Etats-Unis

Destitution: Donald Trump choisit l'affrontement avec le CongrĂšs

  • PubliĂ© le 9 octobre 2019 Ă  07:54
  • ActualisĂ© le 9 octobre 2019 Ă  09:34
Le président américain Donald Trump lros d'une cérémonie dans le Bureau ovale mardi 8 octobre 2019

AprĂšs plusieurs jours d'atermoiements, Donald Trump a choisi la guerre ouverte avec le CongrĂšs: la Maison Blanche a annoncĂ© qu'elle refusait de coopĂ©rer Ă  l'enquĂȘte en cours en vue d'une Ă©ventuelle procĂ©dure de destitution.

Argument central de l'exécutif américain: les investigations menées par les élus démocrates de la Chambre des représentants sur l'affaire ukrainienne ne sont ni légitimes, ni impartiales.

La réaction de la cheffe des démocrates au CongrÚs ne s'est pas faite attendre, Nancy Pelosi dénonçant, dans un communiqué, un refus qui n'est "que la derniÚre tentative" de la Maison Blanche "de camoufler sa trahison de notre démocratie".

Ce n'est simplement qu'une "autre tentative de cacher les faits sur les efforts éhontés de l'administration Trump de faire pression sur des pouvoirs étrangers afin qu'ils interfÚrent dans les élections de 2020", poursuit-elle.

Pat Cipollone, avocat de la présidence, avait envoyé quelques heures plus tÎt un courrier à Mme Pelosi. "Pour faire simple, vous essayez d'annuler les résultats de l'élection de 2016 et de priver les Américains du président qu'ils ont librement choisi", argue-t-il.

Parmi les griefs de l'exĂ©cutif, M. Cipollone met en exergue l'absence de vote formel Ă  la Chambre pour dĂ©clencher ce processus. "Dans ces circonstances, le prĂ©sident Trump et son administration ne peuvent participer Ă  votre enquĂȘte partisane et anticonstitutionnelle", Ă©crit-il dans cette lettre de huit pages.

Les démocrates veulent déterminer dans quelle mesure le président américain a fait pression sur son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky lors d'un échange téléphonique afin qu'il cherche des informations compromettantes sur son rival Joe Biden. Donald Trump estime lui que cet appel était "parfait".

EmpĂȘcher le CongrĂšs d'avancer dans son enquĂȘte pourrait constituer une entrave Ă  la justice, rappellent-ils, soulignant que cela avait Ă©tĂ© l'un des trois motifs de destitution retenus Ă  l'encontre du prĂ©sident Richard Nixon en 1974, avant sa dĂ©mission.

- "Tribunal bidon" -

Marquant son soutien Ă  la stratĂ©gie d'affrontement de Donald Trump, Mitch McConnell, chef de la majoritĂ© rĂ©publicaine au SĂ©nat, a estimĂ© que la Chambre n'avait "pas suivi les mĂȘmes procĂ©dures de base qu'elle avait respectĂ©es pour tous les autres prĂ©sidents".

TrĂšs attendue, la missive de l'avocat a Ă©tĂ© envoyĂ©e au CongrĂšs quelques heures aprĂšs l'annonce de la dĂ©cision d'empĂȘcher l'ambassadeur des Etats-Unis auprĂšs de l'Union europĂ©enne de tĂ©moigner devant les Ă©lus.

Venu de Bruxelles pour participer volontairement à l'audition , M. Sondland a été informé au milieu de la nuit par le département d'Etat qu'il ne devait pas s'y présenter.

M. Trump a justifiĂ© cet arbitrage en qualifiant les auditions du CongrĂšs de "tribunal bidon". "Un abus de pouvoir", a dĂ©noncĂ© Mme Pelosi qui avait fait l'annonce choc, fin septembre, de l'ouverture de l'enquĂȘte en vue d'une mise en accusation ("impeachment").

"Le prĂ©sident Trump doit arrĂȘter de faire obstruction au CongrĂšs", a lancĂ© le candidat dĂ©mocrate Joe Biden, Ă  l'image entachĂ©e de fait par cette affaire ukrainienne.

En interdisant Ă  l'ambassadeur Gordon Sondland, "acteur-clĂ©" dans l'affaire ukrainienne, de tĂ©moigner, la Maison Blanche tente encore "de freiner et d'entraver l'enquĂȘte", se sont indignĂ©s les chefs dĂ©mocrates des commissions chargĂ©es des investigations. Ils lui ont adressĂ© mardi une injonction exigeant qu'il tĂ©moigne le 16 octobre et prĂ©sente des documents que le dĂ©partement d'Etat refuse de livrer.

- Un appel "effrayant" -

Homme d'affaires ayant fait fortune dans le secteur hÎtelier, M. Sondland a contribué à financer la campagne et la cérémonie d'investiture de Donald Trump, dont il est devenu proche. Il a participé cette année à des échanges de SMS entre diplomates qui sont désormais au coeur de l'affaire ukrainienne.

C'est par un mystérieux lanceur d'alerte que toute l'affaire est remontée jusqu'au CongrÚs. Membre des services de renseignement, il avait jugé qu'avec cet appel, M. Trump avait "sollicité l'ingérence" de l'Ukraine dans la campagne pour sa réélection.

N'ayant pas assisté à l'appel, il s'est basé sur les témoignages de personnes présentes, dont un responsable de la Maison Blanche "visiblement sous le choc", qui avait décrit un échange "fou" et "effrayant", d'aprÚs des extraits des premiÚres notes du lanceur d'alerte, publiées par des médias américains mardi.

- Giuliani invité au Sénat -

"Nous savons que l'ambassadeur Sondland a Ă©tĂ© un acteur-clĂ© dans les efforts pour obtenir de l'Ukraine son engagement Ă  enquĂȘter sur une thĂ©orie du complot fallacieuse concernant l'Ă©lection (prĂ©sidentielle) de 2016 ainsi que Joe Biden et son fils" Hunter, a dĂ©clarĂ© Adam Schiff, prĂ©sident de la commission du Renseignement Ă  la Chambre.

Les démocrates espÚrent entendre vendredi l'ancienne ambassadrice des Etats-Unis à Kiev, Marie Yovanovitch, que Donald Trump avait critiquée lors de l'appel.

Signe de la contre-attaque républicaine, Lindsey Graham, un grand allié du président au Sénat, a annoncé mardi qu'il comptait inviter l'avocat personnel de Donald Trump, l'excentrique Rudy Giuliani, à témoigner sur des affaires présumées de "corruption" en Ukraine.

Comprendre: les républicains comptent désormais donner une plateforme solennelle aux soupçons que l'avocat propage depuis des mois sur les Biden.

AFP

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