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A Mati, la désolation dans une ville "qui n'existe plus"

  • PubliĂ© le 24 juillet 2018 Ă  20:13
  • ActualisĂ© le 24 juillet 2018 Ă  21:27
Une maison en feu le 23 juillet 2018 à Mati, petite station balnéaire proche d'AthÚnes, ravagée par les incendies qui ont fait au moins 50 morts

"Mati n'existe plus": silence désolé, carcasses de voitures ou d'animaux calcinées, la petite ville cÎtiÚre à l'est d'AthÚnes a été réduite en cendres, que parcouraient mardi des secouristes pour en extraire de nouvelles victimes, dont le décompte ne cessait de grossir.

Cinquante, 60, 74...: le bilan n'a cessĂ© d'ĂȘtre rĂ©visĂ© Ă  la hausse, aprĂšs la premiĂšre dĂ©couverte macabre de 26 personnes mortes regroupĂ©es sur un mĂȘme terrain.

Leurs corps calcinĂ©s gisaient "par groupes de quatre ou cinq personnes, peut-ĂȘtre des familles, des amis ou des inconnus qui s'Ă©taient enlacĂ©s dans une derniĂšre tentative de se protĂ©ger, alors qu'ils tentaient de gagner la mer, Ă  30 ou 40 mĂštres de lĂ ", tĂ©moigne Vassilis Andriopoulos, un des sauveteurs de la Croix-Rouge qui a dĂ©couvert l'horrible spectacle mardi matin. Il dĂ©plore la prĂ©sence de "petits enfants" dans ce groupe. Fuyant les flammes, ils ont semble-t-il Ă©tĂ© piĂ©gĂ©s entre le feu et la falaise qui dĂ©gringole vers la mer sur une trentaine de mĂštres.

Une jeune fille ayant tenté de sauter un peu plus loin est morte, assure sur place un voisin. Dans la nuit, un photographe de l'AFP a également trouvé non loin quatre corps de personnes cherchant sans doute à fuir, trois sous une voiture, un sous une moto.

- "En cinq ou dix minutes" -

Sur la rue principale, tout est noir, en particulier les grands pins qui entourent les maisons. La mer est grise, l'odeur de brûlé omniprésente. Les Canadairs traversent le ciel par intermittence, des dizaines de voitures calcinées jonchent la chaussée. On voit des cadavres de chiens.

Stella Petridi, une retraitĂ©e de 65 ans, en avait six. Elle Ă©tait Ă  l'Ă©glise quand, sentant le feu venir, elle s'est prĂ©cipitĂ©e chez elle oĂč ils Ă©taient enfermĂ©s. Mais elle n'a mĂȘme pas pu ouvrir la porte de sa maison qui brĂ»lait dĂ©jĂ . Elle n'a eu d'autre choix que de courir Ă  la plage, oĂč un patrouilleur l'a rĂ©cupĂ©rĂ©e, avec d'autres, vers 04h00 du matin, pour les mettre Ă  l'abri un peu plus loin dans la ville portuaire de Rafina, dont le maire Evangelos Bournous tĂ©moigne que "Mati n'existe plus".

Athanasia Oktapodi, 60 ans, le visage noirci et les yeux rougis, tĂ©moigne de la vitesse des flammes, qualifiĂ©e de "foudroyante" par les pompiers. "J'ai vu le feu descendre la colline vers 18h00, en cinq ou dix minutes il Ă©tait dans mon jardin". Comme beaucoup de maisons de Mati, la sienne est environnĂ©e de hauts pins. "Ils ont pris feu. Je suis sortie comme une folle et j'ai couru Ă  la plage, je me suis mis la tĂȘte dans l'eau. Puis les patrouilleurs sont venus".

La plupart des rescapés sont restés ainsi impuissants et terrifiés dans la mer, en regardant les flammes pendant plusieurs heures. Certains se sont noyés.

- Terrible choix -

Lela Demertzi, 53 ans, a porté sur son dos à la plage sa mÚre souffrante. "Mon mari est resté, il a tout fait pour sauver notre maison secondaire, et il a réussi", se réjouit-elle.

Le Premier ministre Alexis Tsipras a pourtant enjoint les habitants à délaisser leurs biens pour protéger leurs vies.
Outre les pins, particuliÚrement inflammables, plusieurs voisins expliquent avoir entendu aussi de nombreuses explosions: les bouteilles de gaz souvent présentes dans ces nombreuses résidences de vacances.

Alina Marzin et sa famille, des touristes allemands en pension à l'hÎtel pieds dans l'eau Cabo Verde, ont eu la vie sauve. Mais ils ont annulé un séjour sur l'ßle de Naxos, préférant rentrer chez eux. "Des vacances horribles", souffle sa mÚre.
Mardi aprÚs-midi des habitants continuaient à chercher leurs proches. Des équipes de psychologues sillonnaient les alentours pour leur apporter du réconfort. Les bénévoles de la Croix-rouge distribuaient bouteilles d'eau, médicaments et sandwiches aux sinistrés.

Au mĂȘme moment, dans la petite ville voisine de Kokkino Limanaki, qui offre le mĂȘme spectacle lugubre que Mati, une journaliste de l'AFP a pu voir les secours extraire d'une voiture le corps d'une vieille femme.

"Son fils est sorti de la maison pour la mettre à l'abri dans le véhicule, témoigne le voisin, Anastasios Probonas, 60 ans, ingénieur. Mais il avait déjà des brûlures, je lui ai dit de partir vite avec ses deux enfants, et il les a emmenés à moto", laissant sa mÚre derriÚre lui.

AFP

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