Avec sa promesse d'année "utile", Macron signe surtout son impuissance

  • PubliĂ© le 2 janvier 2026 Ă  10:53
  • ActualisĂ© le 2 janvier 2026 Ă  10:57
Un écran de television qui diffuse l'allocution des voeux du président Emmanuel Macron, mercredi soir le 31 décembre 2025 depuis l'Elysée ( AFP / Dimitar DILKOFF )

Emmanuel Macron a promis une annĂ©e 2026 "utile", Ă  la France, mais ses vƓux laissent surtout l'impression d'un prĂ©sident sur la dĂ©fensive, en fin de rĂšgne, alors que la prochaine Ă©lection prĂ©sidentielle approche Ă  grands pas.

"Ce sont des vƓux dĂ©fensifs, de repli, des vƓux de fin de rĂšgne qui ne lui ressemblent pas du tout", a estimĂ© jeudi Philippe Moreau-Chevrolet, professeur en communication Ă  Sciences Po, pointant un discours surtout "axĂ© sur la protection" des agriculteurs, de l'industrie...

Le prĂ©sident, qui avait optĂ© cette annĂ©e pour des vƓux trĂšs courts - moins de 10 minutes - et le dĂ©cor plus feutrĂ© du Salon des ambassadeurs, est apparu dans un semi clair-obscur, devant une cheminĂ©e et un sapin illuminĂ©.

"Le manque de lumiĂšre, de dynamisme parce qu’on a l'impression qu’il est Ă©clairĂ© Ă  la bougie, qu'il parle trĂšs lentement, le fait qu’il rappelle que c’est son dernier mandat (...) ça a créé une ambiance crĂ©pusculaire", a notĂ© Philippe Moreau-Chevrolet.

Le politologue Bruno CautrĂšs juge aussi trĂšs surprenants ces vƓux Ă  la "tonalitĂ© Ă  la fois sobre et sans perspective", oĂč l'on "voit trĂšs clairement l'amorce d'une sortie du jeu d'Emmanuel Macron", Ă  seize mois de la prĂ©sidentielle Ă  laquelle il ne peut se reprĂ©senter.

- "Sous-dimensionné" -

Le chef de l'Etat, trÚs affaibli depuis la dissolution ratée de 2024, s'est certes efforcé de poser les jalons d'une année "utile", en dépit de l'instabilité politique, faute de majorité à l'Assemblée.

Il a tracé sa feuille de route et martelé qu'il resterait "jusqu'à la derniÚre seconde au travail", comme pour mieux conjurer le risque d'effacement qui le guette.

Mais "au bout de presque dix ans de pouvoir, un chef d'Etat qui nous annonce que les grands chantiers du pays, c’est interdire les rĂ©seaux sociaux aux moins de 15 ans, une loi sur la fin de vie et le rĂ©tablissement sur une base volontaire du service national, ça semble sous-dimensionnĂ©" par rapport aux enjeux et attentes des Français, souligne Bruno CautrĂšs.

Emmanuel Macron n'a que trÚs peu évoqué l'impasse budgétaire, qui plombe pourtant ce début d'année, à moins de trois mois des élections municipales, appelant seulement gouvernement et Parlement à s'atteler sans tarder à "bùtir des accords".

Son vƓu final "d'espĂ©rance", ponctuĂ© d'innombrables "ne renonçons pas" au "progrĂšs", Ă  une "nation plus solidaire", au "beau", Ă  la "culture", autant de thĂšmes macronistes depuis dix ans, avait aussi une "dimension presque testamentaire", analyse Bruno CautrĂšs.

Enfin, le président est apparu trÚs solitaire, n'évoquant qu'une fois le chef du gouvernement Sébastien Lecornu.

Son ex-Premier ministre Edouard Philippe, dans les starting-blocks pour 2027, qui avait appelĂ© Ă  une prĂ©sidentielle anticipĂ©e, n'a de nouveau pas Ă©tĂ© tendre avec le chef de l'Etat dans ses propres vƓux, regrettant jeudi une annĂ©e "sans stratĂ©gie et sans cap" dans un pays oĂč "rien de dĂ©cisif" ne se produira d'ici 2027.

- "Rien dit mais bien dit" -

"A un an de plier les gaules, vous vous attendiez à quoi ? (...) Il n'a rien dit mais il l'a bien dit", a considéré pour sa part le député Renaissance Karl Olive, sur la chaßne Cnews.

Pour un conseiller ministĂ©riel, le prĂ©sident a eu "raison de ne pas entrer dans les dĂ©tails", notamment sur le budget, car "il ne fallait surtout rien de tranchant dans une AssemblĂ©e sans majoritĂ©, sinon tu abandonnes l’esprit de compromis et tu te fais censurer".

C’étaient des "vƓux mesurĂ©s en fonction de ce qu’on peut faire", "il n'a pas pris de risque", renchĂ©rit, stoĂŻque, un tĂ©nor du bloc central.

S'il a évoqué son départ programmé, Emmanuel Macron s'est efforcé de repousser au plus tard l'échéance présidentielle, qui signera de facto sa mise en retrait, fixant le début de la campagne électorale "à la fin de l'année".

"Il essaie de contrĂŽler le calendrier. En rĂ©alitĂ©, on est dĂ©jĂ  en campagne pour 2027, mais il veut gagner du temps et pouvoir continuer Ă  se prĂ©senter comme Ă©tant dans l’action", relĂšve Philippe Moreau-Chevrolet. 

AFP

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2 Commentaires
Missouk
Missouk
9 mois

Il n'aurait pas autant de pouvoir, de nuisance en particulier, que ce pauvre prĂ©sident en serait pathĂ©tique. Le plus mauvais prĂ©sident de la 5e, mĂȘme le bilan de Sarko Ă©tait meilleur

Aubras
Aubras
9 mois

PiĂštre fin de rĂšgne du soi disant roi de la finances. Le gĂ©nĂ©ral de Gaulle est parti la tĂȘte haute. Macron partira la que.. entre les deux jambes !