Nicaragua

Daniel Ortega, vainqueur avant mĂȘme l'ouverture des bureaux de vote

  • PubliĂ© le 7 novembre 2021 Ă  07:04
  • ActualisĂ© le 7 novembre 2021 Ă  10:34
Le président du Nicaragua Daniel Ortega et son épouse la vice-présidente  Rosario Murillo le 21 mars 2019 à Managua, au Nicaragua

GardĂ©s par environ 30.000 soldats et militaires, les bureaux de vote ouvriront dimanche au Nicaragua Ă  7H00 locales pour un scrutin sans surprise : le prĂ©sident Daniel Ortega est assurĂ© d'ĂȘtre Ă©lu pour la quatriĂšme fois consĂ©cutive, puisque tous ses rivaux sĂ©rieux ont Ă©tĂ© placĂ©s en dĂ©tention.

"Une farce", "un simulacre": Washington et l'Union européenne n'ont pas de mots assez durs pour condamner cette élection à laquelle ils dénient toute légitimité. Les journalistes de plusieurs médias internationaux se sont vus interdire l'accÚs au territoire, et le gouvernement a refusé la présence d'observateurs indépendants.

Le dernier quotidien d'opposition du pays qui paraissait encore, La Prensa, a été investi à la mi-août par la police et son directeur jeté en prison.
Une semaine avant le scrutin, Meta, la maison-mÚre de Facebook, a annoncé démantelé un millier de comptes Facebook et Instagram gérés par une "usine à trolls" du gouvernement du Nicaragua pour manipuler l'opinion. Décapitée, avec ses leaders en détention ou en exil, l'opposition prépare des manifestations au Costa Rica, à Miami ou Madrid et s'est mise d'accord sur un seul mot d'ordre pour les électeurs : "dimanche, restez à la maison".

Les Nicaraguayens ne s'y trompent pas : les cinq candidats inscrits pour affronter le chef de l'Etat sont des comparses, des faire-valoir compromis avec le pouvoir. C'est donc le taux d'abstention qui pourra seul donner une idée de l'adhésion réelle des Nicaraguayens au "ticket" formé par Daniel Ortega et son épouse Rosario Murillo, vice-présidente depuis 2017.

ComparĂ©s Ă  Frank et Claire Underwood, duo impitoyable de la sĂ©rie "House of Cards", ou surnommĂ©s "Lord et Lady Macbeth", Daniel Ortega, bientĂŽt 76 ans, et sa femme, 70 ans, forment un couple fusionnel prĂȘt Ă  tout pour conserver un pouvoir absolu qu'ils exercent d'une main de fer.
Selon un sondage Cid-Gallup, s'ils avaient le choix, 65% des 4,4 millions d'électeurs inscrits voteraient pour un candidat de l'opposition, contre 19% pour le président sortant.

En revanche, pour l'institut de sondage M&R, proche du gouvernement, Daniel Ortega et les 90 candidats au Parlement présentés par le Front sandiniste de libération nationale (FSLN, au pouvoir) recueillent 70 % des intentions de vote. "Il n'y a personne pour qui voter. C'est dans la poche pour Daniel (Ortega)", confie une femme de 46 ans à une journaliste de l'AFP. Elle demande l'anonymat : "On ne peut pas parler, sinon on te met en prison".

- Chasse aux opposants -

Trois ans aprĂšs la rĂ©pression qui a fait plus de 300 morts parmi les manifestants qui exigeaient au printemps 2018 la dĂ©mission de Daniel Ortega, et six mois avant le scrutin, la chasse aux opposants s'est en effet ouverte : 39 personnalitĂ©s politiques, hommes d'affaires, paysans, Ă©tudiants et journalistes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s depuis juin. Parmi eux, les sept candidats potentiels susceptibles de constituer une menace pour le prĂ©sident sortant. Favorite de l'opposition dans les sondages, Cristiana Chamorro, 67 ans, fille de l'ex-prĂ©sidente Violeta Chamorro (1990-1997), a Ă©tĂ© la premiĂšre arrĂȘtĂ©e, le 2 juin, et placĂ©e en dĂ©tention Ă  domicile.

Les opposants sont accusĂ©s, pĂȘle-mĂȘle, d'atteinte Ă  la souverainetĂ© nationale, de soutenir les sanctions internationales contre le Nicaragua, de "trahison Ă  la patrie" ou de "blanchiment d'argent", en vertu de loi votĂ©es fin 2020 par le Parlement, acquis au pouvoir, tout comme le pouvoir judiciaire et le tribunal Ă©lectoral.

La peur court dans le petit pays d'Amérique centrale de 6,5 millions d'habitants, le plus pauvre de la région et qui est en proie depuis les troubles de 2018 à l'inflation, au chÎmage et à la pandémie de coronavirus, dont l'ampleur est niée par le pouvoir. Depuis les manifestations du printemps 2018, plus de 100.000 Nicaraguayens ont pris le chemin de l'exil tandis que 150 opposants sont toujours derriÚre les barreaux, qualifiés par Daniel Ortega de "criminels" et de "fauteurs de coup d'Etat" à la solde de Washington.

HĂ©ros de la rĂ©volution, l'ancien guĂ©rillero Daniel Ortega est aujourd'hui accusĂ© par ses opposants d'agir de la mĂȘme façon que le dictateur Anastasio Somoza qu'il a contribuĂ© Ă  renverser en 1979. Pour l'analyste nicaraguayenne Elvira Cuadra, exilĂ©e, l'isolement du pays affectera les investissements et les financements internationaux, avec des consĂ©quences sociales et une Ă©migration croissante.

D'autant que, outre les nouvelles sanctions adoptĂ©es par les Etats-Unis et l'Union europĂ©enne, les relations se sont mĂȘme tendues avec des alliĂ©s historiques comme le Mexique et l'Argentine. Restent Cuba, le VĂ©nĂ©zuĂ©la et la Russie comme soutiens du gouvernement de M. Ortega et Mme Murillo.

AFP

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