Biodiversité

Christophe Gatineau, des vers de terre et un homme

  • PubliĂ© le 8 avril 2023 Ă  09:03
  • ActualisĂ© le 8 avril 2023 Ă  10:02
Le ver de terre, qui joue un rÎle essentiel dans la santé des sols et de la biodiversité, voit sa survie menacée notamment par l'agriculture intensive

Célébré par Aristote, animal sacré pour Cléopùtre, étudié par Darwin, le ver de terre joue un rÎle essentiel dans la santé des sols et de la biodiversité.

Pourtant aujourd'hui il n'a plus vraiment la cote et voit sa survie menacée notamment par l'agriculture intensive.

Les gens "sont sensibles Ă  la condition animale des chiens et des chats. À la rigueur Ă  celle des Ă©lĂ©phants, des dauphins et des loups, parce que ça leur rappelle vaguement un dessin animĂ©". Mais le ver de terre, "comment pourraient-ils le connaĂźtre puisqu'ils vivent loin de la terre ?", s'interroge Christophe Gatineau dans son "Eloge du ver de terre 2", suite de son best-seller de 2018, Ă  paraĂźtre le 10 avril.

Pourtant la fonction de cet invertébré est primordiale.

"Il sont ingénieurs, digesteurs, nourrisseurs, laboureurs, rajeunisseurs" des sols et sont ainsi à la source du cycle de la nutrition, énumÚre l'ancien agronome de 61 ans.

Fils d'agriculteurs devenu écrivain, M. Gatineau cultive aujourd'hui pour le plaisir son potager en Haute-Vienne. Chaque jour, au bout de sa binette, il croise son animal préféré, sorti des profondeurs.

- "On a eu un contact " -

Mais, prévient-il, il y a vers de terre et vers de terre. En France, il en existe 150 espÚces, dans le monde 6.000 à 7.000.
Parmi les lombrics communs, il faut distinguer en surface les épigés aussi appelés vers de compost, des endogés qui restent dans le sol, et plus en profondeur les anéciques.

"Les stars du sol, ce sont eux. A travers leurs galeries verticales, l'eau va pouvoir s'infiltrer, et donc ils ont un impact direct sur la porosité des sols. Ils participent aussi au recyclage des nutriments pour nourrir les plantes via leurs excréments", explique M. Gatineau.

Pour celui qui est "né au cul des vers de terre" dans la campagne vendéenne, le déclic est intervenu à l'occasion d'une rencontre un peu particuliÚre.

"Je croise un matin un ver de terre, je remarque qu'il a un petit brin d'herbe dans la bouche. Et bĂȘtement, je tire pour lui enlever. Et lĂ , ça dure 1/100e de seconde, on a eu un contact: quand j'ai voulu lui prendre, en ayant un petit mouvement de recul, il m'a dit non. Moi, j'ai basculĂ© et Ă  partir de ce moment-lĂ , je me suis mis Ă  Ă©crire sur les vers de terre et Ă  dĂ©fendre leur cause".

Depuis, Christophe Gatineau a endossé le rÎle d'avocat des annélides. Blog, livres, lettres aux politiques, il ne ménage pas ses efforts.

- statut juridique -

Car l'heure est grave, souligne-t-il. "Quand j'étais plus jeune, il y avait de la vie dans les sols, dans l'eau, tout ça semblait éternel, établi. Et puis, un jour, il y a eu moins de vie et les vers de terre ont commencé à disparaßtre. En une génération, (...) toutes mes images d'enfance ont disparu".

En cause, selon lui, l'Ă©volution des pratiques agricoles: "A partir du moment oĂč des sols vont ĂȘtre labourĂ©s rĂ©guliĂšrement, oĂč la chimie va ĂȘtre employĂ©e, bien Ă©videmment, ce n'est pas propice aux vers de terre".

"Il y a un empoisonnement à long terme et ils meurent de faim. Pour donner un ordre de grandeur, dans les sols (cultivés), il y a 50/60 ans, on estimait les populations à une tonne d'animaux vifs (par hectare), aujourd'hui, on est à 200 kg, parfois moins".
Le réchauffement climatique joue également car "pour que les vers de terre puissent se nourrir et vivre correctement, il leur faut un certain taux d'humidité dans l'air et dans le sol".

Premier pas pour redonner ses lettres de noblesse et de meilleures chances de survie à l'invertébré: la création d'un statut juridique, estime l'agronome.

"Le ver de terre n'existe pas au regard de la loi. (...) A partir du moment oĂč la loi le reconnaĂźtra, on pourra peut-ĂȘtre faire Ă©voluer les outils agricoles, Ă©valuer les pesticides, etc. La base, c'est la reconnaissance. Sinon, vous n'existez pas".
Alors "je parle en leur nom, car personne ne le fait". "C'est parler au nom des sols en fin de compte", et donc de la vie, souligne M. Gatineau.
 

AFP

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