L'ex-prĂ©sident brĂ©silien Luiz Inacio Lula da Silva Ă©tait mercredi sur le point d'entrer au gouvernement de son hĂ©ritiĂšre politique Dilma Rousseff, qui tangue au milieu d'une tempĂȘte politique et judiciaire menaçant sa survie.
Lula, qui a présidé au boom socio-économique du Brésil entre 2003 et 2010, va devenir chef de cabinet de Mme Rousseff, a assuré le chef du groupe parlementaire au CongrÚs des députés du Parti des travailleurs (PT, gauche) au pouvoir sur son compte Twitter.
"Le ministre (Jaques) Wagner fait un geste de grandeur le jour de son anniversaire en cédant son poste. Lula assume ses fonctions" a posté le député José Guimaraes.
La présidence n'a pas confirmé immédiatement cette information mais une annonce semblait imminente.
La présidente avait renoué dans la matinée les conversations entamées mardi soir avec Lula à sa résidence.
La réunion s'est terminée à la mi-journée, a rapporté un photographe de l'AFP sur place.
- Sauver Rousseff -
Lula aurait pour principale mission de peser de tout son poids politique pour tenter d'Ă©loigner la menace de destitution qui pĂšse chaque jour plus lourdement sur Mme Rousseff, qui avait elle-mĂȘme Ă©tĂ© sa chef de cabinet.
Il aurait posé comme condition à la présidente de pouvoir articuler une réorientation de la politique économique du gouvernement, alors que le Brésil est confronté à une profonde récession.
En devenant ministre, l'icĂŽne de la gauche brĂ©silienne Ă©chapperait par la mĂȘme occasion Ă la menace d'un placement en dĂ©tention par le juge chargĂ© de l'enquĂȘte sur l'Ă©norme scandale de corruption Petrobras, qui le soupçonne de corruption et blanchiment d'argent.
Les ministres ne peuvent en effet rĂ©pondre pĂ©nalement de leur actes que devant le Tribunal suprĂȘme fĂ©dĂ©ral (STF), en charge du dossier politique de l'affaire.
Le STF doit fixer dans la journée les rÚgles précises du cheminement de la procédure d'impeachment lancée en décembre contre la présidente de gauche à l'initiative de l'opposition de droite.
L'opposition accuse le gouvernement de Mme Rousseff d'avoir sciemment maquillé les comptes publics de l'Etat en 2014, en pleine campagne électorale, pour minimiser l'ampleur des déficits et favoriser la réélection de la présidente.
Le STF avait freiné la procédure en décembre. Il doit rendre ses décisions finales mercredi ou jeudi, ce qui donnera le coup d'envoi de la reprise des hostilités au CongrÚs des députés.
Lula est considĂ©rĂ© par la gauche au pouvoir comme la seule figure capable de sauver le mandat de la prĂ©sidente, acculĂ©e par la crise politique majeure qui paralyse le BrĂ©sil, au beau milieu d'une sĂ©vĂšre rĂ©cession Ă©conomique et des rebondissements dĂ©vastateurs de l'enquĂȘte sur les dĂ©tournements de fonds au sein du gĂ©ant pĂ©trolier Ă©tatique Petrobras.
- 'Volonté de vengeance' -
Trois millions de Brésiliens ont réclamé dimanche son départ lors de manifestations d'ampleur historique à travers tout le pays.
La veille, le grand parti centriste PMDB, incontournable pilier de la majorité parlementaire, s'était donné 30 jours pour décider ou non de claquer la porte du gouvernement.
Et la situation s'aggrave de jour en jour pour Dilma Rousseff.
Le gouvernement a été frappé mardi de plein fouet par une rafale d'accusations explosives portées par l'ancien chef du groupe sénatorial du PT au pouvoir, le sénateur Delcidio Amaral, poursuivi dans le scandale de corruption Petrobras.
Dans le cadre d'un pacte de collaboration Ă l'enquĂȘte contre remise de peine, homologuĂ© mardi par le tribunal suprĂȘme, cet ex-membre de premier plan du camp prĂ©sidentiel a accusĂ© le ministre de l'Education Aloizo Mercadente, homme de confiance de Mme Rousseff, de l'avoir incitĂ© Ă ne pas parler au enquĂȘteurs pour protĂ©ger le gouvernement.
Il a fini au contraire par collaborer et a Ă©tĂ© remis en libertĂ©, aprĂšs avoir portĂ© devant les enquĂȘteurs des accusations tous azimuts contre le plus importantes figures de la classe politique brĂ©silienne.
Le sĂ©nateur Amaral a accusĂ© Mme Rousseff d'avoir man?uvrĂ© pour tenter d'entraver le cours de l'enquĂȘte et obtenir la remise en libertĂ© des patrons des plus puissants groupes de construction du pays impliquĂ©s dans le scandale Petrobras et soupçonnĂ©s d'avoir financĂ© illicitement ses campagnes Ă©lectorales.
Il a également mis en cause Lula, le vice-président Michel Temer (PMDB) qui assumerait le pouvoir jusqu'en 2018 en cas de destitution de Dilma Rousseff, et le chef de l'opposition, le président du Parti social-démocrate brésilien (PSDB) Aecio Neves, rival malheureux de Dilma Rousseff au second tour de la présidentielle de 2014.
Les personnalités mises en cause ont démenti avec véhémence les accusations du sénateur.
L'ex-ministre de la justice Eduardo Cardozo, qui a quitté récemment le gouvernement, a critiqué les déclarations "inconsistantes" du sénateur, dans un entretien au quotidien en ligne Jornal do Brasil, animées selon lui par "une claire volonté de vengeance contre le gouvernement qui n'a pas bougé pour le faire sortir de prison".
- © 2016 AFP
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