De la province syrienne de Deraa

Déluge de feu sur les zones rebelles

  • PubliĂ© le 5 juillet 2018 Ă  11:53
  • ActualisĂ© le 5 juillet 2018 Ă  12:18
De la fumée s'élÚve au-dessus des zones contrÎlées par les rebelles dans la ville de Saida, à environ 10 km à l'est de Deraa, lors de frappes aériennes menées par les forces du régime syrien selon une ONG, le 4 juillet 2018

Le régime syrien et son allié russe ont soumis à un déluge de feu les secteurs rebelles de la province de Deraa aprÚs l'échec des négociations avec les insurgés, une escalade inédite depuis le début de l'offensive sur cette région du sud du pays en guerre.

Toute la nuit de mercredi Ă  jeudi, des "centaines" de missiles et de barils d'explosifs ont Ă©tĂ© lancĂ©s par les aviations syrienne et russe sur les zones rebelles notamment prĂšs de la ville de Deraa, chef-lieu de la province du mĂȘme nom, a indiquĂ© l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Et les frappes se poursuivent jeudi matin.

"Les avions syriens et russes tentent de transformer ces zones en enfer", a affirmĂ© le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, en parlant d'un "bombardement hystĂ©rique sur la province de Deraa dans une tentative de faire plier les rebelles aprĂšs leur refus de se soumettre aux conditions russes pour un arrĂȘt des combats". Selon un correspondant de l'AFP Ă  l'entrĂ©e de la ville de Deraa, le pilonnage, qui n'a pas cessĂ© de la nuit, est le plus violent depuis le dĂ©but le 19 juin de l'assaut lancĂ© par le rĂ©gime pour reprendre la totalitĂ© de la province, qui borde la frontiĂšre avec la Jordanie et le plateau du Golan en majeure partie occupĂ© par IsraĂ«l.

A la faveur des bombardements, les forces du régime ont réussi, pour la premiÚre fois depuis plus de trois ans, à prendre jeudi le contrÎle d'un poste de sécurité à la frontiÚre avec la Jordanie, selon l'OSDH. D'aprÚs l'ONG, six civils dont une femme et quatre enfants ont été tués dans les violents bombardements sur la ville de Saida, dans l'ouest de la province.

"La peur de tout"

"Il s'agit de la nuit la plus dure et la plus violente depuis le début de l'offensive barbare du régime syrien et des forces d'occupation russes", a écrit sur Twitter le militant syrien Omar al-Hariri, présent dans la ville de Deraa.

"Depuis l'annonce de l'échec des négociations, les bombardements n'ont pas cessé un seul instant", a déclaré à l'AFP Samer Homsi, 47 ans, qui a fui la ville de Deraa avec sa femme et ses quatre enfants. "Les gens ici vivent sous les arbres ou dans des tentes bondées, rien ne nous protÚge des frappes", déplore-t-il. "La situation est trÚs difficile. Nous vivons au milieu des oliviers, dans la peur de tout, des bombardements, sans eau ou assistance médicale proche".

Les bombardements dans la province de Deraa avaient repris mercredi soir aprÚs l'annonce par les insurgés d'un échec des négociations avec la Russie qui cherche à convaincre les insurgés de rendre leurs armes. Le régime a ouvert ce nouveau front dans le sud aprÚs avoir consolidé son pouvoir sur Damas et ses environs, en chassant rebelles et jihadistes, et avoir repris d'autres régions. Il contrÎle actuellement plus de 60% du territoire syrien, selon l'OSDH.

Adoptant une stratégie alliant bombardements meurtriers et négociations parrainées par Moscou, le pouvoir du président Bachar al-Assad a reconquis une trentaine de localités rebelles dans la province de Deraa, notamment avec des accords dits de "réconciliation" qui s'apparentent à des capitulations.

Réunion de l'ONU

Mais les insurgés ont annoncé mercredi "l'échec" des négociations. Les Russes ont proposé que les rebelles remettent leurs artilleries lourde et moyenne et qu'ils rejoignent la vie civile ou s'enrÎlent dans des forces progouvernementales antijihadistes. Les Russes ont insisté pour que l'artillerie lourde (des rebelles) soit abandonnée en une seule fois, ce que les rebelles ont refusé.

Face à l'offensive du régime dans le sud, la communauté internationale se révÚle, une nouvelle fois, impuissante. Depuis 2011, toutes les initiatives internationales visant à trouver une solution au conflit en Syrie qui a fait plus de 350.000 morts ont échoué. Le Conseil de sécurité de l'ONU doit tenir jeudi une réunion d'urgence à huis clos pour discuter de la situation dans le sud, selon des sources diplomatiques.

Les violences dans cette rĂ©gion ont fait entre 270.000 et 330.000 dĂ©placĂ©s depuis le 19 juin, selon l'ONU, certains trouvant refuge prĂšs des frontiĂšres jordanienne et israĂ©lienne, oĂč ils vivent dans un dĂ©nuement total.

Mais ni la Jordanie ni Israël ne veut les accueillir et, face au risque d'une crise humanitaire, l'organisation Human Rights Watch a appelé les deux pays à ouvrir leurs frontiÚres.

 - © 2018 AFP

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