Irak

Barzani, fondateur de l'autonomie du Kurdistan contraint au départ

  • PubliĂ© le 29 octobre 2017 Ă  19:38
  • ActualisĂ© le 29 octobre 2017 Ă  19:41
Massoud Barzani en conférence de presse le 24 septembre 2017 à Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan irakien

Le pÚre de l'autonomie du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a annoncé dimanche quitter la présidence de cette région aprÚs son pari raté d'obtenir l'indépendance qui a conduit à la perte de presque tous les territoires que les Kurdes disputent à Bagdad.

 

Dans un climat d'extrĂȘme tension, les dĂ©putĂ©s kurdes rĂ©unis Ă  huis-clos ont pris connaissance de la lettre que M. Barzani leur a adressĂ©e annonçant qu'il ne serait plus prĂ©sident "aprĂšs le 1er novembre". "AprĂšs le 1er novembre, je n'exercerai plus mes fonctions et je refuse que mon mandat soit prolongĂ©", affirme l'architecte du rĂ©fĂ©rendum d'indĂ©pendance du 25 septembre dans cette missive dont l'AFP a obtenu une copie.


Le Parlement kurde avait rĂ©cemment gelĂ© les prĂ©rogatives de M. Barzani Ă  la suite des consĂ©quences dĂ©sastreuses de ce rĂ©fĂ©rendum. Cette consultation, oĂč le "oui" l'a largement emportĂ©, a créé une crise sans prĂ©cĂ©dent entre Bagdad et Erbil. AussitĂŽt aprĂšs les rĂ©sultats, le gouvernement central irakien avait envoyĂ© ses troupes reprendre le contrĂŽle de toutes les zones situĂ©es hors de la rĂ©gion autonome et dont les combattants kurdes avaient pris le contrĂŽle depuis 2003.

En quelques jours, la quasi-totalitĂ© de ces territoires sont repassĂ©es aux mains du pouvoir central. Pire encore, en reprenant les puits de pĂ©trole de Kirkouk (nord), qui reprĂ©sentaient quasiment la moitiĂ© des revenus de la rĂ©gion autonome dĂ©jĂ  fortement endettĂ©e, Bagdad portait un coup fatal Ă  la viabilitĂ© Ă©conomique du rĂȘve kurde, vieux d'un siĂšcle, de crĂ©er un État.

Une poche stratégique pour les Kurdes d'Irak et de Syrie reste encore sous la menace de combats dans le nord du pays. Depuis deux jours, commandants peshmergas et irakiens tentent de trouver un accord pour un retrait sans violence des combattants kurdes du poste-frontiÚre de Fichkhabour vers la Turquie.

- 'Rester peshmerga' -

"Je demande au Parlement de se rĂ©unir pour combler la vacance du pouvoir", a poursuivi M. Barzani qui avait cru pouvoir imposer son rĂȘve d'indĂ©pendance, malgrĂ© le refus de la communautĂ© internationale, Ă  l'exception d'IsraĂ«l. A 71 ans, le leader kurde toujours revĂȘtu de l'habit kaki des combattants kurdes (peshmergas), y affirme encore qu'il va "rester un peshmerga" et "dĂ©fendre les acquis du peuple du Kurdistan".


AprÚs la lecture de cette lettre, le Parlement devait décider de la répartition provisoire de ses pouvoirs d'ici l'élection présidentielle, dont la date n'est pas encore fixée. L'opposition, notamment le parti Goran qui veut un "gouvernement de salut national" à la place de M. Barzani, s'oppose à la répartition proposée par les grands partis kurdes, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de M. Barzani et son rival de l'Union patriotique kurde (UPK), ont indiqué des députés.


Massoud Barzani "symbolise l'échec de la politique kurde et la seule chose qui lui reste à faire est de s'excuser publiquement", a lancé avant l'ouverture de la session Raboun Maarouf, député de Goran. Des partisans du président kurde l'ont aussitÎt pris à parti. Un député du PDK, Ari Harin, a, lui, dénoncé un "complot international".

Le mandat du premier président kurde élu, qui avait expiré en 2013, avait été prolongé de deux ans par le Parlement. Il s'est poursuivi sans élection ni décision formelle face au chaos engendré par l'offensive du groupe Etat islamique (EI).

- Sans gloire -

Massoud Barzani, descendant d'une illustre famille de combattants pour l'indépendance - il est le fils de Mustapha, chef historique du mouvement kurde en Irak - part sans gloire alors qu'il y a un mois encore, il haranguait les foules en leur promettant l'indépendance. Selon des diplomates, lors de ses fréquentes visites à Erbil avant le référendum, l'Iranien Qassem Souleimani, chargé des opérations extérieures des Gardiens de la révolution, l'armée d'élite de l'Iran voisin, lui avait prédit qu'il serait contraint au départ s'il maintenait son référendum.


Son pari, il l'a lancĂ© "avec le soutien d'une petite poignĂ©e de conseillers, pas Ă  l'issue d'une opĂ©ration dĂ©mocratique", expliquait rĂ©cemment Ă  l'AFP Kirk Sowell, expert de la politique irakienne. Il n'a pas pris au sĂ©rieux les mises en garde des pays occidentaux et notamment de son meilleur alliĂ© les États-Unis. Mais il n'a pas non plus mesurĂ© Ă  quel point l'Irak avait changĂ© aprĂšs les nombreuses victoires contre l'EI ni compris que le sentiment national Ă©tait heurtĂ© par sa dĂ©cision.

AFP

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