Moteurs diesel truqués

Dieselgate: Volkswagen affronte ses clients devant la justice allemande

  • PubliĂ© le 30 septembre 2019 Ă  06:10
  • ActualisĂ© le 30 septembre 2019 Ă  07:47
Montage réalisé par un militant de Greenpeace autour du logo du constructeur automobile allemand sur la carosserie d'une voiture VW garée devant le quartier général de Volkswagen, à Wolfsburg le 9 novembre 2015

Le premier grand procÚs de consommateurs en Allemagne s'ouvre lundi contre Volkswagen, regroupant des centaines de milliers de clients qui demandent réparation pour leurs voitures diesel truquées, quatre ans aprÚs l'éclatement du "dieselgate".

L'audience, qui devrait s'étaler sur plusieurs années, s'ouvre à 08H00 GMT au tribunal régional de Brunswick, à une trentaine de kilomÚtres du siÚge historique de Volkswagen à Wolfsburg (Basse-Saxe).

Plus de 450.000 personnes se sont inscrites pour cette requĂȘte groupĂ©e -- la premiĂšre de ce type en Allemagne, selon une procĂ©dure adoptĂ©e dans la foulĂ©e du dieselgate. L'association de consommateurs VZBV fait office de requĂ©rant unique et accuse le groupe automobile d'avoir dĂ©libĂ©rĂ©ment nui Ă  ses clients en installant Ă  leur insu un logiciel faisant paraĂźtre le vĂ©hicule moins polluant qu'il ne l'est en rĂ©alitĂ©.

Ce procÚs est pour l'instant le plus important en Allemagne dans ce scandale à tiroirs, alors que le constructeur tente de tourner la page en misant sur l'électrique.

ConcrÚtement, les juges devront trancher une cinquantaine de points, mais la question principale sera de déterminer si Volkswagen a "causé un préjudice" et agi "de maniÚre contraire à l'éthique".
Klaus MĂŒller, directeur de la VZBV, se dit "convaincu" de voir le tribunal conclure en ce sens. Mais Volkswagen soutient qu'il "n'y a pas de dommages et donc pas de fondement Ă  cette requĂȘte".

- 30 milliards d'euros -

"Encore aujourd'hui, des centaines de milliers de vĂ©hicules sont utilisĂ©s" sur les routes, insiste Martina de Lind van Wijngaarden, avocate de l'entreprise. MĂȘme s'il s'avĂ©rait dĂ©favorable Ă  Volkswagen, le jugement n'entraĂźnera pas directement un remboursement: chaque consommateur enregistrĂ© devra ensuite faire valoir ses droits individuellement.

L'examen de cette requĂȘte collective devrait durer au moins jusqu'en 2023 en raison d'un appel possible devant la Cour fĂ©dĂ©rale, selon Volkswagen. Les procĂ©dures individuelles peuvent encore prendre plus d'un an par la suite.
Pour Ă©courter la procĂ©dure, la VZBV est "ouverte" Ă  un accord Ă  l'amiable mais "dans ce cas, Volkswagen devrait malgrĂ© tout payer une somme significative", a expliquĂ© M. MĂŒller Ă  l'AFP.

Le constructeur estime qu'un tel accord est "peu imaginable" en raison de l'hétérogénéité des situations: une partie des dossiers seraient des doublons ou concernent des clients résidant à l'étranger ou ayant acheté leur voiture aprÚs la révélation de l'affaire.
Une deuxiĂšme audience est prĂ©vue le 18 novembre. En parallĂšle de la procĂ©dure groupĂ©e, 61.000 requĂȘtes individuelles ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©es en Allemagne, dont une partie ont abouti Ă  des accords extra-judiciaires.

- Virage électrique -

Le scandale remonte à 2015, quand Volkswagen a avoué avoir équipé 11 millions de véhicules de logiciels truqueurs. Il a depuis coûté au groupe plus de 30 milliards d'euros en frais juridiques, amendes et dédommagements, déboursés pour l'essentiel aux Etats-Unis.
Pour l'heure, le constructeur n'a payé en Allemagne que trois amendes d'un total de 2,3 milliards d'euros, mais reste sous la menace d'une cascade de procédures civiles et pénales.

Ainsi, dans un procÚs engagé il y a un an, des investisseurs réclament un dédommagement pour la chute spectaculaire du cours en Bourse aprÚs l'éclatement du dieselgate.

La semaine passée, l'actuel patron Herbert Diess et le président du conseil de surveillance du groupe Hans Dieter Pötsch ont été renvoyés devant les juges pour manipulation de cours de Bourse. L'ex-patron Martin Winterkorn, qui a dû démissionner en 2015, a lui, en plus, été renvoyé pour "fraude".

Pour Volkswagen, le scandale du diesel "appartient Ă  l'histoire du groupe" au mĂȘme titre que "la coccinelle et la Golf", reconnaĂźt Ralf BrandstĂ€tter, responsable de la marque VW.
Mais il assure que le groupe a "profondément changé": le constructeur mise 30 milliards d'euros sur sa nouvelle gamme électrique pour "regagner l'estime de la société".

Au-delĂ  du front judiciaire, le scandale a accĂ©lĂ©rĂ© le dĂ©clin du diesel et les voitures diesel risquent d'ĂȘtre bannies de plusieurs villes allemandes en raison de leur niveau de pollution en oxydes d'azote (NOx).

AFP

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