Seine-et-Marne

Disparition d'Estelle Mouzin en 2003: Michel Fourniret a "reconnu les faits"

  • PubliĂ© le 7 mars 2020 Ă  22:29
  • ActualisĂ© le 8 mars 2020 Ă  07:22
Michel Fourniret arrivant en Mai 2008 Ă  une audience au tribunal de Charleville-Mezieres

AprÚs des années de dénégations, le tueur en série Michel Fourniret a reconnu lors de son dernier interrogatoire à Paris l'enlÚvement et le meurtre d'Estelle Mouzin, fillette de neuf ans disparue en 2003 en Seine-et-Marne, une affaire aux nombreux rebondissements.

Michel Fourniret "a reconnu sa participation aux faits", a indiqué samedi le parquet de Paris, sans plus de précisions, confirmant une information du Point et d'Europe 1. Le parquet n'a pas indiqué si Michel Fourniret a livré des indications sur la localisation du corps et le déroulé des faits, lors des trois jours d'interrogatoires conclus vendredi dans le bureau de la juge d'instruction parisienne Sabine Kheris.

C'est la premiÚre fois que "l'ogre des Ardennes", qui souffrirait d'un début d'Alzheimer et dont les déclarations énigmatiques ont souvent dérouté la justice, exprime des aveux aprÚs une série de sous-entendus. "Nous disions depuis des années avec Me Corinne Herrmann qu'il est la piste n°1", a réagi auprÚs de l'AFP Me Didier Seban, l'un des deux avocats d'Eric Mouzin, le pÚre de la fillette. "Pour nous les aveux ne changent pas le fond du dossier. Il faut maintenant connaßtre les circonstances et retrouver Estelle", dix-sept ans aprÚs sa disparition, a-t-il ajouté.

Joint par l'AFP, les avocats de Michel Fourniret n'ont pas souhaité réagir. Le tueur en série de 77 ans a été mis en examen le 27 novembre dernier, pour "enlÚvement et séquestration suivis de mort", aprÚs un spectaculaire revirement de son ex-épouse et complice, Monique Olivier, qui avait fini par contredire son alibi.

- "Joueur d'échec" -

Mais le tueur en sĂ©rie, qui a souvent jouĂ© au chat et Ă  la souris avec les enquĂȘteurs, n'Ă©tait toutefois pas passĂ© formellement aux aveux, selon son audition consultĂ©e par l'AFP. "Il est fort possible, mĂȘme trĂšs probable, que j'aie Ă©tĂ© l'auteur de cette disparition mais je ne sais pas quoi vous dire", avait-il dĂ©clarĂ©, assurant que rien ne faisait "tilt" dans sa tĂȘte lorsqu'on le confrontait Ă  une photo de la fillette.

"Dans l'impossibilitĂ© oĂč je suis de vous dire 'oui, je suis responsable de sa disparition' (...) je vous exhorte Ă  me considĂ©rer comme coupable", avait-il ajoutĂ© tout en assurant ĂȘtre "un joueur d'Ă©checs", prenant plaisir Ă  la confrontation avec sa juge. Le soir du 9 janvier 2003, Estelle Mouzin avait disparu alors qu'elle rentrait de l'Ă©cole Ă  Guermantes (Seine-et-Marne). Son corps n'a jamais Ă©tĂ© retrouvĂ©. Michel Fourniret a plusieurs fois Ă©tĂ© soupçonnĂ©, la premiĂšre fois en 2006, mais il avait Ă©tĂ© mis hors de cause l'annĂ©e suivante.

Six ans plus tard, l'expertise de milliers de poils et cheveux prĂ©levĂ©s dans sa voiture n'avait pas permis pas de trouver des traces d'Estelle. Mais les spĂ©culations sur son implication avaient Ă©tĂ© relancĂ©es en mars 2018 aprĂšs son audition par la juge Kheris dans l'enquĂȘtes sur les meurtres non-rĂ©solus de Joanna Parrish et Marie-AngĂšle Domece, tuĂ©es en 1988 et 1990 dans l'Yonne.

Il avait déclaré que la disparition d'Estelle Mouzin était "un sujet à creuser", estimant avoir le "cul merdeux" dans cette affaire, qui avait donc été jointe l'année suivante aux investigations de Sabine Kheris. Réinterrogée fin janvier cette année, Monique Olivier avait assuré à la juge que son ex-mari avait tué la fillette, selon son avocat Richard Delgenes. "On a plus avancé aujourd'hui en six heures qu'en dix ans" d'instruction, avait déclaré l'avocat.

Monique Olivier, en conflit ouvert avec son ex-mari, a invoqué trois raisons pour l'incriminer: Estelle Mouzin avait le "profil type" de ses victimes, il aurait effectué des repérages et son alibi était faux. Le tueur en série avait en effet toujours assuré qu'il se trouvait à son domicile de Sart-Custinne, en Belgique, le jour de la disparition d'Estelle Mouzin à 250 km de là. En guise de preuve, il affirmait avoir passé un coup de fil à son fils ce soir-là, pour son anniversaire, attesté par des relevés téléphoniques.

Or Monique Olivier affirme désormais avoir passé, à la place de son ex-mari et à sa demande, cet appel censé le dédouaner. Décrit par l'expert psychiatre Daniel Zagury comme "le tueur en série français le plus abouti", Michel Fourniret a déjà été condamné pour les meurtres de huit jeunes femmes ou adolescentes entre 1987 et 2001.

AFP

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