"C'est super intéressant, ça nous permet de revoir la culture générale tout en jouant": Rania, 15 ans, comme des dizaines d'enfants de quartiers défavorisés de Cannes, bénéficie cet été de vacances sur l'ßle Sainte-Marguerite, face à La Croisette, dans une colonie "apprenante".
LogĂ©s dans une partie du Fort royal, enceinte majestueuse oĂč passa le lĂ©gendaire prisonnier du Masque de Fer, les quinze enfants du groupe de Rania sont en cours le matin et en activitĂ© de loisirs l'aprĂšs-midi.
AprĂšs les mois de confinement pour lutter contre l'Ă©pidĂ©mie de coronavirus et la fermeture des Ă©coles, l'Etat a dĂ©cidĂ© de cofinancer le sĂ©jour d'enfants de familles en difficultĂ©s dans ces colonies labellisĂ©es "apprenantes". Rania et beaucoup d'autres ont ainsi pu partir pour la premiĂšre fois en colonie. Avec son T-shirt signĂ© "Miss Spoileuse", "parce qu'elle anticipe tout", s'amuse l'animateur de la colonie, Rania, qui veut devenir plus tard pilote d'avion, attend tout de mĂȘme avec impatience, aprĂšs le cours d'histoire matinal, les activitĂ©s nautiques prĂ©vues sur les eaux turquoises de cette Ăźle mĂ©diterranĂ©enne.
Une hĂąte que partage Sevan, 11 ans, qui a moyennement goĂ»tĂ©, lui, le rappel des grands personnages de l'Histoire de France, mĂȘme de façon ludique: "Les cours, non, je n'aime pas. Normalement on est en vacances, non?" "Mais sinon c'est bien, il y a du paddle, du kayak, il y en a certains que je connaissais dĂ©jĂ , et puis certains se font des amoureuses", poursuit le gamin qui n'avait plus mis les pieds en classe depuis le confinement en mars.
Le séjour est organisé par la MJC Giaume, installée dans le quartier sensible de La Bocca, à Cannes. Pour son directeur Noré Mezouar, l'objectif était d'éviter la "double peine" pour ces jeunes. "Il y a eu la période du confinement qui était assez difficile pour les enfants mais aussi pour les parents, et l'été, le risque que les gamins ne puissent pas partir en séjour", explique-t-il.
Patiemment, il a fait "un travail de porte-à -porte" ciblé sur des familles des quartiers prioritaires qui n'avaient pas les moyens d'envoyer les enfants en vacances.
- "Fiers" -
A Cannes, pour une semaine sur l'Ăźle Sainte-Marguerite en "colo apprenante", les familles n'auront eu Ă dĂ©bourser qu'une trentaine d'euros par enfant, et pour certaines, il a mĂȘme Ă©tĂ© pris en charge en totalitĂ© par les pouvoirs publics. "On avait prĂ©vu deux colos cet Ă©tĂ©, mais quand on a vu la mise en place de ce dispositif, on a dĂ©cidĂ© de le doubler, et au lieu de 32 ados, on va pouvoir en accueillir 64, c'est quelque chose dont on peut tous ĂȘtre fiers parce qu'on sort des gamins qui sont en difficultĂ©", souligne NorĂ© Mezouar.
"L'aprÚs-confinement a aussi permis de changer nos pratiques professionnelles" d'organisateur de colonie. "Aujourd'hui, on a deux animateurs et un professeur qui se greffe et qui vient tous les matins donner des cours", note-t-il en espérant que ces colos "new look" soient pérennisées.
Au niveau national, le dispositif "colo apprenante", ouvert à tous mais avec une prise en charge réservée aux familles en difficulté, s'est fixé un objectif de 250.000 enfants accueillis. Dans les Alpes-Maritimes, une trentaine de colonies ont été labellisées, "mais nous en labellisons toutes les semaines de nouvelles", souligne Stéphanie Reverre-Guepratte, directrice départementale adjointe à la Cohésion sociale, qui pilote le dispositif dans le département. Pour ces colonies de vacances, elle dispose d'un budget d'un million d'euros, qui permettra de faire partir quelque 2.000 enfants.
AFP


