Sauvetage

A Delhi, de bons samaritains au secours de milliers de rapaces mutilés par accident

  • PubliĂ© le 31 janvier 2022 Ă  11:37
  • ActualisĂ© le 31 janvier 2022 Ă  11:48
Mohammad Saud, co-fondateur du centre Wildlife Rescue, examine un vautour blessé, le 13 décembre 2021 à New Delhi, en Inde

Un vautour percnoptĂšre, griĂšvement blessĂ© quelques mois plus tĂŽt, s'apprĂȘte Ă  retrouver les cieux de Delhi, aprĂšs avoir Ă©tĂ© soignĂ© par deux frĂšres qui portent secours aux milliers de rapaces mutilĂ©s par accident chaque annĂ©e, souvent par des fils de cerfs-volants.

L'oiseau "a été blessé à l'aile gauche par un cerf-volant", déclare à l'AFP Salik Rehman, assistant vétérinaire de Wildlife Rescue, organisation fondée en 2010 par les frÚres Nadeem Shehzad et Mohammad Saud.

Il a dû subir "une intervention chirurgicale, des points de suture et trois semaines de pansements", précise le jeune homme.
Le vautour percnoptÚre est une espÚce menacée dont il reste moins de 38.000 spécimens dans le monde, selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

"Une colonie de vautours percnoptÚres vit à Ghazipur", dit-il, en référence à cette épouvantable décharge haute de 70 mÚtres qui infeste l'est de Delhi.

Les rapaces y sont attirés par l'abondance des déchets que les abattoirs et marchés aux volailles et aux poissons y déversent chaque jour.

- Tableau d'éclopés -

L'oiseau d'environ quatre ans, plumage crĂšme, tĂȘte toute Ă©bouriffĂ©e, reste docile sous le bras de Salik avant de recouvrer la libertĂ© dans un parc boisĂ© au nord de Delhi.

A peine posé à terre, le vautour, au long bec jaune busqué, s'élÚve dans les airs, sous le regard d'un garde-forestier, témoin officiel de sa libération.
"Certaines espĂšces sont encadrĂ©es par une lĂ©gislation stricte qui stipule qu'elles doivent ĂȘtre relĂąchĂ©es dans un lieu de vie sauvage comme un sanctuaire ou une forĂȘt protĂ©gĂ©e, devant un garde-forestier", explique Nadeem Shehzad, 44 ans.

Les oiseaux secourus passent leur convalescence dans une grande voliĂšre sur le toit de son Ă©tablissement, oĂč une poignĂ©e de vautours percnoptĂšres se distingue parmi plus de 70 rapaces, surtout des milans noirs.

Delhi connaßt la plus forte concentration de milans noirs au monde, ajoute l'expert, en observant l'étrange tableau de volatiles éclopés. Ils en sauvent plusieurs milliers par an.

Selon Nadeem, les lignes Ă©lectriques, les filets de pĂȘche, les collisions avec des vĂ©hicules, mais surtout, les fils des cerfs-volants sont les principales causes de mortalitĂ© et de blessures d'oiseaux.

Au rez-de-chaussée, dans des cages exiguës, prÚs d'une dizaine de milans noirs, aux entailles caractéristiques, souffrent en silence.
Assis à la table de soins, Mohammad Saud examine chaque oiseau que lui tend Salik et désinfecte leurs plaies.

- Oiseaux de malheur -

"La plupart (...) ont Ă©tĂ© mutilĂ©s par des fils de cerf-volant", poursuit Nadeem, alors que Mohammad lutte avec un fil encore enroulĂ© autour de l'aile d'un rapace, l'humĂ©rus Ă  nu. Certains fils sont parfois enduits de verre et extrĂȘmement dangereux, explique-t-il, "nous avons vu des os tranchĂ©s net".
"C'est Mohammad qui soigne les oiseaux", déclare Nadeem, "nous travaillons avec un vétérinaire externe qui vient (...) une ou deux fois par semaine".

Il est parfois trop tard pour les sauver, comme cet aigle des steppes que Mohammad soigne sans illusion.

"Il va mourir dans quelques jours, sa plaie est déjà gangrenée", dit-il en désignant les pourtours décolorés de l'entaille.

L'organisation, qui vit essentiellement de dons, manque cruellement de fonds, victime notamment de la superstition, selon Nadeem, car "beaucoup croient que les rapaces et les corbeaux portent malheur".

La charité dépend aussi de l'idéologie, les vétérinaires végétariens voient d'un mauvais oeil que les rapaces se nourrissent de viande. Ces rejets ont motivé la création de Wildlife Rescue.

A Gurgaon, en banlieue de Delhi, le minuscule Charity Bird hospital, d'obédience jaïna, strictement végétarienne, recueille chaque année, dans sa voliÚre à l'étage, des milliers de pigeons, de colombes et autres tourterelles blessés ou malades, que des habitants n'ont pas eu le coeur d'abandonner à leur triste sort.

A l'instar de cet homme qui surgit avec un pigeon blessé par les pales d'un ventilateur au plafond de sa terrasse.

"C'est la premiÚre fois qu'une telle chose arrive", confie, mine coupable, Selva Raj, 67 ans, employé d'un diamantaire.

Le vétérinaire, Rajkumar Rajput, 38 ans, s'empare aussitÎt de l'oiseau, l'examine, désinfecte et panse ses plaies. Le dispensaire abrite aussi perroquets, perruches et cacatoÚs. Leur cacophonie est assourdissante.

"Les oiseaux sont les bùtisseurs de la nature et nous, les humains, sommes ses destructeurs", regrette le vétérinaire jaïn, exhibant un pigeon vert convalescent. "Un tel oiseau sÚme les graines d'au moins 10.000 arbres au cours de son existence".

AFP

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