Afghanistan

Deux investitures présidentielles et un avenir en suspens

  • PubliĂ© le 9 mars 2020 Ă  11:02
  • ActualisĂ© le 9 mars 2020 Ă  18:15
Le président afghan Ashraf Ghani, le 3 mars 2020 à Jalalabad

Deux cĂ©rĂ©monies d'investiture prĂ©sidentielle concurrentes sont prĂ©vues lundi en Afghanistan, l'une pour Ashraf Ghani, réélu en septembre, l'autre pour Abdullah Abdullah, arrivĂ© second, au moment oĂč le gouvernement de Kaboul, affaibli par ces querelles, doit bientĂŽt nĂ©gocier l'avenir du pays avec les talibans.

Le scĂ©nario rappelle les pires moments du scrutin de 2014, que les deux mĂȘmes protagonistes affirmaient Ă©galement avoir remportĂ©. M. Abdullah, qui avait alors dĂ©noncĂ© des fraudes "industrielles", n'avait toutefois pas organisĂ© son sacre. AprĂšs trois mois de crise constitutionnelle et une mĂ©diation de Washington, il avait acceptĂ© un poste de chef de l'exĂ©cutif.

Un tel dénouement n'étant pour l'instant pas à l'ordre du jour, l'Afghanistan s'oriente vers une crise institutionnelle profonde. Des discussions de derniÚre minute visant à trouver un compromis ont duré jusqu'à tard dans la nuit de dimanche à lundi mais n'ont pas abouti. Dans la matinée, le porte-parole de M. Ghani a annoncé que la cérémonie, prévue tÎt le matin, avait été repoussée à l'aprÚs-midi.

De son cĂŽtĂ©, le porte-parole de M. Abdullah, Faraidoon Khwazoon, a dit Ă  l'AFP que la cĂ©rĂ©monie pour le second aurait lieu comme prĂ©vu le matin, en ajoutant cependant que "les choses peuvent changer". Dans tous les cas, le moment ne pourrait ĂȘtre plus mal choisi car un dialogue inter-afghan doit rĂ©unir mardi les talibans, les autoritĂ©s, l'opposition et la sociĂ©tĂ© civile, pour tenter de trouver un terrain d'entente sur l'avenir du pays. La division au sein de l'exĂ©cutif ne peut qu'affaiblir Kaboul et renforcer les positions des insurgĂ©s.

Ces nĂ©gociations, actĂ©es dans l'accord signĂ© le 29 fĂ©vrier Ă  Doha entre Etats-Unis et insurgĂ©s, devraient ĂȘtre retardĂ©es. Ashraf Ghani refuse d'honorer l'un des principaux points de cet accord, non ratifiĂ© par son gouvernement: la libĂ©ration de jusqu'Ă  5.000 prisonniers talibans en Ă©change de celle de jusqu'Ă  1.000 membres des forces afghanes. "Les talibans vont dire Ă  l'Ă©quipe du gouvernement de rĂ©gler leurs problĂšmes internes puis venir et parler", pronostique l'analyste Atta Noori, interrogĂ© par l'AFP. "L'unitĂ© est leur seule option s'ils veulent gagner Ă  la table des nĂ©gociations." Les talibans, toujours opposĂ©s aux Ă©lections en Afghanistan, n'ont jamais reconnu le gouvernement de Kaboul.

- "IntĂ©rĂȘts personnels" -

Avec trĂšs peu de nouvelles idĂ©es, les deux hommes politiques ont aussi perdu la confiance d'une grande partie de la population. "Il est impossible d'avoir deux prĂ©sidents dans un seul pays", soupire Ahmad Jawed, un chĂŽmeur de 22 ans, demandant aux candidats "de mettre leurs intĂ©rĂȘts personnels de cĂŽtĂ© et de penser Ă  leur pays plutĂŽt que de se battre pour le pouvoir". "Ils font des promesses pendant leurs campagnes mais ne les tiennent pas", dĂ©plore Noman Formuli, un habitant de Kaboul. "Ils ont promis d'amener la sĂ©curitĂ©, ils ont Ă©chouĂ©. Ils ont promis des emplois pour le pays, ils ont Ă©chouĂ©", observe le jeune homme de 24 ans.

Les résultats définitifs de la présidentielle, organisée en septembre, n'avaient été annoncés qu'en février, en raison notamment du dépÎt par les candidats de 16.500 plaintes pour irrégularités.

Ashraf Ghani a obtenu 50,64% des 1,8 million de votes pris en compte. Abdullah Abdullah, qui n'a réuni que 39,52% des suffrages, a qualifié ces résultats de "trahison nationale"

Pendant ce temps, les combats ont repris de plus belle dans les campagnes depuis que les insurgĂ©s ont mis fin le 2 mars Ă  une trĂȘve partielle de neuf jours et repris leur offensive contre les forces de sĂ©curitĂ© afghanes, tuant des dizaines de personnes en une semaine.

La capitale n'a pas été épargnée, avec une attaque revendiquée par le groupe Etat Islamique qui a fait 32 morts et des dizaines de blessés vendredi.
La trĂȘve partielle, pendant laquelle le nombre des attaques s'Ă©tait effondrĂ©, avait Ă©tĂ© imposĂ©e par Washington aux insurgĂ©s en tant que prĂ©alable Ă  l'accord signĂ© Ă  Doha le 29 fĂ©vrier. Selon ce texte, les Etats-Unis s'engagent Ă  un retrait complet des troupes Ă©trangĂšres dans les 14 mois, en Ă©change de garanties des talibans.
AFP

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