Hommage

Dernier bain de foule pour Jacques Chirac, aux Invalides

  • PubliĂ© le 29 septembre 2019 Ă  17:49
  • ActualisĂ© le 29 septembre 2019 Ă  19:00
Les Français font la queue dans la cour des Invalides pour saluer la dépouille de l'ex-président Jacques Chirac, le 29/09/2019

Des larmes, des roses, des pommes et la pluie... Plusieurs milliers de personnes sont venus dimanche rendre un dernier hommage Ă  Jacques Chirac, certains postĂ©s depuis l'aurore devant les grilles des Invalides oĂč le cercueil de l'ancien chef d'Etat Ă©tait exposĂ©.

"C'est la premiÚre figure emblématique que j'ai connue de la France". Luca Gautier n'aurait raté pour rien au monde cette occasion d'un ultime adieu à ce "grand homme, charismatique, populaire, humain".

Le jeune homme de 19 ans est arrivĂ© Ă  6h du matin de Cognac devant les grilles bleues de la cour pavĂ©e des Invalides. "Je lui ai Ă©crit des lettres de son vivant, et lĂ  y en a une qui est prĂȘte, je suis sĂ»r qu'il l'aura" dit-il en pressant sa main contre le revers de son veston.

"TrĂšs Ă©mu", Luca confie avoir versĂ© une larme Ă  l'annonce de sa mort, "la mĂȘme larme que lorsque le cortĂšge est passĂ© tout Ă  l'heure. Elle a pris le temps de rouler".

A la brasserie La Source à cÎté du monument au dÎme doré, on observe la file d'attente. "C'est un truc de dingue cette foule. Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait un bout de Chirac dans le coeur de chaque Français", s'étonne Joël Barde, un serveur.

Dans la cour des Invalides, l'ambiance est solennelle malgrĂ© les dizaines de journalistes rassemblĂ©s dans un coin. Le parcours a Ă©tĂ© dĂ©limitĂ© par des rubans pour conduire les visiteurs jusqu'Ă  l'Ă©glise dont l'entrĂ©e est encadrĂ©e par deux drapeaux français oĂč le cercueil est exposĂ©.

 

 

La voix grave de l'ancien prĂ©sident rĂ©sonne entre les quatre murs de la cour, oĂč des enceintes diffusent ses anciens discours, entrecoupĂ©s de la suite N°1 de Bach au violoncelle.

Dans le livret remis à l'entrée aux visiteurs, des citations de Jacques Chirac, des extraits de poésies qu'il aimait et de cours textes décrivant l'homme et ses journées...

Philippe Yanez a dĂ©jĂ  fait ses adieux plusieurs fois Ă  l'ancien prĂ©sident. D'abord rue de Tournon, au dernier domicile de Jacques Chirac, puis Ă  l'ElysĂ©e oĂč il a Ă©crit un mot "Ă  deux heures du matin".

"Il fallait que je sois là. En 95, j'étais à vélo, quand tout le monde le suivait. Et à un feu rouge, il a baissé sa vitre et m'a serré la main (...) De voir passer le corbillard, ça m'a rappelé 95, l'escorte, les motos. Mais pas la main..." déclare les yeux humides le sexagénaire de Chatenay-Malabry (Hauts-de-Seine).

Plus loin dans la foule, Virginie Ferrera, 48 ans, est venue, non sans humour, avec une pomme. "Je l'aimais bien ce monsieur", sourit-elle.

- "De cette trempe, il n'y en a plus" -

A 14H00, les premiers visiteurs pénÚtrent dans l'enceinte et immortalisent l'instant avec leur téléphone portable, tandis que le reste de la foule patiente sous le ciel maussade, certains une fleur à la main, d'autres une pomme dans la poche ou avec une pancarte "Adieu président, vous nous manquez déjà".

Parmi les personnes qui se recueillent quelques secondes devant le cercueil, peu d'enfants, une majoritĂ© de tĂȘtes grises, plusieurs personnes en fauteuil roulant et mĂȘme un homme allongĂ© sur son brancard.

A la sortie du métro, Ibrahima Diawafa n'a pas encore pris place dans la longue queue de milliers de personnes qui serpente autour du pùté de maisons sur des centaines de mÚtres.

Une fleur à la main, il explique "avoir grandi sous son septennat et son quinquennat". "Grùce à lui, ma famille, mes six frÚres et mes parents maliens, nous avons pu avoir un logement à Villepinte. Y passer nos premiers Noëls ensemble", confie le jeune homme de 28 ans, qui se dit "de gauche".

"C'est une personne qui a bercé 53 ans de ma vie" raconte Isabelle Houdebert, une enseignante versaillaise, arrivée à 9h. "J'admirais son humanité, sa simplicité, sa culture, son amour de bien vivre, sa stature de chef d'Etat. De cette trempe, il n'y en a plus. Je vais lui écrire un petit mot pour le remercier de ce qu'il a fait".

Les yeux embrumés, Luca remet son enveloppe violette à un homme qui veille sur les cahiers de condoléances. "Je la glisserai dedans", lui promet celui-ci.

AFP

guest
0 Commentaires