À la une des grands magazines

Edel Rodriguez, l'artiste qui dessine Trump pour le combattre

  • PubliĂ© le 10 avril 2023 Ă  06:58
  • ActualisĂ© le 10 avril 2023 Ă  07:36
L'artiste américano-cubain Edel Rodriguez pose dans son studio avec sa derniÚre illustration à l'occasion de l'inculpation de Donald Trump, le 7 avril 2023 à Tabor, dans le New Jersey

Ses caricatures percutantes, parfois controversées, de Donald Trump, ont fait la couverture de grands magazines comme Time ou Der Spiegel.

Avec l'inculpation de l'ancien président, l'artiste américano-cubain Edel Rodriguez, marqué tout jeune par l'expérience de l'exil, reprend du service.

Sa derniÚre illustration, à la une de l'édition de Time vendredi prochain aux Etats-Unis, a déjà été diffusée -- puis partagée des milliers de fois -- par le bi-mensuel: sur un fond noir, une empreinte digitale tourbillonne autour de la bouche rugissante du milliardaire républicain.

Donald Trump "est pris dans la tempĂȘte qu'il a lui-mĂȘme provoquĂ©e"', dĂ©crit Edel Rodriguez dans son studio, Ă  l'Ă©tage de la jolie maison victorienne qu'il habite dans un coin bucolique du New Jersey, prĂšs de New York.

L'image n'est pas la plus provocante qu'il ait signĂ©e. DĂ©but 2017, pour fustiger son dĂ©cret anti-immigration visant des pays musulmans, le magazine allemand Der Spiegel avait affichĂ© le prĂ©sident amĂ©ricain de l'Ă©poque tenant d'une main un couteau, de l'autre la tĂȘte dĂ©capitĂ©e et saignante de la statue de la LibertĂ©.

Une couverture brandie dans les manifestations anti-Trump, mais jugée outranciÚre par des politiques et éditorialistes.

- Frapper les esprits -

La voix parfois entrecoupée de petits éclats de rire, l'artiste de 51 ans revendique des images faites pour frapper les esprits, à la hauteur du danger que court selon lui la démocratie américaine. Et si ses dessins font la une de magazines d'information, il ne s'impose pas un devoir de neutralité.

"Je comprends qu'il faut maintenir une neutralitĂ©. Mais il faut toujours se demander si la neutralitĂ© ne va pas trop loin, et j'ai senti qu'ĂȘtre neutre avec Trump en 2016, ce n'Ă©tait pas une bonne chose", explique Edel Rodriguez, assis devant un tas de magazines qu'il a illustrĂ©s ces derniĂšres annĂ©es, comme le prestigieux New Yorker ou la revue française America.

Le 45e prĂ©sident des Etats-Unis y apparaĂźt fonçant comme une mĂ©tĂ©orite sur la Terre qu'il s'apprĂȘte Ă  dĂ©vorer, ou en bambin assis sur un missile avec le dirigeant nord-corĂ©en Kim Jong Un.

Comme d'autres dessinateurs, il a aussi mĂȘlĂ© Donald Trump aux symboles du Ku Klux Klan, quand l'ancien prĂ©sident amĂ©ricain avait renvoyĂ© dos-Ă -dos militants suprĂ©macistes blancs et antiracistes aprĂšs des violences Ă  Charlottesville, Ă  l'Ă©tĂ© 2017.

A ses yeux, la suite lui a donnĂ© raison. Le 6 janvier 2021, jour de l'assaut du Capitole, cƓur de la dĂ©mocratie amĂ©ricaine, par des milliers de partisans du prĂ©sident sortant et battu, "nous Ă©tions Ă  deux doigts d'un coup d'Etat", souffle-t-il.

- "Désespoir" -

Ses convictions et ses craintes, Edel Rodriguez les nourrit de sa propre histoire, celle d'un enfant fuyant à 9 ans, avec ses parents, la vie sous le régime de Fidel Castro à Cuba. Dans une bande dessinée à paraßtre à l'automne, il en raconte le "désespoir", "les espions partout", et le départ en bateau, durant l'"exode de Mariel" en 1980.

"J'ai grandi en Floride (...). Ma vie d'enfant d'immigrés, et ce que je suis devenu, a toujours été aidée par des Blancs américains", dit-il. "Je sais combien les gens dans ce pays sont bons et quand il (Donald Trump) est apparu, il a fait ressortir les pires personnes", ajoute-t-il.

Sa carriÚre était déjà lancée mais "je voyais qu'on ne le prenait pas au sérieux. Il fallait que je m'y confronte dans mon travail", explique l'artiste aux cheveux grisonnants.

Pour marquer les esprits, son Donald Trump a des codes visuels récurrents, "comme une marque, ou une anti-marque": une peau trÚs orange, les cheveux jaunes, pas d'yeux et cette bouche criante, qui ont tendance à supprimer toute empathie.

"Ces couvertures, je les fais pour ne pas le normaliser, et le montrer tel qu'il est", explique au milieu de ses peintures Edel Rodriguez, pour qui le milliardaire républicain n'est pas une fin en soi.

"Je suis inspirĂ© par Picasso, Matisse, Paul Klee, une plante, ma mĂšre, mon pĂšre, ma famille, Cuba. Il y a des milliers de choses qui m'inspirent", ajoute l'artiste, qui a aussi signĂ© tout au long de sa carriĂšre de nombreuses couvertures de livres, affiches de films, comme "Macbeth" de Joel Coen en 2021, et dont les Ɠuvres sont exposĂ©es dans des musĂ©es et galeries.

Par Andréa BAMBINO - © 2023 AFP

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