Au moins un homme est mort lors de manifestations violentes contre un centre de quarantaine destiné à des Américains présentant des risques de contamination à la fiÚvre hémorragique Ebola dans le centre du Kenya, a confirmé une ONG de défense des droits humains kényane.
Le centre est en construction sur la base aérienne de Laikipia prÚs de la ville touristique de Nanyuki, et prévoit d'accueillir des ressortissants américains exposés à l'épidémie de virus Ebola qui sévit depuis le 15 mai en République démocratique du Congo (RDC).
Le projet suscite la crainte de Kenyans, qui ont peur de voir arriver des personnes atteintes de la maladie, trÚs contagieuse, dans ce pays d'Afrique de l'Est qui n'a jamais enregistré aucun cas d'Ebola et n'a pas de frontiÚre commune avec la RDC.
Une manifestation rassemblant des centaines de personnes mardi à Nanyuki a dégénéré dans le quartier informel de Likii, des centaines de protestataires brûlant des pneus et jetant des pierres sur des policiers, qui ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogÚnes et avec un canon à eau.
Des tirs ont été entendus et un journaliste de l'AFP à Nanyuki a vu un homme saignant abondamment du crùne, sans pouvoir déterminer avec certitude s'il avait été tué. "Sa mort est confirmée. Nous attendons sa famille", a déclaré plus tard à l'AFP Hussein
Khalid, le directeur de l'ONG Vocal Africa, qui a imputé ce décÚs à la police kényane.Un autre manifestant a été blessé par un jet de gaz lacrymogÚnes, a indiqué à l'AFP la Croix-Rouge kényane, dans un autre quartier de Nanyuki, au pied du Mont Kenya.
L'administration américaine, critiquée dans le pays d'Afrique de l'Est, est restée silencieuse sur le sujet.
La police kényane est souvent critiquée pour son usage excessif de la force.
D'aprÚs les derniers bilans de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) rendus publics mardi, 550 cas d'Ebola ont été confirmés en RDC, dont 101 décÚs.
Dix-neuf cas, dont deux décÚs, ont aussi été recensés en Ouganda par l'OMS, qui a fait état lundi d'un autre "cas probable, qui est mort".
A Nanyuki, des protestataires s'Ă©taient rassemblĂ©s dans la matinĂ©e dans le centre-ville, certains vĂȘtues d'Ă©quipements de protection et transportant un cercueil sur lequel Ă©tait inscrit "Ebola".
Des journalistes de l'AFP ont vu plusieurs arrestations par la police qui, à de nombreuses reprises, a tiré des gaz lacrymogÚnes pour disperser des groupes de plusieurs dizaines de personnes.
Leurs rangs se sont Ă©largis Ă plusieurs centaines de personnes qui ont briĂšvement marchĂ© dans Nanyuki, avant d'ĂȘtre dispersĂ©es par des gaz lacrymogĂšnes.
"J'aimerais connaßtre les raisons pour lesquelles ils (les Américains, NDLR) ont pensé que notre pays était une décharge", a réagi Priscilla Waimani, une créatrice de contenus de 47 ans, drapée dans un drapeau kényan.
- "Décharge" -
Le centre doit disposer de 50 lits d'isolement et ĂȘtre gĂ©rĂ© par du personnel amĂ©ricain. Il Ă©tait presque achevĂ© Ă la fin de la semaine derniĂšre, avait indiquĂ© Ă l'AFP une source diplomatique amĂ©ricaine.
Nombre d'habitants dĂ©noncent aussi la posture des Ătats-Unis, qui refusent Ă leurs citoyens malades l'accĂšs Ă leur propre territoire et prĂ©fĂšrent qu'ils soient soignĂ©s Ă l'Ă©tranger.
"Nous disons aux Américains qu'ils peuvent prendre leur Ebola et le ramener dans leur pays", a lancé Mwangi Wangai, défenseur des droits humains de 30 ans.
"Nous n'avons pas cette maladie dans ce pays... ils amÚnent un virus dans notre pays", a dénoncé Zipporah Wachira, 30 ans.
Des centaines de riverains avaient déjà protesté devant la base de Laikipia le 1er juin. Deux manifestants y avaient été tués par balle, selon des défenseurs des droits humains.
Le projet a aussi Ă©tĂ© attaquĂ© devant la justice kĂ©nyane, qui la semaine derniĂšre a ordonnĂ© sa suspension au nom de "l'intĂ©rĂȘt commun".
Mais le gouvernement du président William Ruto a promis de poursuivre le projet, affirmant qu'il avait une dette envers Washington pour des années de soutien en matiÚre d'aide.
Le gouvernement américain a promis 13,5 millions de dollars (environ 117 millions d'euros) aux efforts de préparation du Kenya contre Ebola.
InterrogĂ© sur le sujet, le porte-parole de l'OMS Tarik Jasarevic a observĂ© que "le Kenya et les Etats-Unis peuvent Ă©videmment travailler ensemble de la maniĂšre dont ils pensent qu'elle servira aux mieux leurs intĂ©rĂȘts communs". Mais "vous ne pouvez pas rĂ©ussir vos efforts de prĂ©paration ou de rĂ©ponse si vous n'avez pas la communautĂ© avec vous", a-t-il glissĂ©.
L'exécutif est également critiqué pour avoir signé l'an passé un accord de santé bilatéral avec Washington, à qui il donne accÚs aux données de santé kényanes contre des subsides.
AFP




