La justice européenne a donné raison mardi au Royaume-Uni sur l'un des dossiers les plus sensibles de la campagne référendaire sur l'appartenance du pays à l'Union européenne, en lui accordant le droit de limiter les aides sociales aux enfants de migrants européens.
Cette dĂ©cision, attendue, survient Ă moins de dix jours du rĂ©fĂ©rendum crucial sur l'avenir du royaume au sein de l'UE, au moment oĂč les partisans d'un "Brexit", la sortie de l'Union, sont en tĂȘte dans les sondages.
"Le Royaume-Uni peut exiger que les bĂ©nĂ©ficiaires des allocations familiales et du crĂ©dit d'impĂŽt pour enfant disposent d'un droit de sĂ©jour dans cet Ătat", a indiquĂ© la Cour de justice de l'UE (CJUE) dans un communiquĂ©, en rejetant un recours de la Commission europĂ©enne.
"Bien que cette condition soit considĂ©rĂ©e comme une discrimination indirecte, elle est justifiĂ©e par la nĂ©cessitĂ© de protĂ©ger les finances de l'Ătat membre d'accueil", a arguĂ© la Cour.
A Londres, le gouvernement s'est empressĂ© de saluer l'arrĂȘt de la CJUE, qui Ă ses yeux "soutient l'opinion selon laquelle nous sommes habilitĂ©s Ă faire en sorte que seuls les migrants europĂ©ens qui ont le droit de demeurer au Royaume-Uni peuvent bĂ©nĂ©ficier de nos prestations sociales". Cette mesure vise essentiellement les immigrĂ©s est-europĂ©ens -- le "plombier polonais" - qui s'installent en Grande-Bretagne.
La Commission européenne avait demandé en 2014 à la Cour de Luxembourg de condamner Londres pour les conditions imposées aux ressortissants de l'UE établis au Royaume-Uni avant de leur verser des allocations familiales et leur accorder le crédit d'impÎt pour les enfants.
Dans le systÚme actuel, les autorités britanniques vérifient d'abord si la personne réside bien légalement dans le pays avant de lui ouvrir le droit à ces allocations, ce qui est "discriminatoire" aux yeux de l'exécutif bruxellois, qui estime qu'il suffit d'y résider de maniÚre habituelle pour pouvoir en bénéficier.
"Ă cet Ă©gard, la Cour rappelle que le critĂšre de la rĂ©sidence habituelle, au sens du rĂšglement, n?est pas une condition nĂ©cessaire pour pouvoir bĂ©nĂ©ficier de prestations", a rĂ©pondu la Cour de justice dans son arrĂȘt.
"Dans ce cadre, la Cour relĂšve que rien ne s?oppose Ă ce que l?octroi de prestations sociales Ă des citoyens de l?Union Ă©conomiquement non actifs soit subordonnĂ© Ă l?exigence que ceux-ci remplissent les conditions pour disposer d?un droit de sĂ©jour lĂ©gal dans l?Ătat membre d?accueil", souligne l'arrĂȘt.
- 'Pingrerie britannique' -
Désavouée, et faisant contre mauvaise fortune bon coeur, la Commission européenne de Jean-Claude Juncker a estimé mardi que la décision de la CUEJ était "une clarification importante et salutaire", en se défaussant sur le précédent exécutif européen dirigé par Manuel Barroso (2004-2014).
"La façon de la Cour de clarifier est trÚs proche de ce que pense cette Commission (Juncker) et de ce que nous essayons d'appliquer dans le cadre de l'accord avec le Royaume-Uni", a plaidé le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas.
Les aides sociales aux migrants d'origine européenne installés au Royaume-Uni est l'un des sujets clés --qui alimente les arguments du camp pro-Brexit-- pendant la campagne pour le référendum du 23 juin.
L'approche restrictive du Royaume-Uni en la matiÚre avait d'ailleurs déjà reçu l'aval des 27 autres Etats membres de l'UE dans l'accord laborieusement négocié en février dernier avec son Premier ministre conservateur David Cameron afin qu'il fasse campagne en faveur du maintien dans l'Union.
Cet accord va d'ailleurs bien plus loin, en autorisant Londres Ă actionner un "frein d'urgence" permettant de couper dans les aides sociales aux non-Britanniques en cas "d'afflux de travailleurs d'autres Etats membres d'une magnitude exceptionnelle", avec l'aval de Bruxelles et des autres pays de l'Union.
Le compromis arraché par M. Cameron, sous l'immense pression de ses concitoyens et du Parti conservateur contre la hausse de l'immigration, a cependant été critiqué par plusieurs pays d'Europe de l'Est et centrale (Pologne, République tchÚque, Hongrie, Slovaquie et Roumanie) -- dont les ressortissants sont nombreux à venir travailler au Royaume-Uni.
Varsovie a dénoncé une "pingrerie britannique" vis-à -vis des enfants de migrants qui restent dans leur pays d'origine.
- © 2016 AFP
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