"Bébel" pour avoir été à ses débuts le sosie de Jean-Paul Belmondo.
Ou "Fiam". Les surnoms de Jean-Louis Fiamenghi, sorti de l'ombre pour son rÎle dans l'affaire Mesrine, collent bien au personnage: l'ex-grand flic a vécu comme un "chasseur de primes"."C'était lui ou moi, lui ou nous". Ainsi l'ex-grand flic résume-t-il dans ses mémoires, récemment publiés par les Editions Mareuil ("Dans le secret de l'action"), la fin de l'ancien ennemi public numéro un Jacques Mesrine.
2 novembre 1979, Fiamenghi est dans le camion bĂąchĂ© d'oĂč les policiers ont tirĂ© sur le truand le plus recherchĂ© de France. Il a mĂȘme, ajoute-t-il, tirĂ© une balle en pleine tĂȘte.
Jusqu'à présent, son nom n'avait jamais été cité publiquement. Son identité est restée secrÚte longtemps y compris des juges qui ont instruit, à la demande de la famille du truand, une plainte pour assassinat. En vain, la justice a conclu à la légitime défense.
"Ce serait impossible aujourd'hui", rigole l'ancien super flic qui ne veut pas ĂȘtre rĂ©duit Ă cette rĂ©vĂ©lation Ă©ditoriale. "Mersine, un mĂ©galo", assure-t-il en guise de point final. "Ce fut un travail collectif, d'ailleurs la police c'est du collectif. Tout le temps".
Il est tombé dans la marmite par hasard, en 1972, aprÚs un passage dans l'armée comme son pÚre qui le voyait comme lui militaire de carriÚre.
Enfant, il avait la bougeotte, le "goĂ»t de l'action et du danger". Il va l'assouvir dans la police oĂč "Ă 22 ans je me retrouve avec un calibre" Ă "courir aprĂšs les voyous", guidĂ© par des anciens du cĂ©lĂšbre 36 Quai des OrfĂšvres, le siĂšge de la police judiciaire parisienne, oĂč il gravit les Ă©chelons.
"On Ă©tait les rois du pĂ©trole, libres, on ne comptait pas nos heures, on Ă©tait un peu comme des chasseurs de primes", se souvient-il. Un temps qu'il sait "rĂ©volu", oĂč les procĂ©dures Ă©taient moins lourdes.
- "Quel tableau de chasse" -
"La procédure, il s'est assis dessus, ce n'était pas son truc", dit d'ailleurs un actuel grand "patron" de PJ, "mais quel tableau de chasse ...".
"Fiam", aux origines corses et l'un des meilleurs spĂ©cialistes du sujet, a pistĂ© et retrouvĂ© en 2003 Yvan Colonna, condamnĂ© pour l'assassinat du prĂ©fet Erignac. DirigĂ© le Raid, l'unitĂ© d'Ă©lite de la police, ou le service de protection des personnalitĂ©s et de l'Etat. Fait ses armes Ă la brigage "anti-gang" et Ă la rĂ©pression du banditisme (BRB). EnseignĂ© la technique policiĂšre au Cameroun ou en Tunisie oĂč il a assurĂ© la protection de l'ex-prĂ©sident Habib Bourguiba.
Puis fini directeur de cabinet du préfet de police de Paris, Michel Gaudin, sous le gouvernement Sarkozy, avant de la quitter en 2014 lors d'un pot de départ resté dans les mémoires en présence de cinq ministres de l'Intérieur. Dont Manuel Valls qui ne l'avait pas remercié comme il le fit avec M. Gaudin, que "Fiam" défend avec vigueur.
Sarkoziste, lui ? "Je l'admire, j'ai de la gratitude, Colonna c'est lui qui nous donne les moyens, c'est un meneur d'hommes", dit-il. "Mais je lui ai rendu service aussi", nuance-t-il, et la "politique trÚs peu pour moi". Il raconte d'ailleurs comment Sarkozy a failli tout abandonner durant les émeutes de 2005.
"J'ai toujours marchĂ© Ă l'adrĂ©naline, je me suis rarement posĂ©", raconte aussi l'ancien prĂ©fet dont chacun loue, mĂȘme ses ennemis, son "sens de l'ordre", son "contact innĂ©" avec ses hommes. Ou les voyous: il rencontre fortuitement Mesrine bien avant 1979, derriĂšre une grille. Et le truand lui donne ... une recette de gigot.
"Je suis un taiseux", assure-t-il encore, étonné d'avoir cédé à l'exercice parfois agaçant des mémoires de flic. Il est aujourd'hui le M. sécurité du groupe Véolia, 175.000 salariés dans 50 pays.
Par Sophie LAUBIE - © 2016 AFP
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