Australie

Audience cruciale Ă  Melbourne pour le cardinal Pell

  • PubliĂ© le 5 mars 2018 Ă  10:00
  • ActualisĂ© le 5 mars 2018 Ă  10:16
Le cardinal australien George Pell arrive au tribunal de Melbourne, le 5 mars 2018

La dĂ©fense du numĂ©ro trois du Vatican, le cardinal australien George Pell, a accusĂ© lundi la police d'avoir nĂ©gligĂ© des tĂ©moignages en sa faveur, au premier jour d'une audience devant dĂ©terminer s'il peut ĂȘtre jugĂ© pour des agressions sexuelles anciennes.


Le cardinal Pell, 76 ans, l'un des plus proches conseillers du pape François, dément catégoriquement toutes les accusations portées contre lui.
Il a pris congé pour pouvoir se défendre. Les faits présumés se seraient déroulés il y a trÚs longtemps. Leur nature exacte n'a pas été dévoilée, les autorités se bornant à parler de "plaignants multiples".
Le prélat, qui portait une veste de costume et un simple col romain blanc, a monté les marches du tribunal de Melbourne, escorté par des dizaines de policiers.
Quelques manifestants l'attendaient devant le tribunal.
?Va en enfer. Va en enfer George Pell!", s'est écriée Valda Ann Hogan. Un autre manifestant, qui n'a donné que son prénom, Neville, et qui affirme avoir été victime d'abus sexuels, a souhaité que "la justice suive son cours".
Des soutiens du cardinal étaient également présents dans l'assistance. "Je le connais et c'est un innocent, un homme bon, un saint homme", a assuré Beverly Hastie.
Une cinquantaine de tĂ©moins pourraient ĂȘtre entendus durant cette audience qui doit durer quatre semaines. Ils livreront leurs rĂ©cits Ă  la cour et devront Ă©galement se soumettre au feu des questions de la dĂ©fense.

- 'Présumé innocent' -

Puis, le tribunal devra décider si le dossier est suffisamment solide pour justifier le renvoi du prélat en procÚs.
Le cardinal a été inculpé en juin 2017 pour "des délits d'agressions sexuelles".
L'audience a Ă©tĂ© ouverte Ă  la presse durant une demi-heure avant d'ĂȘtre suspendue. Les dĂ©bats reprendront dans l'aprĂšs-midi Ă  huis clos.
L'avocat du cardinal Pell, Robert Richter, a dĂ©clarĂ© que la dĂ©fense avait fourni Ă  la police de multiples tĂ©moignages favorables au prĂ©lat sur lesquels elle aurait dĂ» enquĂȘter: "elle ne l'a pas fait", a-t-il accusĂ©.
L'ancien archevĂȘque de Sydney et Melbourne n'est pas obligĂ© de faire connaĂźtre la maniĂšre dont il compte plaider avant un procĂšs mais sa dĂ©fense a fait savoir clairement dĂšs le dĂ©part qu'il entendait faire valoir son innocence.
"Pour Ă©viter tout doute, et Ă  cause de l'intĂ©rĂȘt (pour l'affaire), je pourrais indiquer que le cardinal Pell plaide non coupable de tous les chefs et soutiendra son innocence qui reste prĂ©sumĂ©e", avait dit en juillet Me Richter.
L'une des lignes de défense de son équipe sera de tenter de déterminer à quel moment les plaignants avaient lancé leurs accusations pour la premiÚre fois dans l'espoir de prouver qu'il s'agit "d'inventions récentes".
Le scandale a provoqué une onde de choc en Australie, puisque M. Pell est le plus haut représentant de l'Eglise inculpé dans une affaire d'agression sexuelle présumée.

- EnquĂȘte nationale -

L'annonce de son inculpation avait coĂŻncidĂ© avec la fin d'une longue enquĂȘte nationale portant sur les rĂ©ponses institutionnelles apportĂ©es en Australie aux abus sexuels commis sur des enfants. Le gouvernement avait ordonnĂ© son ouverture en 2012 aprĂšs une dĂ©cennie de pressions de la part des victimes.
La commission d'enquĂȘte royale ayant conduit pendant quatre ans les investigations avait recueilli des tĂ©moignages Ă©prouvants de milliers de victimes d'abus pĂ©dophiles dans les Ă©glises, les orphelinats, les clubs de sport, les organisations de jeunesses et les Ă©coles.
Le cardinal Pell avait Ă©tĂ© entendu trois fois dans ce cadre et avait reconnu avoir "failli" dans sa gestion des prĂȘtres pĂ©dophiles dans l'Etat de Victoria dans les annĂ©es 1970.
En dĂ©cembre, la commission d'enquĂȘte avait conclu que les institutions australiennes avaient "gravement manquĂ© Ă  leurs devoirs" envers les enfants pendant des dĂ©cennies.
Elle avait recommandĂ© entre autres une modification du droit canonique afin d'instaurer le cĂ©libat volontaire et non plus obligatoire pour les prĂȘtres.
L'ecclĂ©siastique avait Ă©tĂ© ordonnĂ© prĂȘtre en 1966 Ă  Rome, avant de revenir en Australie en 1971 oĂč il avait gravi les Ă©chelons de la hiĂ©rarchie catholique.
Celle-ci est montĂ©e au crĂ©neau pour dĂ©fendre "un homme profondĂ©ment honnĂȘte". L'archidiocĂšse de Sydney prend en charge le logement du prĂ©lat durant son combat judiciaire mais pas ses frais d'avocat, qui pourraient se chiffrer en centaines de milliers de dollars australiens.
NommĂ© archevĂȘque de Melbourne en 1996, puis de Sydney en 2001, il avait Ă©tĂ© choisi en 2014 par le pape François pour mettre davantage de transparence dans les finances du Vatican.

2018 AFP

guest
0 Commentaires