détresse respiratoire
Les populations de pĂȘcheur de Madagascar, des Comores et d'ailleurs savent quel risque on encourt en consommant de la tortue. Ils tentent de s'en prĂ©server par des tests traditionnels. Ainsi, selon Ranaivoson, qui dĂ©crivait,en 1994, "une intoxication collective par Eretmochelys imbricata, concernant 32 personnes, parmi les 120 consommateurs, dont 5 dĂ©cĂšsâŠ", la toxicitĂ© est recherchĂ©e "par lâobservation dâun prurit en mettant du sang de la tortue au contact de la peauâŠ" Un test Ă©quivalent Ă celui qui permet d'identifier les allergĂšnes. Mais qui ne marche pas Ă tous les coupsâŠ
Selon d'autres auteurs, Robinson (1999) qui a enquĂȘtĂ© chez les Vezo, il apparaĂźt que la tortue qui ne fait l'objet d'aucun fady (tabou) est pĂȘchĂ©e Ă longueur d'annĂ©e, prĂ©parĂ©e bouillie, et ses morceaux rĂ©partis en fonction de critĂšres "sociaux" : "la viande autour de la ceinture scapulaire  (âŠ) ne doit ĂȘtre consommĂ©e que par les hommes, et le cĆur (âŠ) revient dâoffice au pĂȘcheur qui a fait la captureâŠ"
Chez les Vezo sujets de l'Ă©tude, "en 65 ans, 28 Ă©pisodes de chĂ©lonitoxisme ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©s  (âŠ) 8 Ă©pisodes sont qualifiĂ©s de graves, et parmi ces 8 Ă©pisodes, 3 ont entraĂźnĂ© des dĂ©cĂšs, 24 au totalâŠ"
L'intoxication prĂ©sente des signes prĂ©dominants qui sont les vomissements, la diarrhĂ©e, les vertiges, la stomatite, lâinflammation des muqueuses nasales et des conjonctivesâŠ
Son Ă©volution montre trois stades possibles. Une forme bĂ©nigne qui se limite aux symptĂŽmes citĂ©s plus haut et se guĂ©rit en une semaine environ. Une seconde forme dite "intermĂ©diaire" et plus typique, qui outre les symptĂŽmes prĂ©cĂ©dents montre des signes neurologiques tels qu'une somnolence progressive, avec des phases de rĂ©veil total et/ou des phases dâexcitation. Si tout se passe bien la forme intermĂ©diaire guĂ©rit sans sĂ©quelles en 3 semaines en moyenne. Sinon, elle Ă©volue vers le coma avec dĂ©tresse respiratoire ce qui implique une assistance respiratoire. Dans des rĂ©gions comme Madagascar ou les Comores, le destin des victimes ainsi touchĂ©es est souvent scellĂ© par le manque de matĂ©riel.
Ceux qui survivent aux formes graves peuvent attester de sĂ©quelles neurologiques, des paralysies plus ou moins graves et durablesâŠ
Philippe Le Claire pour Imaz Press Réunion

Guendouzi, c'est juste, "algue" Ă©tait ici employĂ© dans le cadre d'une vulgarisation sans doute malheureuse et par trop gĂ©nĂ©rique pour ĂȘtre scientifiquement acceptable.
merci beaucoup pour cet information; mais il est ecrit "En sâalimentant dans les herbiers de phanĂ©rogames (Ndlr : des algues dont font partie les Posidinies)", je veux signaler que les phanĂ©rogames dont la posidonie ne sont pas des algues, ce sont des plantes marine superieur (elles ont des racines, fleurs et fruits).
Peut-ĂȘtre faudrait-il parachuter un contingent de militants EELV Ă Mada, pour expliquer aux Malgaches comment crever de faim de façon Ă©cologique, et en disant encore merci vahaza. Les toxi-infections alimentaires collectives provoquĂ©es par des animaux marins n'Ă©pargnent personne, misĂšre ou pas, que l'on bouffe de la tortue, du thon au resto, des oursins ou des crevettes, des camarons ou du cabot de fond⊠La diffĂ©rence, c'est qu'Ă Mada ou aux Comores, on n'a pas trop le choix au supermarchĂ© du coin et on bouffe ce que l'on peut en espĂ©rant que tout se passe bien.
Dans l article il est écrit .....ils savent quel risque ils en courent en consommant de la tortue....alors ils assument, c est tout !.....et qu on vienne pas me dire oui,mais Madagascar lai misÚr et patati et patata.....pour moi ce n est pas une excuse.....la misÚre n excuse et n explique pas tout ! Désolé d Útre direct, mais j ai toujours dis ce que je pense, mÚme si mes propos peuvent choqués parfois.....