Ils se disent "cassés", "usés", "à bout". Des personnels au chevet des personnes ùgées sont en grÚve mardi pour réclamer davantage de moyens afin de s'occuper "dignement" des aßnés, une mobilisation nationale inédite dont l'ampleur est difficile à prévoir.
A l'appel d'une large intersyndicale (CGT, CFDT, FO, Unsa, CFTC, CFE-CGC et SUD), avec le soutien de l'association des directeurs au service des personnes ùgées (AD-PA) et de plusieurs associations de retraités, des débrayages sont prévus dans des établissements d'hébergement pour personnes ùgées dépendantes (Ehpad) et dans des services d'aide et de soins à domicile.
Des rassemblements sont Ă©galement organisĂ©s sur tout le territoire. A Paris, il est prĂ©vu Ă 14H00 devant le ministĂšre des SolidaritĂ©s et de la SantĂ©, oĂč une dĂ©lĂ©gation doit ĂȘtre reçue. "Il n'y aura pas un grand rassemblement unique mais une diversitĂ© de petites mobilisations", avaient annoncĂ© jeudi Ă la presse des reprĂ©sentants de l'intersyndicale, car "il est nĂ©cessaire d'assurer la continuitĂ© des soins et de ne pas abandonner les aĂźnĂ©s".
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, a annoncé sa participation au rassemblement parisien. "Je peux vous assurer qu'il y aura du monde", a pour sa part prédit le leader de la CGT, Philippe Martinez. Depuis plusieurs mois, les personnels réclament "davantage de moyens humains pour plus de dignité". En 2017, une centaine de grÚves dans des Ehpad ont été recensées, dont la plus médiatique, aux Opalines à Foucherans (Jura), a duré prÚs de trois mois.
"On a entre 12 et 15 toilettes à faire par matinée, on n'a plus de temps d'écoute, de sorties... Ceux qui peuvent encore marcher, on les met dans un fauteuil, ça va plus vite. Pour faire manger les résidents, c'est un à chaque bras", avait témoigné jeudi Sandrine Ossart (CGT), aide-soignante à Nantes depuis 26 ans, "à bout". Pour elle, cette journée de mobilisation "attendue depuis dix ans" sera l'occasion "de dire qu'on est cassés, usés". Des témoignages similaires sont apparus sur twitter avec le mot-diÚse #balancetonEhpad.
- La 'cage' est belle -
En octobre déjà , des représentants syndicaux avaient adressé une lettre à Emmanuel Macron pour lui signaler une "situation explosive". A quelques jours de la grÚve, ils avaient obtenu un rendez-vous à l'Elysée lundi avec une conseillÚre du président, "mais il a été annulé vendredi", a affirmé à l'AFP Bruno Lamy (CFDT).
Deux revendications dominent: l'application d'un ratio d'un agent par résident, contre 0,6 en moyenne actuellement, et l'abrogation d'une réforme contestée de la tarification, qui prévoit de faire converger progressivement jusqu'en 2023 les dotations aux Ehpad publics et privés.
Cette derniÚre va "aggraver davantage la situation financiÚre des Ehpad publics" et conduire à des "suppressions de postes", affirment les grévistes. En urgence, la ministre de la Santé AgnÚs Buzyn a annoncé le déblocage de 50 millions d'euros supplémentaires, fléchés par les agences régionales de santé (ARS) en direction des établissements en difficulté. Une somme jugée insuffisante par les syndicats.
En dĂ©placement vendredi dans un Ă©tablissement de la rĂ©gion parisienne, elle a regrettĂ© une forme d'"Ehpad bashing", disant vouloir "rassurer les familles". Des enquĂȘtes de satisfaction seront menĂ©es auprĂšs des rĂ©sidents en 2019.
PrĂšs de 600.000 personnes vivent aujourd'hui dans l'un des 7.200 Ehpad, selon le ministĂšre de la SantĂ©, et quelque 400.000 personnes y travaillent. "Mon Ă©tablissement en lui-mĂȘme est bien conçu, rĂ©cent. La cage est belle. Cependant les oiseaux sont-ils si heureux que cela?", tĂ©moignait rĂ©cemment Paul, 90 ans, rĂ©sident d'un Ehpad.
Dans un mail adressé à la Fédération nationale des associations de personnes ùgées et de leurs familles (Fnapaef), ce nonagénaire dépeint "un manque de temps du personnel" qui équivaut "au quotidien à une carence de parler, de présence et de geste".
"Nous ne trouvons pas Ă qui parler pour demander quelque chose ou dire ce qui ne va plus", conclut-il, solidaire de la mobilisation.
AFP
