Droit de l'Homme - Europe

Avortement en Irlande du Nord: la Cour suprĂȘme refuse de trancher

  • PubliĂ© le 7 juin 2018 Ă  14:08
  • ActualisĂ© le 7 juin 2018 Ă  14:30
Le chef de la Commission des droits de l'Homme d'Irlande du Nord (NIHRC), Les Allamby (2e g) quitte la Cour suprĂȘme britannique, le 7 juin 2018 Ă  Londres

Invoquant des raisons de procĂ©dure, la Cour suprĂȘme britannique ne s'est pas prononcĂ©e jeudi sur la lĂ©galitĂ© de l'interdiction presque totale de l'avortement en Irlande du Nord, bien qu'une majoritĂ© des sages l'estiment "incompatible" la Convention europĂ©enne des droits de l'Homme (CEDH).

C'est la Commission des droits de l'Homme d'Irlande du Nord (NIHRC) qui avait demandé à la justice de dire si l'interdiction de l'IVG en cas de viol, d'inceste ou de malformation grave du foetus était compatible avec la CEDH incorporée dans le droit britannique. Mais une majorité des sages a estimé qu'elle n'était pas habilitée à "engager une procédure (...) de cette nature", non fondée sur des cas particuliers de femmes victimes de la législation anti-IVG nord-irlandaise, l'une des plus restrictives et répressives d'Europe.


"La Cour pense que la Commission aurait dĂ» reprĂ©senter des cas particuliers de femmes victimes" de la loi nord-irlandaise, a soulignĂ© Ruth Fletcher, maĂźtre de confĂ©rences en droit mĂ©dical Ă  la Queen Mary University de Londres, interrogĂ©e par l'AFP. Contrairement au reste du Royaume-Uni oĂč il est autorisĂ© depuis 1967, l'avortement est illĂ©gal en Irlande du Nord, province britannique Ă  forte tradition chrĂ©tienne, sauf si la grossesse menace la vie de la mĂšre. Les contrevenantes risquent une peine d'emprisonnement Ă  vie, en vertu d'une loi datant de 1861.
Une majorité des sept juges a toutefois estimé que si la NIHRC avait été compétente, ils auraient jugé que la législation nord-irlandaise est "incompatible" avec la Convention européenne des droits de l'Homme en cas de viol, d'inceste et d'anomalie mortelle du foetus - mais pas en cas d'anomalie grave. De quoi accroßtre la pression sur la Premier ministre britannique Theresa May, pressée par des députés de l'opposition comme de sa majorité de lancer une réforme.


- "Une victoire" -


Pour Ruth Fletcher, "ce n'est pas une conclusion contraignante (...) mais cela mettra la pression sur le Parlement pour agir". "La Cour a dit que la loi nord-irlandaise était incompatible avec la législation britannique en matiÚre de droits de l'Homme. C'est une victoire", s'est réjoui de son cÎté Andrew Copson, directeur de l'organisation Humanists UK, sur Twitter.


La dĂ©cision de la plus haute juridiction du Royaume-Uni Ă©tait trĂšs attendue, deux semaines aprĂšs un rĂ©fĂ©rendum en RĂ©publique d'Irlande voisine oĂč les Ă©lecteurs se sont prononcĂ©s Ă  66,4% pour une libĂ©ralisation de l'IVG, un scrutin ayant ravivĂ© les revendications en Irlande du Nord. Le sujet est particuliĂšrement dĂ©licat pour la cheffe de l'exĂ©cutif. Sa majoritĂ© parlementaire dĂ©pend du parti nord-irlandais DUP, protestant et farouchement anti-avortement, et elle compte sur son soutien pour faire passer son projet de loi trĂšs contestĂ© sur le Brexit, qui revient devant la chambre des Communes le 12 juin.


Jusqu'ici, Mme May a soutenu que ce dossier était de l'unique compétence des responsables d'Irlande du Nord, bien que cette derniÚre soit engluée dans une crise politique depuis début 2017 et privée d'un exécutif décentralisé.
Mais le Parlement de Westminster, à Londres, entend bien gagner le bras de fer, arguant du fait qu'il reste compétent pour les questions relatives aux droits de l'Homme.
"La dĂ©cision rendue aujourd'hui envoie un message trĂšs fort et trĂšs clair au gouvernement britannique", a estimĂ© Andrew Copson. "Il ne peut attendre que l'assemblĂ©e nord-irlandaise se rĂ©unisse Ă  nouveau et agisse peut-ĂȘtre: il doit maintenant agir lui-mĂȘme", a-t-il insistĂ© dans un communiquĂ©.

2018 AFP

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