Trois minutes aprÚs son décollage de Charm el-Cheikh en 2004, un Boeing 737 en route pour Paris s'écrasait, faisant 148 morts: deux ans aprÚs un non-lieu qui scandalisa les familles, les investigations vont finalement reprendre pour tenter d'entendre un dirigeant de la compagnie égyptienne.
La semaine derniÚre, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a en effet jugé "insuffisantes" les tentatives menées au cours de l'instruction pour recueillir les explications de l'ex-président du conseil d'administration de Flash Airlines, la compagnie aérienne aujourd'hui disparue, a appris mardi l'AFP de source judiciaire.
Le 3 janvier 2004, l'appareil de cette compagnie à bas coût s'était abßmé en Mer Rouge trois minutes aprÚs son décollage de la station balnéaire, tuant ses 148 passagers et membres d'équipage, dont 134 Français.
L'enquĂȘte judiciaire, ouverte le jour mĂȘme Ă Bobigny pour "homicides involontaires", s'Ă©tait conclue le 11 juillet 2017 par un non-lieu. S'appuyant sur plusieurs rapports d'expertise, le juge d'instruction avait Ă l'Ă©poque pointĂ© du doigt divers "manquements" de la compagnie en matiĂšre de formation des pilotes et de respect de leur temps de repos. Ces causes indirectes avaient pu contribuer Ă "la dĂ©sorientation spatiale et aux rĂ©actions inappropriĂ©es de l'Ă©quipage", notait le magistrat.
Mais la société Flash Airlines ayant été liquidée depuis neuf ans, elle ne pouvait plus faire l'objet de poursuites judiciaires et les tentatives d'entendre les dirigeants ont été infructueuses.
Les parties civiles avaient alors attaqué cette décision de non-lieu, dénonçant l'absence de poursuites contre les anciens dirigeants de la compagnie et le manque de coopération des autorités égyptiennes.
Dans un arrĂȘt rendu le 24 septembre, la cour d'appel de Paris leur a finalement donnĂ© raison: prĂšs de 16 ans aprĂšs le crash, elle ordonne de renvoyer les 37 tomes de cette procĂ©dure entre les mains, cette fois, d'un juge du pĂŽle accidents collectifs du tribunal de Paris pour qu'il tente de recueillir les explications de ce dirigeant et examine ses Ă©ventuelles responsabilitĂ©s dans la catastrophe.
- L'Etat condamné -
"Je pensais qu'on allait perdre", a déclaré à l'AFP Claude Fouchard, président de l'association de défense des familles de victimes, qui garde à l'esprit les déconvenues des parties civiles dans plusieurs dossiers emblématiques, tels que la relaxe générale pour le crash du Mont Sainte-Odile (87 morts, neuf survivants en 1992) ou le non-lieu ordonné début septembre pour l'accident du vol AF447 Rio-Paris (228 morts en 2009).
Dans ces affaires, "on dit aux proches des victimes: +vous avez perdu les vÎtres, mais personne n'est responsable, personne n'est coupable. C'est insupportable+", réagit-il.
M. Fouchard salue nĂ©anmoins "une deuxiĂšme victoire" aprĂšs celle obtenue au civil en janvier: le tribunal de Paris a en effet condamnĂ© l'Etat Ă verser 10.000 euros de dommages et intĂ©rĂȘts Ă l'association pour les dĂ©lais dĂ©raisonnables de la justice dans cette affaire, a-t-il indiquĂ©.
"J'espÚre que cette fois, ça ne durera pas aussi longtemps. J'ai 84 ans, ça fait 15 ans et demi que je me bats", a conclu celui qui a perdu 11 membres de sa famille dans l'accident.
TrĂšs engagĂ©es dans la procĂ©dure, les familles avaient elles-mĂȘmes missionnĂ© des experts dont le rapport, publiĂ© en 2007, avait Ă©pinglĂ© tous les acteurs, y compris la Direction gĂ©nĂ©rale de l'aviation civile (DGAC), pour n'avoir pas interdit de vol la compagnie.
Selon un autre rapport en 2009, la formation du pilote n'aurait pas respecté les normes en vigueur et son "expérience précédente et sa courte formation en ligne ne permettaient pas un lùcher immédiat dans la fonction de commandant de bord", estimaient les quatre auteurs du document, dont un ingénieur en aéronautique. Les experts avaient aussi relevé la "fatigue" due au temps de service des deux pilotes lors des deux semaines précédant le crash.
AFP

